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bapliste lui répondit : Je ne vous reconnais point pour frère. Comment? lui dit ce seigneur. Parce ^ dit Tautre, que vous n'êtes point chrétien. Amendez- vous premièrement, corrigez-vous, et quittez la magistrature. Ea quoi penses- tu donc, lui dit Hcdelin, que je pèche tant? Vous le savez bien , lui répondit TÂnabaptiste.
» Le bourgmaître prit la parole et lui ordonna de répondre avec modestie et avec douceur, et le pressa vivement de parler sur la question dont il s'agissait; sur quoi il répondit : Qu'il ne croyait pas qu'un chrétien p6t être dans une magistrature mondaine, parce que celui qui combat avec Tépée, périra par l'épée. Que le baptême des enfans est du diable, et une invention du pape; on doit baptiser les adultes, et non les petits eùfans, selon l'ordre de Jésus-Christ. Matth. XXVIII.
y> Oecolahipade entreprit de le réfuter, avec toute la douceur possible, et de lui faire voir que les passagcfs qu'il avait cités avaient tous un autre sens, comme tous les anciens docteurs en faisaient foi. Mes chers amis-, dit -il, vous n'entendez pas l'Ecriture sainte et vous la maniez fort grossièrement. Et comme il allait continuer pour leur montrer le véritable sens de ces passages^ l'un d'entr'eux, qui était meunier, l'interrompit, le traitant de séducteur^ qui caquetait beaucoup, et dit : Que ce qu'il avait là allégué contr*eux ne faisait rien au sujet. Qu'ils avaient entre les mains la pure et propre parole de Dieu , et qu'ils voulaient s'y attacher toute leur vie ; que le St-Esprit parlait maintenant par lui. Il s'excusait en même temps de ne pas parler éloquemment^ disant qu'il n'avait pas étudié, qu'il n'avait été dans aucune université, et que dès sa jeunesse il avait haï la sagesse humaine, qui est pleine de tromperie; qu'il connaissait bien la ruse des scribes., qui cherchaient perpétuelle-
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meol à offusquer les yeux des simples. Apres quoi il se mît à crieç et à pleurer ^ disani : Qu'après avoir ouï la Parole de Dieu« il avait renoncé à sa vie déréglée ^ el que maintenant^ que par le baptême il avait reçu le pardon de ses péchés , il était persécuté de chacun , au lieu que dans le temps qu'il était plongé dans toute sorte de vices ^ personne ne l'avait châtié ^ ni mis en prison, comme on lui faisait présentement. Qu'on l'avait enferme dans la Tour, comme un meurtrier ; quel était donc son crime, etc. La conférence ayant doré jusqu'à l'heure du diner, le sénat se leva.
s> Après diner^ le sénat s'étant rassemblé , les^ministres entrèrent encore en conférence avec les Anabaptistes, au sujet de la magistrature. Bt comme Tun d'eux eut donné des réponses assez satisfaisantes sur les questions qu'on lui avait proposées , cela fit chagrin aux autres, de ce qu'il n'était pas ferme dans leur doctrine. C'est pourquoi ils l'interrompirent : Laisse-nous parler, lui dirent-ils, nous qui entendons mieux l'Ecriture, et qui pourrons mieux répondre sur ces articles que toi , qui es encore un novice, et qui n'es pas capable de défendre notre foi contre les renards. Alors le tourneur, entrant en dispute, soutint que St. Paul, Rom. XIII, parlant des puissances supérieures , n'entend point les magistrats, mais les supérieurs ecclésiastiques. Oecolaoïpade lui nia cela , et lui demanda en quel endroit de la Bible il le trouvait, et comment il le prouverait ? L'autre lui dit : Feuilletez aussi tout l'ancien et le nouveau Testament, si voua y trouverez que vous devez tirer une pension. Vous avez meilleur temps que moi qui suis obligé de me nourrir du travail de mes mains pour n*étre à charge à personne. Cette plaisante saillie fit un peu rire Iqs assistans ; Oecdampade leur dit : Messieurs,
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il n'est pas teorps mainlenanl de rire ; si je reçoi» de TEglise mon entretien et ma nourriture, je. puis prouver par TEcriture que cela est raisonnable ; ainsi ce sont là des discours séditieux. Priez plutôt pour la gloire du Seigneur, afin que Dieu amollisse leurs cœurs endurcis et les éclaire.
» Âpres plusieurs autres discours^ comme le temps de se lever approchait, il y en eut un, qui n'avait rien dit de lout le jour , qui se mit à hurler et à pleurer. Le dernier jour est à la porte , disait-il , amendez-vous , la coignée est déjà mise à l'arbre; ne noircissez donc pas ainsi notre doctrine sur le baptême. Je vous en prie pour l'amour de Jésus-Christ, ne persécutez pas les gens de bien. Nous sommes gens de bien; certainement le juste Juge viendra bientôt^ et fera périr tous les méchans.
s> Le bourgmattre l'interrompit pour lui dire qu'on n'avait pas besoin de cette lamentation ; qu'il devait raisonner sur les articles dont il était question. Il voulut continuer sur le même ton , mais on ne le lui permit pas. Enfin le bourgmaître justifia la conduite du sénat, à l'égard des Anabaptistes. Il représenta qu'on les avait arrêtés, non pas à cause de l'Evangile, ni à cause de leur bonne conduite, mais à cause de leurs- déréglemens^ de leur parjure et de leur sédition. Que l'un d'eux avait commis un meurtre; un autre avait enseigné qu'on ne doit point payer les dîmes ; un troisième avait excité des troubles, etc. Que c'était pour ces crimes qu'on les avait saisis , jusqu'à ce qu'on eût décidé quel traitement on leur ferait, elc.
» Dans ce moment l'un d'entr'eux se mit à crier : Mes frères , ne résistez point au méchant ; quand mcme Tennemi serait devant la porte, ne la fermez pas. Laissezles venir, ils no peuvent rien faire contre nous , sans la
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volonté du Père^ paisqoe nos cheveux sont comptés. Je dis bien plus^ il ne faut pas même résister à un brigand dans un bois. Ne croyex-vous pas que Dieu ait soin de ▼eus? On lui imposa silence. »
Pour couper courte le succès de la conférence fut^ qu'il y eut trois Anabaptistes qui reconnurent leur erreur et qui l'abandonnèrent. Lès autres^ qui se van«taient d'avoir remporté la victoire^ furent bannis. *
Il s'en trouva trois dans le canton de Berne qui furent traités plus sévèrement; les magistrats les condamnèrent à être noyés : non pas^ à la vérité , pour cause de leur erreur, mais à cause de leur désobéissance opiniâtre, parce qu'ayant été bannis jusqu'à trois fois, ils étaient toujours revenus dans le pays^ ali mépris de leur serment et du souverain. ' A Zoug^ un Anabaptise fut condamné à être noyé, parce qu'il n'avait pas voulu prêter le serment de bannissement. ^
Un de leurs docteurs, nommé Louis Hetzer, savant dans les trois langues, composa un livre abominable contre la divinité éternelle du Fils de Dieu ; mais Zwingli, qui l'eut entre les mains, en empêcha l'impression et le supprima.^
* Ce malheureux avait treize femmes tout à la fois. ^ Il fut saisi a Constance, et soit pour ses crimes, soit pour ses hérésies, il fut condamné, le 4 février, a avoir la tête tranchée. Il se conduisit d'une telle manière dans sa prison, que Jean Zwick, qui l'accompagna jusqu'au lieu du supplice, en prit occasion d'écrire : « 0
* cl * HoUing. 498.
^ Scult. p. aOO. HoUing. 1. c.
^ Ouii Annal, ad. a. 1S29. %. h.