ANABAPTISTES
qu'il esl aîsp de disputer de plusieurs choses^ lorsque nous n'avons pas beaucoup de choses, à faire. Mais quand on est aux approches de la mort^ tout cela passe. » Il avait osé quelquefois disputer sur ses adultères, pour les soutenir par TËcriture. Il demanda qu'on suppriipât divers écrits qu'il avait composés, particulièrement son livre touchant Jésus-Christ. Il témoigna yn si grand repentir de sa vie déréglée, qu'allant au supplice,, il di( qu'il n'était pas digne de marcher dans ce chemin. Arrivé sur l'échafaud, il récita le psaume XXV et U prière dominicale, et 6nit sa prière par « Jésus-Christ le Sauveur de tout le monde , pax son sang, çtCi » PIut sieurs Anabaptistes qui étaient présens, s'attendaient à l'ouïr parler sur leur doctrine et contre les ministres ; mais il ne dit pas un mot sur ce sujet. Il ayaua dans le^ prison que souvent dans ses prières, et fondant en larmes, il se plaignait, pour ainsi dire, à Dieu, pourquoi il n'avait pas pu châtier ou corriger un si misérable homme. Quand sa sentence de mort lui eut été pronon^cée: «Maintenant, dîl-ril, je suis jugé selon mon souhait, puisque Dieu m'ôte en6n à moi-même, qui n'ai pas pu vaincre celte chair pécheresse./ » Nonobstant ces preuves éclatantes d'un malfaiteur condamné à moft pour ses crimes, et, de son propre aveu, avec justice ^ les Anabaptistes de Hollande n'ont pas laissé de le placer dans leur Martyrologe, et de le mettre au rang des martyrs, avec de grandes louanges. ^
* Scult. 8. p. m. 260. Hotting. 499.
' A la page 28 du Martyrol. Harlem. Yid. Otiii Annal. 1. c. p 50.
LtVRE SEPTIÈME.
i^ui compreud les év^nemens d'une partie de l'an 4S99
ET CEUX DE LAN 4550 , ET EN PARTICULIER LA RÉFORMA- TION DE MORAT ET DE NEUCHATEL.
I. La Suisse est partagée^ à Tégard du langage^ en deux parties fdft inégales. Tune allemande et l'autre romande (comme nous l'appelons), ou française. La première comprend tous les quartiers septentrionaux;
et la seconde est au midi, tirant au sud -ouest. Cette
dernière comprend le Pays-de-Vaud^ partagé entre les Etats de Berne et de Fribourg ; les comtés de Neuchâtel et dé Vàlangin ; une partie des terres de l'évéque titulaire de Bâle, prince de Porentrui, savoir, La Bonneville ou La Neuville (en allemand Neuenstatt ou Neustadt)au bord du.lÀc de Bienne, la prévôté de Moutier Grand-Yal et le Val S.-Imier ou l'Erguel. Enfin on y comprend Tétat de Genève et le Bas- Valais. La Suisse allemande occupe tout le reste.
Nous avons vu, dans les livres précédons, la réfor*» mation de la plus grande partie de la Suisse allemande ; nous allons voir dans la suite celle de la Suisse romande.
I7ft LA SUISSE ROMANDE. FAREL.
La Suisse allemande a eu trois avantages sur la mande a l'égard de la rérormation : 1^ Elle s'est réformée avant elle. 2^ Elle a trouvé dans son propre sein^ par la grâce du Seigneur^ les sources de la lumière ; je veux dire qu'elle n'a point eu besoin de prédicateurs étrangers, mais que ses réformateurs sont sortis d'elle. En effet, Zwingli, Oecolampade, Wittembach, Haller et plusieurs autres ont été Suisses d'origine. Il n'en a pas été de même de la Suisse romande. Plongée comme elle était, dans les plus épaisses ténèbres , elle n'a presque rien eu de bon chez elle, et a emprunté sa lumière des étrangers. En effets si l'on en excepte Pierre Viret , qui était originaire du Pays-de-Vaud et bourgeois d'Orbe, je ne sache aucun réformateur de la Suisse romande qui n'ait été étranger. 3^ Enfin c'est la Suisse allemande qui a éclairé la romande. Ce sont les Bernois qui ont contribué à la réformation du Pays-de-Vaud , des comtés de'Neuchâtel et de Yalangin, de Genève et de la prévôté^ en y envoyant Farel et d'autres ministres après lui. C'est ce qu'on a déjà vu en partie et qu'on va voir encore mieux dans la suite de cet ouvrage.
Guillaume Farel fut occupé la meilleure partie de l'année 1529 dans l'Eglise d'Aigle et dans celles du voisinage. Mais son zèle pour l'avancement de l'Evangile ne lui permit pas de s'arrêter lon^-temps dans ces quartiers-là. Ayant donc donné tbus les soins dont il était capable aux Eglises que je viens de nommer, particulièrement pour leur procurer de bons pasteurs, propres à bâtir sur le fondement qu'il avait posé, il alla chercher ailleurs de nouvelles moissons. ^
* Farelli Epist. inédit».
FARSt A MO&AT. i7S
Il avait reçu des seigneurs de Berne un brevet ou patente , * qui l'autorisait à prêcher nonnseulement dans toute l'étendue des terres de leur domination , mais aussi chez ceux de leurs voisins qui leur étaient alliés par des traités particuliers de combourgeoisie , telles qu'étaient alors les villes de Neuchâtel^ de Genève et de Lausanne; mais c'était sous la réserve expresse, au ca^ ou pourvu que ces voisins le souhaitassent. Muni de cette patente, il alla , vers le commencement de Tété, à Morat , ville de médiocre grandeur , qui dépend de Berne et de jPribourg. Cette ville est célèbre dans notre histoire, par trois sièges- mémorables qu'elle a soutenus ; le premier, l'an 1032^ contre l'empereur Conrad le Salique;^ le second, l'an 1292 , contre l'empereur Rodolph de Habsbourg; ^ et le troisième, l'an 1476 ^ contre Charles-le*Hardi, dernier duc de Bourgogne. ^ Comme elle se trouve placée entre le pays allemand et le français, les deux langues y sont également en usage. La française y était plus en vogue autrefois, mais depuis une quarantaine d'années les seigneurs de Berne ont pris divers soins pour y établir entièrement la langue allemande.
Farel y prêcha TEvangile avec beaucoup de succès, et dans peu de temps il s*y fit un si grand nombre d'auditeurs , que les réformés se trouvant assez forts pour pouvoir se prévaloir du traité de paix qui venait d'être conclu entre les Cantons, ^ demandèrent qu'on déli-
*■ Msc. Grooss.
' Wippo in Yita Gonradi Salici.
' Fugger Oestreichbcli Ehren Spiegel.
^ Etterlin Gbronic.
5 Voyez Liv. VI à l'an 1S29.
176 FÀRBL A MOaAT.
berât a la plaralitc des voix sor le parU qa'il faUait prendre en matière de religion. Soit qu'on ne connût pas encore alors les règles d'une sage tolérance chrétienne^ soit qu'on fût anime d'une horreur extraordinaire pour les dogmes et la pratique idolâtre de l'Eglise romaine ; on s'y prenait généralement de cette manière dans les lieux qui embrassaient la réformation. Peutêtre aussi le faisait-on dans la pensée d'éviter les querelles et les troubles que cause souvent la différence de religion entre les concitoyens. Quoi qu'il en soit, il fut résolu à IHorat que tous les chefs de famille, tant de la ville que de la campagne, s'assembleraient à Morat le ^0 août pour cette affaire. Les Bernois* en ayant eu avis y envoyèrent on député avec ordre àfi leur dire , <x que pour eux (les Bernois) quoi qu'ils eussent embrassé la réformation, ils avaient cependant résolu de ne forcer personne dans sa religion , sachant que la foi est un don de Dieu. Que néanmoins, comme chaque magistrat chrétien est obligé de maintenir ses sujets dans la vérité, ils étaient dans le dessein de protéger tous ceux de leurs terres médiates qui embrasseraient TEvangile.' Que ceux de Morat pouvaient compter là-dessus, et qu'ainsi ils devaient recevoir l'Evangile avec joie. »
Cependant la réformation n'y fut pas reçue cette fois-, là. Je n'ai pu découvrir ce qui y mit obstacle. Sans doute ce furent les efforts du clergé > qui, appuyé de quelques autres, mit tout en œuvre pour maintenir la religion catholique. Farel ne se rebuta point; et persévérant dans ses travaux, il vint à bout de convertir
' Bern. Instr. A. 330.
* Noos appelons terres médiates celles qui dépendent de deux ou de plusieurs cantons.
l'AKÊl. A lAOSAMNB. 177
qiielquBS prélres^ ce qui avança tellemenl la réfonnaiion de cette ville-là , que Farel y ne pouvant plus suF» (ire à l'instruction de ceux qui embrassaient l'Evangile, se vit obligé d'écrire à Strasbourg pour faire venir quelque ministre; mais il ne s'y en trouva point. '
Dans cet intervalle de temps > Farel fit un voyage à Lausanne avec un Bernois^ Je ne sais s'il entreprit d'y prêcher publiquement , mais comme il parlait sans doute de religion à ceux qu'il rencontrait, il fut maltraité avec son compagnon de voyage par l'évéque et son cierge, ei chargé d'injures, qui rejaillissaient sur sa doctrine et sur la réformation. Les seigneurs de Berne Tayant appris , le renvoyèrent à Lausanne accompagné du même homme , avec des lettres très-fortes qu'ils écrivirent à l'évéque, à son vicaire, à son officiai , aux chanoines et a tout le clergé de Lausanne : « Nous avons appris avec doulefur , leur disent-ils , ce que vous avez fait a maître Guillaume Farel, notre sujet et serviieur^ et à Etienne, son hôte^ notre bourgeois. ' Nous ne pouvons assez nous étonner que l'évéqoe et sa . sainte compagnie maltraitent ainsi des gens qui prêchent l'Evangile , surtout des gens qui s'offrent de soutenir leur cause devant des tribunaux. Nous vous exhortons de permettre qu'on vous prêche la Parole de Dieu, de recevoir honnêtement ceux qui la prêchent, particulièrement Farel , que nous vous envoyons pour défendre sa cause et la nôtre contre les calomnies dont on nous noircit. Que si on lui fait le moindre mauvais traitement ^ nous nous en ressentirons tout de même que s'il ciait fiait à nous-mêmes; et nous nous en vengerons.
* Farel Vila Msc.
> B. Arch. Latin. Miss. 288.
178 IL n'£St pas iCOVTÉ.
Prenez donc garde qu'on ne touche à un de leurs cheveux , vous souvenant qu'on vous a invités à notre dispute de religion. »
Je n'ai point appris quel fut le succès de ce second voyage de Fareî à Lausanne ; mais il y a toute apparence qu'il n'y fut point écoulé du clergé , puisqu'il ne ne le fut pas même de la bourgeoisie ^ qui avait intérêt a ménager les Bernois, pour se ménager leur amitié, (c Le 31 octobre, un certain prédicateur (est-il dit dans les registres), nommé Guillaume l^arel, apporta au conseil une lettre des seigneurs de Berne, qui priaient-les Lausannois de l'admettre à prêcher. » Cette affaire fut portée devant le conseil des Soixante, qui s'en excusèrent civilement, disant « que ce n'était point a eux à admettre un prédicateur dans les chaires de leur ville, mais à Tévêque et au chapitre. ^ » Apparemment Farel ne se contenta pas de celle réponse, ^t fit de nouvelles instances pour que la proposition des seigneurs de Berne fût portée devant le grand conseil des Deux Cents. En effet, j'ai trouvé dans les registres du conseil de Lausanne , ' que le dimanche , 14 novembre , le conseil des Deux Cents fut assemblé pour délibérer sur le prédicateur luthérien , et il y fut résolu que le petit conseil aurait lo pouvoir de celte affaire, et qu'aucun prédicateur ne serait admis à prêcher que par permission du conseil.
De Lausanne, Farel alla faire un tour a Bienne, on il était souhaité par le conseil , pour prêcher dans les villages romans de la dépendance de cette ville. Dans ce voyage il prêcha aussi à la Bonne-Ville, ou la Neu-
^ Man. Laus. 5hh, * Page 5iW.