NOUVEAUX TROUBLES. .S
tinuer. Quelques catholiques menacèrent d'aller aux Cordeliers égorger les ministres^ et ils se mirent en devoir dès ce jour même d'esécuter leurs menaces; mais quatre-vingts hommes d'entre les réformés s'étant jetés dans ce couvent pour défendre leurs ministres et y ayant passé la nuit, les empêchèrent ii'exécuter leur dessein. Ce mémejour^ ils enlevèrent les images de ce couvent, et Ton en fit autant en plusieurs églises de la campagne, au grand regret des bigots. * Les Bernois ayant appris ce désordre, trouvèrent fort mauvais que le conseil de Soleure tînt si mal la promesse qu'il leur avait faite de prendre Haller sous sa protection^ et écrivirent, le 9 février, a leurs députés, que s'ils le trouvaient à propos^ ils pouvaient rametier Haller a Berne, avant qu'il lui arrivfit du mal. * Cependant le mardi matin, les députés de Berne offrirent au conseil souverain leur médiation et leurs soins pour la pacification ie ces troubles ; et dans le même temps les réformés se plaignirent qu'on violait à divers égards le traité qu'on avait fait dernièrement avec eux^ et donnèrent une liste de ces infractions, demandant de rechef une dispute de religion. ^ On leur répondit : « Que ce qui ne s'était pas encore fait à leur égard, se ferait à lavenir. Que quant à la dispute, il n'en fallait pas parler, parce que le temps n'était pas propre pour cela, et qu'une dispute ne servirait de rien pour rétablir la paix. » Cette réponse ne satisfit point les réformés, qui persistèrent dans leur résolution de demander cette dispute, et demeurèrent assemblés dans ce couvent, voulant y rester jusqu'à ce
* Holling. I. c.
* Msc. Grooss.
' SleUl. 35. b.
262 LES rkform£s desiandekt une dispute.
qu'ils Teussent obtenue, protestant qu'ils sacrifieraient pour cela leurs biens et leurs vies. Les députés de Berne se donnèrent beaucoup de peine pour adoucir les esprits ; mais leurs efforts furent inutiles, à cause de Topiniâtreté des deux partis. * Le mercredi, il semblait qu'il y allait avoir du sang répandu, puisque les catholiques firent venir quantité de paysans des villages voi» sins. Mais enfin le grand conseil promit de faire faire une dispute a la St-DIartin suivante, c'est4i-dirc à neuf mois de-là. Les réformés, peu contens de ce long renvoi , persistèrent à demander qu'on examinât incessamment la vérité par une dispute, ou bien qu'on recueillit les suffrages, tant de la campagne que de la ville ^ pour décider quaûd cette dispute se ferait. La roideur des deux partis fut telle , Vun à demander incessamment la dispute et Tautre à la refuser, que la ville fut en trouble pendant toute la semaine; les deux partis se tinrent sous les armes, et tous les tribunaux furent fermés jusqu'au samedi. ^ Au bruit de ces troubles horribles, qui menaçaient cette ville de sa ruine totale, les villes de Baie, de Fribourg et de Bienne y envoyèrent des députés pour travailler, de concert avec ceux de Berne, à accommoder les deux partis. On fit donc, par leur moyen, un nouvel accord, pat lequel il fut dit : « 1® Que les réformés auraient l'église des Cordelicrs pour y faire leur service, et les catholiques celle de Sl-Ours. 2® Que les choses resteraient en cet état jusqu'à la St-Martin, qu'on ferait une dispute publique/ » Le traité fut dressé, ratifié et scellé dans toutes les formes. ^ Haller ne pou-
* Msc. Grooss.
» Id. elStcUl. 36. a.
' Hotting. 507.
* Id. 508.
DIFFICULTÉS DE BEaNB AVEC SOLEURE. 263
vant plus demeurep dans une ville si pleine de troubles, s'en relourna dès-lors à Berne , et les Bernois envoyèrent à sa place (7 mars) Nicolas Schursteîn, autrefois prieur des Chartreux deThorberg, avec promesse que si sa vie n'y était pas en sûreté , on l'en tirerait pour lui donner un autre emploi. ^
lies Bernois curent aussi un petit différend pour leur propre compte avec ceux de Soleure, et le sujet en était aussi la réformation. Ils ont haute et basse junsdiction^ avec droit de patronat, dans quelques terres de Soleure, sous la souveraineté de cette ville^là.* Il y eut un différend entre les deux villes, pour ces terres, au sujet de la religion. Les Bâiois firent un traité, qui réglait la ma* nière de vivre qu'elles devraient observer entr'elles. Il portait entr'autres articles : « Que les prêtres auraient pleine liberté de conscience, a Tégard de la messe, pour la garder ou la rejeter, et que personne ne devait leur faire la moindre violence à cet égard. » ^ Après ce traité, les Bernois envoyèrent des députés par toutes ces terres, pour dire aux habitans, a qu'ils étaient résolus de leur laisser une entière liberté de garder la messe et les images ou de les quitter ; et que s'il arrivait que quelques-uns d'entr'eux vinssent à les quitter, pour embras-^ scr la reformation, ils les protégeraient et leur donneraient des pasteurs qui leur fussent agréables. » Après cette déclaration , OEnsigen et quelques autres paroisses embrassèrent la réformation. A Selsach, la pluralité fut pour les catholiques^ soutenus de leur curé, ^ili protesta qu'il voulait défendre et garder la messe. Quelque temps après, ce curé se ravisa, renonça au pa-
* Id. ib. etSteUl. I. c.
^ Msc. Grooss.
26& THÈSES DBS MINISTRES DE SOLEURB.
pisme et à sa cure. Les paroissiens demandèrent un curé aux Bernois ^ patrons de leur Eglise^ et ils leur en donnèrent un qui leur prêchait TEvangile. Ceux de Solcure leur en firent des reproches, mais les Bernois leur répondirent , le 4 mars , « qu'il n'y avait rien dans leur conduite qui fût contre le traité de Bâle, et que le curé qu'ils avaient envoyé a Selsach prêchait véritablement l'Evangile^ mais qu'en même temps il leur administrait la messe et les sacremens. »
Le reste de Tannée se passa assez tranquillement à Soleure jusqu'à Tautomne. Alors les ministres dressèrent les quatre thèses suivantes, pour servir de matière à la dispute qui devait se faire à la S. Martin :
a I. Jésus-Christ seul est mort pour nous. Sa mort est un sacrifice suffisant pour les péchés de tout le monde; il est aussi notre unique médiateur et intercesseur. D'autre côté, offrir Jésus-Christ dans la messe pour les péchés des vivans çt des morts, invoquer d*autres médiateurs que Jésus-Christ, et confesser un purgatoire, qui serve de satisfaction (à la justice de Dieu), c'est renier Jésus-Christ.
» n. Toutes les traditions'|ou ordonnances des hom* mes ne nous lient qu'autant qu'elles sont fondées sur la Parole de Dieu. C'est pourquoi Teau (bénite), le sel, les cierges, les palmes, les distinctions de temps et de viandes, et autres choses semblables, sont des choses inutiles et superflues.
» in. Faire des images et les présenter au peuple, avec danger de leur rendre un honneur religieux, c'est agTr contre la Parole de Dieu ; c'est^ pourquoi on doit 1rs abolir.
« IV. Que le corps et le sang de Jésus-Christ^soienl réellement et corporellemcnt reçus dans le pain de l'eu-
RÂPOKSE DES CHANOIMKS. S65
cbarislie , c'est ce qu'on ne saurait prouver par l'Ecriture Sainte. » *'
Le 26 septembre^ les ministres présentèrent ces thèses au conseil, et le conseil les remit aux chanoines de l^cglise collégiale de S. Ours, qui répondirent d'abord âe bouche, «qu'ils étaient résolus de s'en tenir aux cérémonies qu'ils avaient pratiquées jusqu'alors. » Mais on leur demanda une réponse par écrit; ils la donnèrent au bout de cinq semaines, le 4 novembre. Elle portait en substance : ^
dc Que d'autant que les articles qu^on leur^avait proposés, avaient été condamnés et rejoués depuis plusieurs années, il était inutile d'en disputer et de révoquer en doute des choses que l'Eglise a'vait confirmées depuis long-temps.
» Que d'ailleurs , c'était en d'autres lieux ( que So<leure) qu'il fallait disputer de matières si importantes, comme cela s'était fait en quelques endroits, d'une manière à laquelle ils se soumettaient. ^
» Que la dispute regardait l'Ecriture Sainte, qui ne peut pas se juger elle-même, ni décider lequel des deux partis l'entend le mieux; que d'ailleurs chacun n'est pas obligé d'expliquer l'Ecriture Sainte , puisque nul ne peut juger de ce qui lui est inconnu, et sur quoi il n'a point de lumière; que pour ces raisons il est nécessaire que tout cela se fasse par le conseil de TEglise universelle , ou par ceux qui étaient ou pourraient être à l'avenir ordonnés et établis^ pour le faire à la place de
*■ Scult. p. m. 38S. Hotting 5S0.
' Hotling. SS30. 531.
^ Ils voulaient parler apparemment des décisions du pape cl de Tempereur.
tÔÙ RÉPONSE DES CHANOINE^.
l'Eglise. Que sans cela l'Eglise ne sera jamais en repos. Que pour celle cause ils remellenl el abandonnent ces difficultés au jugement db l'Eglise » qui est venue de Dieu^ et qui eét conduite par le Saint Esprit , ensorte qu'elle ne peut pas errer. »
Après ces réflexions générales , entrant dans le détail, ils disaient sur la première thèse, « qu'il est bien vrai que Jésus-Christ seul a satisfait pour nos péchés par sa mort^ mais qu'il n'est pas le seul qui soit mort pour nous. Que Jésus-Christ seul est le médiateur qui nous a racheté^, et nous a réconciliés avec son Père; mais si l'on appelle médiateur celui qui peut prier pour nous, nous avons plusieurs médiateurs, et même presque une infinité. Que Jésus-Christ est en lui-même un sacrifice suffisant pour les péchés de tout le monde; que cependant il ne s'ensuit pas de-là que les péchés do tout le monde soient pardonnes^ puisque chacun ne se l'applique pas. Que comme nous péchons tous les jours, nous devons offrir tous les jours, réellement au Père (savoir par un prélre) le sacrifice de la messe , laquelle est une commémoration et un renouvellement de la passion, c'est-à-dire de la vertu de la passion de Jésus-Christ, comme un sacrifice qui satisfasse encore pour les péchés. Car offrir est autant que présenter, donner. »
Pour soutenir le purgatoire , ils disaient qu'Abraham a enseveli son mort; que Joseph a mené deuil quarante jours [IBiar son père ; oc et si ceux, disent*its, qui sont aux enfers ont soin de nous (Luc XVI. 27) , pourquoi ne penserions-nous point à eux ici-bas sur la terre? )>
» Sur la seconde thèse, quant aux cérémonies ^ comme élever l'hostie et tout l'apparat de loffice divin dans la messe, faire des processions, bénir des iroa-
LES RÉfO&UÉS LEUR RÉPLIQUENT. 267
ges^ etc. ^ on doit observer ces choses^ comme des ordonnances et des usages de TEglise^ quoiqu'elles ne soient pas expressément commandées dans la Parole de Dieu^ parce qu'elles servent d'introduction à une bonne vie^ réglée par la Parole de Dieu. Que l'Eglise n'a point commandé de mettre sa confiance en Teau^ le sel^ les cierges^ etc. , mais que cela est libre à chacun. Que ces choses ne sont point contraires a la Parole de Dieu^ mais qu'elles sont sanctifiées par cette Parole^ cnsorte que là où l'on use de ces choses^ les spectres ne peuvent ni y demeurer^ ni y faire du mal.
» Sur la troisième. Quant aux images ^ elles ne sont pas mises pour être honorées^ mais pour servir de livre auxignorans. »
Tout le reste ét£|it du même stylé. Les réformés ré* pliquërent à cet écrit : *
« Que le service divin de l'Eglise romaine se faisant en une langue inconnue au peuple^ et consistant en dir vers usages que Dieu n'a point commandés^ il est assurément contre la Sainte Ecriture.
» Qu'un docteur ne* doit point se faire de peine d'entrer en conférence avec un autre pour examiner sa doc* trine; car^ par un semblable examen, on ne révoque pas en doute la doctrine , mais plutôt on en prouve la vérité. Que cela se peut faire par la seule Ecriture, sans aucun juge visible, pourvu qu'on s'en tienne aux articles qui y sont contenus , et qui donnent à Dieu toute la gloire qui lui est due.
» Que iésus-Christ seul est mort pour nous, et que sa mort seule est efficace pour nous.
» Qu'il est aussi seul notre médiateur ^ puisque c'est
* Holting. 53). S32.
ff
S68 RÉPtiQUE DES REFORMÉS.
lui seul qui a les qualités requises à un médiateur; et que tous les hommes y étant pécheurs y ont tous besoin euxmêmes d'un médiateur^ et par conséquent ne peuvent absolument point être médiateurs.
» Que dans le Nouveau-Testament/ il n'y a qu'un seul sacrifice^ lequel Jésus-Christ , qui demeure seul sacrificateur éternellement, a dû accomplir immédiatement en sa personne, comme aussi il l'a accompli sur la croix, et qu'il le présente encore lui-même devant Dieu. Qu'ainsi il n'est point nécessaire qu'il soit offert à Dieu en sacrifice par aucun prêtre pour aucun péché. Car si quelqu'un ne désire point d'avoir part au sacrifice de Jésus-Christ^ la messe sans contredit lui est inutile. Que s'il désire d'y avoir part, la messe ne lui est pas nécessaire.
» Que le passage de S. Luc XVI, 22 montre clairement qu'il n'y a que deux chemins , Tun qui conduit au ciel, et Tautre qui conduit en enfer. Que chacun meurt ou comme fidèle, ou comme infidèle. Que celui qui meurt en la foi en Jésus-Christ, passe incontinent de la mort à la vie ; mais que ceux qui ne croient point, sont déjà condamnés. Que les cérémonies romaines ne conduisent point a Dieu, et n'excitent point l'ame à la dévotion, mais qu'elles en détournent plutôt, parce qu*on s'y attache trop; au lieu que l'Ecriture Sainte a été donnée de Dieu, pour instruire, pour reprendre, pour corriger et pour censurer selon la justice. H Timothée III^ 16.
» Que si les cérémonies sont laissées à la liberté de chacun, pourquoi donc mallraite-t-on tont, ceux qui ne les observent pas ?
» Que Dieu a défendu, et de mettre des images devant les yeux du peuple, et de les honorer. Mais dans le pa-
LA DI8PUTS EST RBKVOYÂE. S69
pisme on raet des images devanl les yeux du peuple^ on 66 met .à genoux et on levé les mains devant elles ^ on allume des cierges a leur honneur^ on les appelle images pleines de grâce y on les pare magnifiquement , etc. On fait donc fort bien de les abolir^ comme des docteurs de mensonge^ et non pas comme des livres d'ignorans etc. x>
Les catholiques de Soleure craignaient mortellement la dispute de religion qui avait été promise , et se tournaient de tous les côtés , pour empêcher au moins , que le succès n'en fût favorable aux réformés. Tantôt ils n'y voulaient appeller aucun étranger, sinon Haller et Treyer y qui était leur bourgois et docteur de l'Ecriture Sainte. Tantôt ils y voulaient appeller Edcibach , et Erasme avec Treyer^ et y faire parler les Anabaptistes, sans doute pour y mettre la confusion. ^ Mais enfin ils s'avisèrent d'un autre expédient^ pour se tirer d'intrigue. Ayant entre les mains ces petits écrits de dispute de leurs docteurs , dont on vient de voir le précis, ils se servirent de ce prétexte, pour éloigner encore une fois la dispute promise. « Nous savons, disaient-ils, les sentimens des deux partis par leurs écrits, qu'avons-nous plus besoin d'une dispute de bouche? » Ainsi ils firent tant, que le grand conseil^ assemblé quatre jours avant l|i St. Blartin, résolut que la dispute serait renvoyée à la S. Gall (c'est à-dire au 16 d'octobre) de l'année suivante. On prétend que Tambas-' sadeur de France à Soleure^ contribua beaucoup a faire prendre cette résolution , comme aussi les députés des Cantons catholiques, qui, sous prétexte d'aller souvent
* Hotting. S38. 533.
270 GRANDE DIVISION DES fiOURGBOIS.
à Soleure faire visîle à Tambassadeur ^ anicnaîent le^^ catholiques à ne point souffrir cette dispute.
Les réformés furent^ comme on peut juger ^ extrêmement irrités de cette résolution , voyant qu'on les jouait manifestement^ nonobstant une promesse faite si solen-^ nellement et un traité en forme duement signé et scellé. Après une semblable infraction y que pouvait-on attendre de ceux qui l'avaient faite ? Aussi y eut-il quelques réformés qui , n'augurant rien de bon de tous ces renvois^ quittèrent la ville et se retirèrent dans les terres de Berne. * La division fut plus grande que jamais parmi les bourgeois, jusques-là que quand des gens des deux partis se rencontraient en rue en allant à leur temple faire leurs dévotions ^ ils en venaient ordinairement de part et d'autre aux insultes^ aux menaces et enfin aux coups, tellement qu'il se passait peu de jours qu'il n'y eât quelqu'un de blessé. ^ Les villes de Zurich, Berne, Bâie et Bienne y envoyèrent, environ h; 10 novembre, des députés pour les accommoder ^ et pour engager la magistrature à permettre la dispute. ^ Mais ces députés furent fort mal reçus et traités d'une manière indigne. Cependant les magistrats de Soleure s'étant ravises lorsque leur premier feu fut passé, écrivirent aux Bernois et même leur envoyèrent , le 14 novembre, des députés pour leur porter une réponse plus douce, qui fut, «c que l'on permettait à ceux qui habitaient dans le canton de garder la messe ou d'y renoncer , comme ils le trouveraient a propos. » ^ Mais d'autre côté, voulant être les
* StetU. 36. a.
^ Hotiing. 535. ex Hafiier H. 2lil.
^ Bcrn. Inslr. «8.
* IloUin^r. I. c.