E REFUSENT D*ENTRBR DANS LA LIGUE DE SMALKALDEIC. S
écrivît à ces cantons. Et pour mieux y réussir/^ les dé* pûtes de celte ville s'élant trouvés à une de leurs diètes , convoquée à Bâle, le 13 février 1531 , leur proposa, avec les articles de la confédération de Smalkalden, la confession que Strasbourg avait présentée à Tempereur, au sujet de l'eucharistie, à la diète d'Augsbourg; les assurant que s'ils pouvaient s'en accommoder, ils seraient reçus dans cette confédération. Les Cantons firent venir à Bâle les principaux théologiens de leurs capitales, pour examiner cette confession , et leur en dire leur sentiment. Après l'avoir examinée, avec un éclaircissement que Bucer y avait jointe ces théologiens répondirent : ce Qu'ils approuvaient cette confession , la trouvant conforme à l'Ecriture, et ne faisant aucune violence à la conscience^ et qu'ils consentaient qu'on la reçût dans le sens proposé. » Ils ne voulurent pourtant pas y souscrire leurs noms, mais se réservèrent la Jiberté d'y donner leurs explications, quand il serait nécessaire. Après cette discussion , les députés des Canetons trouvèrent la chose trop importante pour la terminer de leur autorité, et résolurent de la rapporter à leurs principaux. Les Cantons déclarèrent: ce Qu'ils ne voulaient s'en tenir qu'à la Parole de Dieu , qui est le seul écrit qu'on doive recevoir sans scrupule, et avec une entière déférence ; et que quant à tous les autres écrits, ils ont besoin d'être examinés. » Ainsi les villes impériales protestantes dont on a parlé ci-dessus , rapportèrent à leurs confédérés^ assemblés à Smalkalden le 29 mars 1531 : « Que les Suisses évangéliques ne voulaient entrer dans la confédération,' sous aucune autre condition^ que la réserve de leur doctrine, j »
^ Hoiting. Ktô.^SKO. Lavaier 57.
25& OPINION DE L'éLBCTBUK SDR t^ALtlANCB AVEC LES SUISSES.
J. Frédéric^ prince électoral de Saxe, se chargea de rapporter la chose à l'électeur son pcre , qui avait été retenu à la maison y par une maladie. L'électeur répondit, dans une diète des états protestans d'Allemagne ^ assemblés à t^rancfort; «c que puisque les Suisses te* naient une doctrine différente de la leur, touchant la Cène du Seigneur, il ne lui était pas permis d'entrer en aucune alliance avec eux ; qu'à la vérité il n'ignorait pas le cas qu'on devait faire de leur alliance à cause de leurs forces et de leur pouvoir ; mais qu*ils ne devaient point regardera cela, pour i^e pas éprouver, par quelque 'funeste catastrophe, ce que l'Ecriture dit être arrivé a des gens, qui s'étaient servis de toutes sortes de secours , pour se soutenir. * » On voit dans celte réponse. ce que peut un zèle aveugle^ comme si les Suisses réformés eussent été les plus détestables hérétiques du monde, avec qui c'eût été un crime irrémissible de s'allier. Alais supposé même que les Suisics eussent été autant hérétiques , que ce prince se les figurait, je ne vois pas que le fondement sur lequel il raisonnait fût fort solide. David fut autrefois en alliance avec les rois de Tyr, de Moab et de Hammon, tous païens; mais je n'ai pas remarqué que l'Ecriture l'en blâme en aucun endroit. S*il est permis de faire alliance avec des païens, il est bien permis sans doute d'en faire aussi avec des chrétiens, dont l'hérésie consiste à ne pas croire la présence réelle. Il y a bien de l'apparence , que le bon électeur suivait moins , dans cette occasion, les avis de ses conseillers, que les insinuations violentes de Luther, qui était si fort animé contre les Suisses réformés, pour les raisons que j'ai marquées.
* Sleidan. VIÏl. p. m. 81£>.
HOUVBHBlfS DES CANTOHS CATHOLIQUES. SS5
ne Au reste Tes cantons réformés aaraient été aussi bien aises de pouvoir s'unir étroitement avec les pro* testans d'Allemagne, afin de se fortifier de leur alliance^ contre les cantons catholiques, dont ils connaissaient fort bien la mauvaise volonté. Le mauvais succès que les catholiques de Suisse avaient eu l'année précédente^ n'avait fait que les aigrir davantage, et ils ne cessaient de remuer pour susciter des ennemis aux réformés. On a vu ci-dessus que les cinq cantons catholiques envoyèrent des députés à l'empereur, à la diète d'Augsbourg. Ils en avaient* déjà envoyé auparavant au Valais^ pour demander du secours aux états du pays, contre Zurich et Berne, leur faisant accroire que ces deux villes avaient formé le dessein de contraindre les autres par la force > à embrasser leur religion , et que l'empereur leur donnerait aussi du secours et qu'il avait résolu de faire la guerre aux Luthériens. ' Les Valaisans leur promirent ce secours. Les Bernois en ayant eu avis , envoyèrent des députés en Valais, le 30 mai , pour désabuser les états, sur ce que les cantons catholiques leur avaient dit, et les assurer qu'il n'y avait rien de véritable en cela, en même temps pour leur demander ^ s'il était vrai qu'ils eussent promis du secours aux cinq Cantons ? Ce que les Bernois ne pouvaient pas croire, quoique les états de Valais eussent déjà donné contre eux des troupes a ces can« tons, l'année précédente.
Les catholiques ne pouvant pas faire du mal aux ré* formés^ qui étaient plus forts qu'eux, se déchaînaient contr'eux par des injures et des grossièretés ; et mal-
* Bern. Instr. U2.
ât»6 MDVVEMENS DES CANTONS CAtHOLIQUES^
traitaient ou faisaient périr ceux qui avaient le malheur de tomber entre leurs mains.
Vers la fin de mai , quelques particuliers d'Unterwalden firent de si grandes insolences contre la ville de Berne, que si le canton n'eût envoyé des dépulcs à Berne ^ pour demander grâce ^ et si Lucerne n'eAt employé sa médiation , les Bernois en allaient tirer vengeance par les armes. *
A Schwytz on saisit sept personnes y hommes et femmes, qui parurent avoir du penchant pour la réformation ; d'autres échappèrent par la fuile. * Les prisonniers furent relâchés par l'intercession des députés de Zurich, Berne, Baie et Schaffhouse.
Les cantons réformés furent encore inquiétés par les imprudentes calomnies que le fameux moine , Thomas Mourner, avait publiées contr'eux. A leur prière, le magistrat de Strasbourg arrêta la pension que le couvent des Gordeliers donnait à ce Mourner, et marqua une journée en laquelle les Cantons pourraient aller à Strasbourg le tirer en cause par devant eux pour ces libelles. Les deux cantons de Zurich et de Berne y envoyèrent leurs députés le 9 juin. ^
Les catholiques n^épargnaient rien pour venir à bout de leur dessein^ et quand la force leur manquait, ils employaient sans façon le mensonge, la fourberie etTimposture. On en vit deux exemples signalés celte annéela, l'un chez les Grisons et l'autre a Soleure. Le bruit se répandit à Ghiavenna , capitale d'un petit pays dépendant des Grisons , que la Ste. Vierge était apparue
^ HotUng. K2A.
« IJ. ibid.
* Bcrii. Teutsch-Spruch. B. p. A2«
IMPOSTURE D «N prethe. 257
k une jeune bergère^ et lui avait dit^.dc que si Ton ne chassait pas les Luihcriens , les jugemens de Dieu ne manqueraient point de tomber sur le pays^ et que pour signe de cela, l'on sentirait une odeur très-agréable dans le lieu de l'apparition. » ^ Dans cette persuasion, les bigots de Chiavenna ramassèrent la poussière de ce lieu, comme une précieuse relique, et la portèrent dans leurs maisons, et ordonnèrent des jeûnes et des processions pendant trois jours. Les habitans de TEngadine et d'autres catholiques iirent grand bruit de cette apparition , insultant les réformés à cetle occasion. Mais ce grand fracas ne dura pas long-temps. Un prélre de Chiavenna, ennemi mortel des lUaserantis, des Malacridas et des autres familles réformées de celte ville , avait tâché'de débaucher une fille, et comme elle lui résistait avec fermeté, il s'était déguisé, avait pris dans l'église un habit bleu, parsemé d'étoiles d'or, s'était. couvert le visage d'un voile blanc et fin , s'était arrosé les bras et les jambes de quelques gouttes de sang, et avait pris un balai à la main. Dans cet équipage, il s^était présenté de bon matin à la fille, qui menait paître le bétail de son père, et lui avait fait accroire qu'il était la Ste. Vierge. Il lui avait dit ce qu'on vient de voir contre les Luthériens ; et au sujet des jeûnes et des processions^ il ajouta, « qu'elle aurait dû consentir aux désirs du saint homme qui la recherchait , et que puisqu'elle l'avait refusé jusqu'alors par simplicité, elle ne devait plus s'en faire de peine) persuadée que ce que l'on faisait à des personnes dévotes, elle (la Ste. Vierge) le regardait comme fait à elle-même, et qu'en le faisant elle serait sauvée. Que
* HoUing. P. pari. V. 467. Rbaelia Alpiria II. 19, el AnhornPalingcn. p. &8. apud HoUing. F. 55^. Stumpf. I. X. cap. VIII.
258 HALtKR EST APPELÉ A^SOLEURE.
cependant elle ne devait dire à personne ce dernier article. >» La pauvre innocente crut cela de bonne foi , et s'imaginant rendre service à Dieu , elle devint enceinlp. Comme on s'en aperçut, et qu'on l'en censurait, elle s'excusa, disant qu'elle était grosse d'un tel saint homme (nommant le prêtre) à qui elle s'était abandonnée par l'ordre de la Ste. Vierge. Le scélérat fut dénoncé au commissaire Jean Capol^ qui le fit saisir. Il fut applique à la question, où il avoua tout; après quoi il fut condamné à être décapité et brûlé. Stumpf rapporte cette aventure à l'an 1533.
A propos de Ghiavenna , il ne sera pas inutile de remarquer que, cette même année, les trois états ou ligues des Grisons dépouillèrent l'évéque de Coire du droit qu'il avait de nommer a son tour un quatrième capitaine pour la Valteline; et cela parce que, dans la guerre qu'ils avaient soutenue. Tan 1525, contre Jean Jaques de Mé- 4icis, pour reprendre la ville et le château de Ghiavenna , cet évéque n'avait fourni pour cette guerre ni soldais , ni argent , ni munition^ * Les états firent donc un traité avec lui, par lequel il renonça volontairement à ce droit, moyennant une rente annuelle de mille livres, monnaie d'empire, qu'on lui assigna a prendre sur le péage de Ghiavenna.
Pour venir présentement a l'affaire de Soleure^ on a vu ci-devant ^ qu'on était convenu de permettre aux réformés d'avoir un second ministre avec Philippe Grotz. Ceux de Soleure prièrent donc les Bernois (le 16 janvier) de leur donner Berchtold Haller pour un mois> moyennant un honoraire raisonnable. ^ Le. conseil de
* Sprecher. Stô.
' Page 139.
* SteUl. II. 54. b. HoUing. 507.
LA STATUE t>E S. ODR$. ^99
Soicurc leur promit^ en le dcmandaDt^ de le prendre sous sa protection. ' On le leur accorda'; il y prêcha et y fil une trentaine de sermons, mais sans beaucoup de fruit. Les deux partis étaient extrêmement animés l'un contre l'autre , et tous deux assez forts. Dans la campagne^ le nombre des réformes l'emportaii de beau-^ coup ; mais dans la ville ils ne faisaient que le tiers, ^ et il se trouvait parmi eux quelques Anabaptistes; en* tr'autres le trésorier Stark, homme fort vif, en était soupçonné. ^ Mais dans le temps que Haller espérait du fruit de ses travaux, un .beau matin on entendit crier par la ville d'un ton lamentable , que St«-Ours (patron de la ville) suait. Il n'en fallut pas davantage pour exciter le zèle des dévots catholiques. Et d'abord dès le matin les principaux magistrats, de concert avec les chanoines, h la sollicitation de Louis Leubli de Berne, leur prévôt, firent sonner toutes les cloches^ et ordonnèrent une messe et une procession générale a l'honneur de leur prince céleste, St-Ours, qui par sa sueur miraculeuse leur avait fait connaître l'inquiétude où il était pour eux. ^ Or celte sueur miraculeuse , c'étaient quelques gouttes d*eau bénite qui , s'étant gelées sur le lapis du grand autel, s'étaient ensuite dégelées et coulaient à terre. Il n'en fallut pas davantage pour donner occasion a quelques vieilles bigotes d'aller crier par la ville que le gros ministre de Berne avait fait suer d'angoisse leur bon St-Oura. ^ Pauvre saint, qu'un mortel fait suer d'angoisse au cœur de l'hiver ! N'élrfîl-ce pas là un vrai
* Msc. Grooss.
3 HoUing. 532.
- Id. 807.
* Stelll. l. c. 35.
*' IJ. 34. b.
260 HÀLLtR EST EN DANGER.
miracle? Ce qu'il y eut de sérieux dans cette affaire, fut que Haller courut risqué d'être massacré^ tant les catholiques étaient irrités contre lui de ce qu'il avait ainsi fait suer leur patron. ^ Une bonne vieille dévote dit publiquement qu'elle voulait lui planter son couteau dans le ventre. Les Bernois ayant eu avis de ces troubles, y envoyèrent incessamment des députés pour y remettre le calme. Le 2 février, dix hommes d'entre les réformés demandèrent au conseil une assemblée g^éncrale de la bourgeoisie pour régler les affaires de religion. On leur rendit une réponse dont ils ne furent pas contens. La -dessus les réformés s'assemblèrent aux Cordeliers, et protestèrent de n'en pas sortir que, conformément au dernier traite, ils n'eussent reçu une bonne réponse. Le*baillif de Landshout, qui était présent, en donna avis à l'avoyer Stœlli, qui promit d'assembler le lendemain le grand conseil. Dans le même temps, les réformés demandèrent au conseil une dispute publique , mais on la leur refusa une seconde fois. *
Le lundi 7 février, deux hommes, l'un réformé et l'autre catholique, se querellèrent en rue, non pas pour la religion, mais pour quelque autre sujet, et se battirent. Là-dessus chacun prenant parti pour celui de sa religion^ toute la ville fut en alarme, et l'on fut sur le point de s'égorger; ^ mais des gens modérés de Tun et de l'autre parti, aidés du baillif bernois de Landshout, empêchèrent leurs bourgeois d'en venir aux mains et firent la paix. Cependant le trouble ne laissa pas de con-
* Id. 55. a.
' Msc. GrooM.
* Ib. etSteUl. 1. c.