‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 5)Chapitre 40 sur 60 · X. Parmi ces mouvemens des bourgeois de Soleure · texte numérisé non relu

X. Parmi ces mouvemens des bourgeois de Soleure

* Berh. Inslr. I. c.

» Id.

27t FAREL A LA BONNBTlLtB.

pour ou contre la réforipalion , Farel , qui se trouvait dans le voisinage y n'épargnait ni peines, ni soins, pour l'avancer de toutes ses forces. II alla de la Prévôté à la Bonne-Ville , qui est alliée avec Berne par un traité de combourgeoisie de Tan 1388. Il y prêcha quelque temps et entra en dispute avec le curé du lieu. Celte dispute fut portée devant le conseil de la ville ; mais après une longue conférence entre les parties, le conseil la renvoya à la décision deTévcque de Lausanne, leur diocésain. Farel promit d'aller à Lausanne rendre raison de sa doctrine devant l'évcque; mais les Bernois ne voulurent pas le lui permettre. Ils en écrivirent au conseil de la Bonne-Ville, le 8 juin , pour leur faire savoir la cause de cette résolution , ' savoir : <c Que l'évéque de Lausanne avait refusé d'assister a leur dispute, quelque * instance qu'on lui en eût faite, et qu'ils ne le reconnaissaient pas pour juge dans cette affaire. Que ce refus, qu'il leur avait fait, donnait assez à connaître combien il était juge compétent dans les affaires de religion ; qu'ainsi ils ne permettraient jamais que ces sortes de choses fussent portées devant lui. Ils les priaient donc de juger eux-mêmes de ce différend et de marquer un jour pour cet effet à Farel et au prêtre^ disant qu'ils voulaient envoyer une députation de leur conseil pour assister Farel. » Mais le conseil de la Bonne-Ville ayant . refusé constamment de prendre connaissance de cette affiaire, et persévérant dans sa résolution de la renvoyer à révéque de Lausanne , dont il dépendait pour le spirituel, les seigneurs de Berne consentirent enfin à laisser aller Farci à Lausanne. Ils y envoyèrent en même temps des députés avec une lettre adressée aux

* Msc. Groo.<is.

FAREI. A NBUCHAtEL. 275

conseils, par où ils les priaient de lai donner une audience favorable. Le mercredi 15 juin les députés dé Berne présentèrent celte lettre aux coiiseils de Lausanne, ayant avec eux Farel, qu'ils y avaient amené. Les conseils résolurent de parler sur ce sujet aux officiers deTétréque^ ne pouvant pas s'adresser à l'étéquè même, parée qu'il était absent. * Mais ces pourparlers n'aboutirent à rien, et Farel fut renvoyé sans être écouté.

De Lausanne^ Farel alla pour la seconde fois à Neuchâtel. George de Rive, seigneur de Frang;ins, gouverneur du Comté pour la princesse, Jeanne de Hochberg, avait défendu sévèrement de le laisser prêcher et de récouter. Néanmoins, le curé de Serrières, village situé à une lieue de Neuchfttel , le reçut chez lui et lui permit de prêcher, mais non pas dans Téglise. ^ Il y ifinï quelques Nèuchâtelois pour l'écouter ; ensuite ils le prirent avec eux^ l'emmenèrent dans la ville, où il prêcha dans les riies et dans les places publiques ave^ un succès merveilleux. Ensuite, le nombre des réformés allant tous lès jours en croissant, nonobstant lés oppositions des prêtres, ils le menèrent a l'hôpital , pour y prêcher plus commodément. Il y fit divers sermons, dans le premier desquels était cette remarque^ que comme Jésus- Christ es\ né kBethléhem dans une étable, et pauvre, ainsi il naissait, pour ainsi dire, h Neuchft tel dans l'hôpital. Pour couper court, Farel y fit tant de progrès dans peu de temps, que les réforînés s'y trouvèrent a peu près en aussi grand nombre que les catholiques ; de sorte qu'il fût obligé de faire venir quelques ministres pour lé

* Man. Laus. 35ft.

^ Msc. Farelli. Msc. apud HoUing. £^5.

^^ FAREt A NEUCHATBI..

seconder, cl qa'alors on commença à prêcher dans le» iTmples. Cependant la réformalion ne s'clabhl pas pie,bernent avei plus de IranquilUli à Neuchâlel qu'ailleurs. îTLLliqu- n'éuient pas moins ^«s POur leur re- Urion , que les réformés l'éuient pour la leur. Les pre- Ss avaienl la comlesse el la magistrature de leur côté. La Comtesse avait écrit ^ to«"«« »»]«»« ^«."«"f" innover dans la religion joeqa à son retour et ils le lu. avaient promis. La régence envoya (en juillet) d^ depûtes aux seigneurs de Berne, pour se plaindre de Faîel et des innovations qu'il faisait parmi eux, les pmnt de lé leur ôler, lui et ses compagnons. Mais 1<» boar- «eoi» réformés envoyèrent aussi de leur côte des députes l Berne, pour remontrer à ces seigneurs, « que comme ils «vaientdonnédu.secourskLL.EE.danslesgue^esdln.

lerlacken et de Bremgarten , pour les soutenir dans leur réformation, ils avaient été compris dans le Land^n, ou traité de paixde Suisse, etqu'ainsiils avaienldroitd abolir la messe chez eux à la pluralité des suffrages, en vertu de ce traité. » Ces députés avaient ordre, en même temps, de prier les seigneurs de Berne, d'envoyer une députation àNeuchâtel pour assister à cette acUon, assurant que le nombre des réformés était de beaucoup plus grand que celui des catholiques. Mais ces seigneurs, ie pouvant pas le croire, se contentèrent d'y envoyer une députation, avec ces ordres : « De dire à la régence, an conseil et k la bourgeoisie de Neuchâtel, qu ils les exhortaient à laisser aller chacun, en liberté de conscience, au prêche ou k la messe. Que personne n'msul- Ut ni n'injuriât qui que ce soit pour cause de rehgion , en attendant qu'ils fussent plus unis. » Les cathohques de Neuchâtel s'étaient plaintt que Farel, de sa propre autorité, renversait les ornemens des éghses. Lrt de-

YAaKL A VALANGIN. !I7S

pûtes de Berne eurent ordre de loi représenlery « qa'îl devait se contenter de prêcher et d'instruire ses audi~ tears de la natore de la liberté chrétienne (afin que le peuple n'embrassât pas TEvangile dans Tespéranoe d'une liberté corporelle)^ et de ne pas faire passer^ de son autonlé , le changement de religion à la pluralité des suffrages^ » * Ces députés eurent ordre de se rendre à Neuchâtel le 7 août* En attendant leur départ^ LL. EB. écrivirent ^ le 3 àoât^ aux Meuchâtelois^ de demeurer en paix y de laisser prêcher Farel et un autre ministre qui prêchait avec lui, et de n'empêcher personne de léB entendre. *

Farel n'eut pas le même succès a Valangin. Comme il y prêchait^ il arriva qu'un prêtre disait la messe dana le même temps ; et comme le peuple paraissait avoir plus d'attention pour l'action du prêtre^ dans le temps qu'il élevait Thostie , que pour les discours de Farel , un jeone Dauphinois^ qui le servait^ eut l'imprudence d'aller ar-> racher l'hostie des mains do prêtre , et se tournant vers le peuple et lui montrant l'hostie, il lui dil^ « que cette chétive créature n'était nullement le Dieu qu'ils devaient «dorer ; que le Seigneur était an ciel , à la droite Be Dieu son Père, et non pas dans la main du prêtre y comme on voulait le leur faire accroire. » Alors les ptê^ Ires en furie allèrent sonner le tocsin , avec foutes les cloches, pour animer le peuple contre lui. Farel tâcha de se tirer de-là ; mais comme il se retirait, vingt bonn nies^ prêtres et autres, Tarrêlèreni dans en chenritt étroit, près du château, Vj saisirent et l6 menèrent k la Comtesse , après l'avoir traité cruellemeiit h coups dé

' Bern. Instr. &60.

* Latin. Missiv. 395.

276 I>B ÎS OCTOBRE ItfSO.

pierres el de bâtons. On le conduisit d'abord à la chapelle^ et on lui proposa de se mettre à genoux devant les images qui s'y voyaient. Mais il le refusa , et les exhorta plutôt à adorer le vrai Dieu en esprit et en vérité^ et non pas les images. Là-dessus ils lui donnèrent de nouveau tant de coups qu'ils le mirent tout en sang, jusques-lk que son sang', jaillissant sur les murailles de la chapèUe, on en pût voir long-temps les marques. Enfin ils le traînèrent dans un cachot. Mais lé bruit de cette mauvaise action s'étant répandu bientôt dans Neuchâtel, qui n'est qu'à une lieue de-là, lès Neuchâtelois le firent élargir. ^

Farel continua donc à prêcher à Neuchâtel ; et quelque temps après, lèà réformés jugeant que leur nombre y était suffisamment augmenté, demandèrent qu'on abolît la messe i chez eux; à la pluralité des voix. Le gouverneur s'y o|^posa vivement, avec les chanoines de l'église collégiale de Notre Dame ; mais nonobstant ce refus, quelques' réformés allèrent (le 23 octobre) dans cette église, de leui* propre autorité, démolir les autels et enlever quelques images. Le gouverneur se plaignit d'une telle action, comme on peut penser, et la faisait regarder comme un attentat contre l'autorité de la princesse; d'autant plus, disait-il, que cette église avait été fondée et dotée par les comtes ses prédécesseurs, et non pas par les libéralités des bourgeois. Les réformés soutinrent qu'ils n'avaient rien fait qu'ils ne fussent en droit de faire^ et prétendirent que leur action était ordonnée dans la Parole de Dieu ; si bien même qu'ib firent mettre dans cette église l'inscription suivante, qui s'y voit encore : a Le 23 octobre ISSOjui ôtée et abolie Vido^

' Yita Far. Ms. ap. Hotting. 1. c.

NBOCHATSL REÇOIT LA KiFORME. 877

latrie de céans par les bourgeois. » Les catholiques appuyaient leur gouverneur^ et voulaient faire punir les réformés pour celte entreprise; de sorte que cette affaire y causa une grande division y qui aurait pu aboutir à un tuniulle dangereux et à quelque massacre. Les seigneurs de Berne y envoyèrent incessamment trois députes de leur conseil^ Antoine NoII^ Sulpice Archer et Jaques Tribolet, qui se donnèrent de graMs mouvcmens pour rétablir le calme et l'union entre les réformés et les catholiques. 'Ils vinrent enfin à bout de faire consentir les catholiques à laisser décider l'affaire de la religion par la pluralité des suffrages^ et cela pour éviter un plus grand malheur^ qui pouvait naître de cette funeste division y conformément au traité de paix générale fait entre les Cantons. Cet accommodement fut réduit en forme d'un traité^ dans lequel on réserva que cette action ne porterait aucun pr^udice a la Comtesse^ ni à son droit de souveraineté^ noii plus qu'aux libertés et aux franchises de la bourgeoisie. Ainsi > le 4 novçmbre^ 1530 la bourgeoisie étant assemblée en présence des trois députés de Berne ^ on recueillit les suffrages» etles réformés l'emportèrent à la pluralité de dix-huit ou dix-neuf voix ; en conséqueng^ de quoi Taseiemblée fit les règlemens suivans par manière de traité de paix, entre George de Prangins» gouverneur, au nom de la Princesse j et entre les quatre ministraux, le coqseil et toute la bourgeoisie de Neuchâiel. '

a 1^. Qu'il y aura une amnistie entière pour tout ce qui s'est passé, de part et d'autre, et que les citoyens vivront ensemble en bonne union.

» 2^. Que la messe ne sera plus célébrée dans la ville

* Ms. Neuch. p. 8.

}79 CONSPim^TlOH BBS

de Heuchâlel, conformément au traité de paix des Can» lOD»^ dont OQ demande une copie aux députés de Berne, pour pouvoir s'y conformer.

» 3^. Que ce changement n'aura lieu que pour la ville «t ht paroisse de Neuchatel ; que si cependant des bourgeon forains embrassaient la loi évangéliqae , le gou* ▼erneur ne devr^j point les en punir.

» 4^. Que ceux de Neuchatel ne feront aucune vexa* lion ou innovation dans l'abbaye de Fontaine André, ni dans les autres monastères, ni dans les autres paroisses du comté.

» 6®. Qu'on ne fera aucun mal ni tort aux prêtres > ni e* leur corps, ni en leurs biens, sous peine d'à-* »ende.

» 6^. Les réformés ont promis dé rendre exactement leurs devoirs, en tout ce qui est juste, à la Pk-incesse et i leurs magistrats, et en particulier de payer les censés, les dîmes ci autres redevances , comme du passe, sans aucune variation. »

Les députés de Berne s'engagèrent aussi , pour leur état, à soutenu la Prineessexet ses officiers dans tous leurs droits, et en particulier dans le pouvoir de punir ceux qui violeraient ce tiaité.

Qi|i n'afurail cru , après un traité si solennel , que la paix el le calme auraient été pleinement rétablis dans Neucfaâte! , ou que du moins on s'en tiendrait au règlement qu'on venait de faire ? Cependant ce ne fut point cela. Le gouverneur, mécontent de cette décision, forma le dessein de convoquer une autre assemblée pour faire remettre cette affaire sur le tapis. Il se mit aussi k persécuter les paysans du village de Serrières qui avaient embrassé la réformation. Les bourgeois catholiques de Neuchfttel ne voulurent pas non plus se con*

CATHOLIQUES A MEUCHATEL. 279

former à la pluralité des suffrages^ ni aller au prêche, mais persislant dans leur ancienne religion, ils faisaient dire la messe chez eux et faisaient baptiser secrètement leurs enfans par des prêtres. Les Bernois, étant avertis de tout cela^ écrivirent au gouverneur de Neuchâte!^ le 17 de décembre, pour le prier de laisser les choses sur le pied qu'elles avaient été réglées à la pluralité des suffrages, vu qu'eux aussi voulaient bien qu'on laissât subsister la messe là où la pluralité l'avait retenue. Ik sollicitèrent aussi le conseil de la ville à réprimer les bourgeois catholiques. Trois jours après ils écrivirent encore au gouverneur pour le prier de laisser en paix les paysans de Serrières. *

Les catholiques de Neuchâlel ne s'en tinrent pas là. Ils conspirèrent entr'eux d'entrer dans le temple à main armée ^ le jour de Noël , quand les réformés y seraient assemblés; de les surprendre, de les attaquer et de remettre sUr pied la messe et les images. Les Bernois on ayant eu avis, envoyèrent des députés à Neucbâtel pour la veille de la fête, et écrivirent au gouverneur, le 23 décembre, de mettre ordre de bonne heure à cela^ afin, qu'il n'y eût point d'effusion de sang; lui remontrant que si Ton attaquait les réformés , ceux-ci ne manque** raient pas de se défendre, et qu'eux (les Bernois) comme leurs combourgeois , les défendraient de tout leur pouvoir. Ainsi le complot des catholiques échoua. ^

Après la réformation de Neuchâtèl, on y eut pour premier ministre, avec Farel^ un nommé Marcourt. Il était attaché à l'Eglise, et la servait règlement pendant que Farel allait çà et là , préchant TEvangile par les^

' Msc. Grooss.

ItSO LA nirORME A LA BONMB-VILLE.

)>ourg8 ei les villages du comtés pour les amener à une peureuse réformation. ' Et il en vint aussi à bout dans l'espace de deux ou trois années.

, La Bonne-Ville suivit bientôt l'exemple de ses voisins les Neuohatelois. Farel y avait laissé un ministre, pommé Jean Bosset^ qui y fut écoi^té assez favorableinent^ et plusieurs bourgeois embrassèrent la réformation. Ils se crurent assez forts en nombre pour demander que Ton passât l'affaire de la religion à la pluralité des voix. Cela se Ri, mais ils se trouvèrent trompés, et la pluralité l'emporta en faveur de la messe. Cependant ik ne se découragèrent pas. Farel y alla prêcher, et y fit beaucoup de fruit. Et le curé de la ville, nommé Jean yon Mett, renonça a la messe et embrassa la réfprmation. L'abbé de Bellelay l'ayant appris, y envoya un moine a sa place pour y maintenir la catholicité. ^

Dans ce temp^-là , le conseil de la Bonne-Ville souhaita de renouveler un ancien traité d'alliance défensive et de combourgeoisie qu'il ayait avec la ville de Bienne, et dans ce dessein il y çnvoya une députatipn de quelques conseillers. Mais le conseil de Bienne, plein de zèle pour la réformation , et indigné sans doute de ce que ceux de la 3onne-iVillc Tavaient rejetée^ ne voulut point renouveler cette alliance avec eux, et s'en pxcqsa honnêtement, les assurant qu'ilç la renouvelleraient dès que ceux de la Bon nç- Ville auraient embrassé la réformation. Voici la traduction de la lettre que le conseil de Bienne écrivit sur ce sujet à celui de la Bonne-Ville, en date du dimanche avant la S. Jaques , qui était le 24 juillet :

^ Hotting. 586.

? Msc. Grooss.

lA EÉFORMB A LA BONMB-VILI.B. 281

R Notre amiable salulalioD^ etc., féaux, chers^ anciens combourgeois.

3» Comme nous avons élé informés par vos députés , qui ont élé auprès .de nous ces jours passés^ que vous soul&aitez de renouveler notre ancienne amitié et la bourgeoisie; si donc^ féaux et chers coKjobourgeois ^ vous vous conformez à. nous à Tégard de la religion, nous voulons bien, pour vous faire plaisir, renouveler el jurer de nouveau cette ancienne combourgeoisie, e| agir ensuite et vivre avec vous en conséquence de la manière qu'il sera raisonnable. Ce n*est pas pourtant que notre dessein soit de vous contraindre à embrasser notre religion , afin qu'on ne dise pas que les Biennois n'ont pas voulu renouveler Tancienoe bourgeoisie avec ceux de la Bonne-Ville , à moins qu'ils n'aient auparavant embraé^é la religion de Bienne contre leur gré. Nous n'avons nul dessein de tenir une telle conduite ou d'user d'une semblable contrainte, ni envers vous, ni > envers d'autres ; car c'est Dieu qui donne la foi^ et non pas nous. Mais voici quelle est notre résolution, c'est . de ne hquq lier à personne, et de ne faire ni n'accepter aucun nouveau traité avec qui que ce soit, a moins qu'il ne soit de notre religion , etc. » '

Le nombre des réformés s'accrut considérablement le reste de l'année, de sorte que le ministre Bosset alla trouver, vers la fin de novembre, le baillif de Nidau, Hans Schleiff, et le pria de solliciter LL. EE. a envoyer une députation à la Bonne- Ville pour y faire repasser la religion à la pluralité des suffrages, l'assurant que les réformés étaient cent vingt-six contre soixante-six catholiques, et qu'il voulait mettre sa tête que la plu**

* Nœtzii Htftt. Bien. Ma.

S82 LA BOMNE-VULB REÇOIT LA aifOEHE.

ralité remporterait do beaucoup en faveur de la réformation. Le baillif écrivit tout cela a ses seigneurs^ le 1®' décembre. Cependant le moine ^ envoyé par l'abbé de Bellelay, se retira de la Bonne- Ville au bout de quelques jours. Il avait prêché lui-même contre la messe. Les réformés le lui reprochèrent , lui demandant : «Comment il pouvait^ après cela, dire la liiesse en bonne conscience?» Sans doute sa conscience lui fit les mêmes reproches^ et il s'en alla. L'abbé de Belielaj en envoya un autre; mais c'était un pauvre idiot ^ peu propre à soutenir le parti catholique. * Les Bernois ne répondirent pas favorablement à la lettre de leur baillif de Nidau, apparemment parce qu'ils n'ajoutaient pas beaucoup de foi aux discours du ministre Bosset. C'est pourquoi les deux ministres de la ville retournèrent auprès du baillif, accompagnés d'un g^and nombre de réformés, pour le prier de solliciter de nouveau LL. EE. de Berne à leur envoyer une députation pour le dimanche suivant, lui représentant, «c que depuis la dernière assemblée, où la pluralité avait été en faveur de la messe, ils avaient été mieux instruits par leur curé, Jean von Mett, etparFarel; tellement qu^ils étaient persuadés que la pluralité était de leur côté, et que l'occasion était favorable, vu la relraite volontaire du moine qu'on leur avait envoyé. Le baillif écrivit encore tout cela à ses sei* gneurs le 7 décembre. * Après ces nouveaux avis, les magistrats de Berne ne balancèrent plus d'envoyer des députés a la Bonne-Ville pour le sujet dont il s'agissait. Ainsi la boui^eoisie du lieu s'étant assemblée vers le milieu do décembre, en présence des députés de Berne,

' Msc. Grooss.

» Id.

GBNÉTS BU 1529. 2S?

el la religion y ayant été mise an saffrages^ on compta les Toix, et les réformés s'y trouvèrent supérieurs de ▼ing^ualre en nombre. Dès ce jour-là le papisme fut aboli dans la Bonne - Ville ^ et la reformation y prit sa place. '

XI. II est temps de parler de Genève. Les troubles y recommencèrent avec l'année 1529^ à l'occasion du meurtre de François de Pont-Verre^ capitaine de la confrérie de la Cuillère. Quelque temps auparavant il avait passé par Genève pour se rendre à Nyon, à une assemblée de la confrérie. Le portier de St-Gervais n'ayant pas été assez prompt à son gré^ à lui ouvrir la porte^ il lui donna un souCQet en l'injuriant et disant : « Te faut-il ainsi faire attendre .des gentilshommes? » Puis en jurant il ajouta : «Dans peu de temps nous romprons vos portes^ et marcherons par dessus^ comme nous avons fait autrefois. » Cette parole fut relevée et lui coûta la vie. Car ayant voulu repasser secrètement à Genève quelques jours après (c'était le 2 janvier 1529)^ il y fut reconnu par quelques bourgeois et massacré dana une émeute populaire. On trouva sur lui des lettres^ qui portaient que ses gens devaient tous être armés de blanc. * Le duc s'en plaignit vivement à Berne par son ambassadeur, et les Genevois , craignant que cette af-* faire ne produisît un mauvais effet contre eux en Suisse, envoyèrent des députés à Berne et à Fribourg pour dis-* siper toutes ces impressions fâcheuses , et faire voir que les hostilités des gentilshommes de la Cuillère^ qui harcelaient la ville depuis long-temps^ avaient donné

^ SteUl. II. 36. b

' Annales de Savion Liv. III. Roaet II. CH. 31 .

S8& LBS GENTILS-HOMMES DE Ui CUILLE&B.

lieu à ce qui s'était passée aussi bien que la bravade de Pont-Verre. *

Leti rapporte ici un grand passage de certaines prétendues annales manuscrites de Fribourg, où les Genevois sont accusés d'avoir violé la trêve. * Mais celle émotion populaire étant arrivée le 2 janvier, et n'y ayant point eu de trêve conclue que le 9 mars suivant^ je ne vois pas comment on peut les accuser de l'avoir violée.

Mais tandis que les députés de Genève négociaient à Berne et à Fribourg, les gentilshommes de la GuiUëre^ qui s'étaient assemblés dans le châleau de Gaillard et aux environs j plus acharnés encore contre Genève que n'était le duc même, ne cessaient d^exercer des hostilités ou plutôt des brigandages contre les Genevois, et même contre les étrangers qui passaient parleurs terres; détroussant les marchands de Constance, de Bâle, de Lucerne et d'autres endroits, et donnant des alarme^ aux Genevois par leurs courses jusqu'aux faubourgs. Ha portèrent mémobune fois leur insolence jusqu'à dévaliser un courrier du roi de France, et à ouvrir les paquets de ce monarque et celui delà ville de Fribourg dont il était chargé. ^

Au resté, les seigneurs de Berne et de Fribourg, ayant entendu les parties^ les renvoyèrent à une plus ample information, et à terminer leurs difficultés par le droit. ^

Cependant les gentilshommes de la Cuillère, continuant dans leur fureur contre Genève, se mirent en devoir de lui faire la guerre en forme; et dans ce dcssei^

' Savion L c. Rosel ch. 32. » Lib. V.pag. 468.469.

' Savion 1. c. Roset ibid.

* Roset. ibid.

RECOURS À BBRNE BT A FRIBOURG. 285

ils firent venir des troupes du Faucigny et d'autres lieux de Savoie^ et amassèrent grande quantité de munitions de guerre et de bouche dans leur château de Gaillard : ils ne laissaient rien entrer dans Genève^ -et faisaient quelquefois des courses jusqu'à ses faubourgs. Les Genevois écrivirent incessamment aux deux villes de Berne et de Fribourg^ pour implorer leur secours. Je mettrai ici une copie de leur lettre ; pour donner un échantillon du style de ce^siëcle-là..

<K Magnifiques pûissâns^ et très-redoutés seigneurs. Derapuis qu'il plut à vos Excellentes nous écrire votre dernière lettre^ sur laquelle nous avons fait réponse^ nous est bien avenu ce de qubi nous doutions^ c'est qu'en parlementant des appointemens^ nos eùtièmis se renforcent d'heure en heure ^ et nous approchent; car nous sommes avertis tout pour vrai que le siège est planté à Gaillard^ encontre nous^ ensorte qu'il y a déjà certaines enseignes, et bon gros nombre de gens en armes, et ils arrivent d'heure en heure force gens en armes, tant du Faucigny que d'autres pays de Savoie. Et pour ce que nous avez commandé vous avertir de bonne heure, vous supplions très-humblement nous donner secours et venir en aide, incontinent avoir vu la présente, car grande nécessité le requiert , et sera selon les sermcns et contenus, de la bourgeoisie qu'avons avec vos Excellences, car sans votre aide, et soudaine, nous sommes pauvres gens perdus. Pourquoi vous supplions pour l'amour de Dieu , nous donner incontinent aide et secours, etc. De Genève, ce lundi au soir, 1" février 1529.*»

Cette lettre et les sollicitations des députés engagè-

* Copié sur roriginal aux Archives de Berne.

m6 COMFiRKHCS hb s. julibh.

reni les deux villes de Berne el de Fribourg d'envoyer ensemble un secours de 7 à 800 hommes , pour meUre à couvert la ville de Genëve^des insultes des gentilshommes de la Cuillère. Ce secours y arriva le 6 de février; mais en même temps ces seigneurs prirent des mesures pour ramener, sMl était possible , la paix dans Genève et dans les environs de cette ville. Ils prièrent même les seigneurs de Zurich et de Bâle de leur aider à nel ouvrage, ce qu'ils obtinrent. H arriva donc a Genève, le 10 de février , des députes de Zurich , de Berne^ de Fribourg^ et de Baie, qui lièredt aussitôt une conférence a StrJnlien avec les envoyés du duc de Savoie et les gentilshommes de la Cuillère , et se donnèrent de grands mouvemens pour accommoder les parties, mais sans succès.^ Tout ce qu'ils purent obtenir^ c'est de les faire consentir à une trêve, en attendant la décision de leur diflEsrend.

Le duc avait assez de penchant a la paix, et n'était pas éloigné de se soumettre à un. accommodement amiable, mais la plupart des gentilshommes ses vassaux , étaient tellement animés de fureur contre Genève, qu'ils osèrent dire aux valets que les députés de Berne avaient envoyés à Gaillard, «c que quand même le duc leur seigneur ferait la paix avec Genève, quant à eux ils voulaient être ennemis des Genevois jusqu'à la mort, et leur faire tout le mal qu'ils pourraient faire en d'autres pays. *

Les Genevois de leur côté se plaignaient amèrement du duc, disant « qu il leur faisait plus de mal^ sous l'ombre de la négociation , que s'il eût été en guerre ouverte

* Stettl. II. 55. à Savion I. c.

* 5lettl. 1. c.

TRBYB £NTRB GBVBVB ET LES SAVOYARDS. Vè^l

avec eux. ' » Les* conférences enire les députés des cantons et «ceux du duc durèrent quatre semaines entières, dès le 9 février jusqu'au 9 mars; et dans cet intervalle de temps (le 24 février) les députés des cantons examinèrent les titres et les droits de Genève dans les archives^ et celui de Zurich, entr 'autres, trouva les prétentions des Genevois bien fondées* ' Dans la confé^ renée ^ les envoyés de Savoie insistèrent sur la révocation de Talliance de Genève avec Berne et Fribourg, et le rétablissement de leur maître dans le Yidomnat. Mais ces deux questions furent renvoyées a être traitées dans une diète. Et en attendant, les cantons médiateurs vinrent enfin à bout de ménager une trêve, où il fut convenu entre le duc de Savoie et les villes de Berne et de Fribourg : 1^ Que les citoyens de Genève pourraient aller et venir librement et sûrement dans les pays de la domination de ce prince. 2® Que si on leur faisait quelque violence, ou qu'ils fussent pillés ou détroussés, les juges des lieux en feraient justice, aussitôt qu'elle leur serait demandée ; et que de même on punirait dans Genève ceux qui auraient commis quelques excès sur les sujets de son Altesse. 3^ Que ces articles de trêve seraient o)>scrvés dès le jour de leur conclusion jusqu'au temps que la diète finirait. ' Le duc consentit a donner aux Genevois sept cents ocus pour les frais de leur garnison , qui leur en avait coûté , et avec les autres préparatifs de guerre , plus de six cents. La trêve fut publiée à Genève le 9 mars. Il fut convenu qu'on suspendrait de part et d'autre tout acte d'hostilité, pour porter leurs droits et

^ Savion 1. c. Rose! II. SU.

* Savion ibid.

^ Roset 1. c.

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