‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 5)Chapitre 41 sur 60 · VIOLATION DB LA TREVE · texte numérisé non relu

VIOLATION DB LA TREVE

leurs prélenlions devant une assemblée de médiaièurtf' qui examineraienl les droits des parties ; qu'on renvoierait la garnison de Genève , et qu'enfin les deux villes se joindraient à celle des deux parties qui serait inquiétée par quelque hostilité au mépris de la trèvé. *

Mais ce ne fut là qu'un traité éù peinture. Les ambassadeurs du duc, qui étaient à Genève , refusaient de la signer 9 et le& gentils -hommes ligués continuaient leurs hostilités contre les Genevois, sans ménagement. Il arriva entr'autres que quatre jours après la publication de la trêve, le dimanche 14 mars, le valet d'un bourgeois de Genève, étant allé à la campagne, fut sabré par cinq de ces conjurés du de leurs genâ. Les députés des deux cantons, qui étaient toujours à Genève pour veiller sur tous les désordres qui pouvaient arriver, allèrent au château de Gaillard pour demander justice de cette violence; mais le châtelain ne tint aaôun compte de leurs remontrances.' Peu de jours après, les gentib-hommçs de la Cuillère formèrent le dessein de surprendre la ville. Pour cet effet, ils firent avancer des troupes près du château de Gaillard, et y mirent une garnison dé quatre vingts hommes. Les syndics en ayant eu avis, le rapportèrent aux députés inspecteurs, les priant d'y mettre ordre. Les députés allèrent à Gaillard, le mardi 16 mars. En chemin faisant ils rencontrèrent quantité de gens de guerre à pied et à cheval , armés de toutes pièces. Ils parlèrent au capitaine et aux principaux gentils-hommes, leur demandèrent justice de l'assassinat commis en la personne du valet dont j'ai parlé ; témoignèrent qu'ils « étaient surpris de voir cette levée

* Savion p. m. 10. Roset I. c.

' Msc. Grooss.

raiBôuRG VBUT LA qubeÀs. S89

de boucliers après une trêve conclue solennellembnt^ et leur demandèrent s'ils ne la voulaient pas observer ? » Les gentils-hommes répondirent, «qu'ils la voulaient bien observer a l'égard des seigneurs de Bek*iie et de Fribourg , mais que pour les Genevois ils en massacre* raient tout autant qu'ils en pourraiant altraper. Que s'ils mettaient garnison dans leur château , c'était parce qu'ils avaient appris que. les Genevois voulaient aller le brûler. » Les députés répoddirent à cela , a qu'ils n'a* vaient point ouï parler d'un pareil dessein y et que les Genevois observaient exactement la trêve. » ^ Les députés étant de retour à Genève, apprirent que^ taiidis qu'ils étaient au château de Gaillard occupés à parlementer , trois bandes de conjurés avaient attaqué trois barques de pécheurs , tiré à balle sur eux et pris l'und des barques. Ces sortes de brigandages outrèrent de dépit l'amç des Genevois. Ils se plaignirent aux deux cantons leurs alliés et leiirs protecteurs. Les Berhpis écrivirent au duc^ le 25 mars, poiir é, lui remontrer l'iniquité de ces hostilités qu*il permettait à ses siijèls cooh tre les Genevois, et de ce que lui-même élevait ded Jfbrts et amassait du monde contt'eujt ; l'e^ortant à it^éttre fin à tous ces désordres^ et lui déclarant que, d'il ne voulait pas le faire, ils y mettraient ordre par la voie des armes. » ' Mais les Fribourgeois, plus ardèns que les Bernois, et voyant i)ien que loué ces écrits de part et d'autre n'aboulissdiêtit à rien ; voulaient qu'on déclarât la guerre au diic, et qu'on s'emparât du Pays-de* Vaud. Ils envoyèrent une députation à Berne pour r^ présenter aux Bernois^ en termes forts, là perfidie du

* Ibid.

* Bèrti. Ulin. Miss. 986.

890 BBRNB NB CONSENT PAS A LA GUERRE.

duc et de ses sujets , et les porter à lui déclarer la guerre de concert avec eux ; mais les Bernois n'y voulurent point entendre. * Ils avaient d'autres affaires assez considérables sur les bras y sans s'en attirer de nouvelles •et s'exposer à de fâcheux accidens. Us répondirent donc avec douceur aux députés de Fribourg (le 26 mars) : «c Qu'à cause de la difficulté des temps et de la conjoncture périlleuse où ils se rencontraient^ ils ne pouvaient -pas se résoudre à déclarer la guerre au duc de Savoie , «nonobstant son manquement de parole^ parce qu'ils ne se tenaient pas assurés de la fidélité de leurs sujets , et qu'ils ne pouvaient pas non plus se fier à leurs alliés des •cantons catholiques qui, peu de jours auparavant, avaient contracté une alliance avec les Valaisans. Que d'ailleurs leur différend avec le canton d'Unterwalden n'était pas encore terminé. Enfin que Marguerite de Flandre' étant parente de l'empereur et du roi de Hongrie, on ne pouvait porter la guerre dans le Pays-de-Yaud sans s'attirer leur inimitié. » Ds concluaient donc qu'il fallait se contenter d'envoyer une ambassade au duc, pour lui demander s'il voulait observer le traité de S. Julien ou non? Apres qlioi, selon la réponse qu'il ferait, on prendrait de nouvelles mesures. ^

' Instr. p. 280.

' C'était Marguerite d* Autriche» fille unique de l'empereur Maximilien 1*' et sœur de Philippe l*' , roi d*£spagne. Elle était veuve de Philibert II , duc de Savoie , mort sans enfans l'an I50è , qui lui avait laissé pour douaire le Pays-de-Vaud > la Bresse, le Foucigny et le comté de Villars. Elle éuit Unte de Pempereur Charles Y et de son frère Ferdinand , roi de Hongrie. Le premier lui donna le gouvernement des Pays-Bas » où elle se condaisîl avec beaucoup de prudence. Elle mourut à la fin de Tannée 1530. Guichenon. Hist. Générale de Savoie. T. I. p. 615.

' Instr. ibid.

UNE BMTRBPRISB SilK GEMBVE ÉCHOUE. S9l

PendaDl ce iemps-là , les genlils-hommes de la Cuillère se mirent en devoir d'exécuter le dessein qu'ils avaient fQrnié de surprendre Genève et de l'escalader. Pour cet effets ils choisirent le jeudi sainte 2i mars ; el s'étant mis en marche au milieu de la nuit^ après s'être munis d'échelles^ ils s'avancèrent jusqu'à un quart de lieue de Genève, au nombre de quatre iliille hommes^ d'autres disent seulement sept a huit cents, qui avaient des chemises blanches par dessus leurs armes , et auxquels s'étaient joints les Hammelus exilés de Genève. Maïs ils n'avancèrent pas davantage, et s'en retournèrent sans rien faire. Ils dirent depuis pour raison que le duc leur avait envoyé un contre-ordre.' Et il est vrai aussi que^ le même jour, le duc , répondant aux plaintes que les députés de Berne lui faisaient sur ce sujet, les désavoua et ,'jurant foi de prince , il protesta « qu'il ne savait ce que c'était. » ^ Mais il y a bien de l'apparence que le courage leur manqua ; un de leurs gentik-liom* mes , qui avait promis de leur amener miHe quatre cents faomm^s^ ne leur ayant pas tenu parole. S'ils avaient eu le courage de pousser jusqu'au bout l'exécution de leur dessein , ils auraient pu surprendre Genève, qui était peu en état de défense, surtout du côté de S. Gcrvais, dont le faubourg n'était fermé que de gazons assemblés a la hâte, a l'occasion desbruite de guerre. ^ Léti, qui dans sa préface, proteste devant Dieu et devant tout le monde d*avoir écrit en bonne conscience , sans passion et sans partialité^ ne dit pas un mot de toutes ces hos* tiliiée 9 de ces brigandages et de ces violations odieuses

* Savion Annal. L. III.

* Roset. L. II. Gh. SS.

* Savion. 1 c.

S98 CONrÉREVCt TBNUB a PATBaNB.

des traites. les plus solennels. Il glisse sur tout cela, comme chat sur braise^ ne montrant presque jamais le duc de Savoie et ses sujets que par le beau côté. Quoi qu'il en soit ^ le duc, conformément à la trêve, fit publier de nouveau une défense de ne faire aucune hostilité contre les JGenevois^ et reprit la voie de la n^^ciation. ' Et todle Tannée se passa de cette manière.

Les esprits étant si fort aigris de part et d'autre, et tant de ^fficultés survenant coup-sur-coup, il était difficile qu'on pût en venir à un heureux accommodenaent ; c^est pourquoi les cantons de Zurich, de Bâle et de Soleure furent priés d'interposer leurs bons offices pour y mettre la paix . Pour ce dessein on tint une conférence à Payerne , vers la fin d'avril. Les députés de ces cantons écoutèrent les raisons des uns et des autres; et les envoyés du duc surent si bien faire valoir lés prétentions de leur maître sur Genève^ et le tort que lui fiiisait Talliance des deux cantons avec cette ville ', que les arbitres trouvèrent a propos^ le 13 mai^ pour le Bien de la paix, que cette alliance et combourgeoisie fût anéantie. ^ Les Bernois acceptèrent cette prononciation. Ds se voyaient menacés de la guerre dans te cœur de la Suisse, et d'ailleurs ib étaient si las et si ennuj^és des embarras, des traversai et des inquiétudes que cette alliance leur avait attirées , qu'ils n'étaient pas fâchés de pouvoir la quitter avec honneur. Ainsi les députés de ces cinq cantons allèrent a Genève porter les articles de la sentence, prononcée parles arbitres des trois villes. Us assemblèrent le conseil de la bourgeoisie, le 24 mai, ^ el la ils

* Roscl 56. II. Savion I. c.

* Savion. 1. c.

* Savion Lib. m. Rbset II. 57.

OBNÊYB VEUT MAIHTÇNUL SON ALLIAMCB. 293

leur exposèrent cette sentence^ ajoutant que les Bernois l'avait acceptée. « Ils les exhortèrent aussi à renoncer de bonne grâce à leur alliance avec Berne et Fribourg^ et ils leur dirent que le duc s'engageait à payer dix mille écus y au cas qu'il fît aucun mal à leur ville. Que d'ailleurs la Suisse se trouvait dans un état de crise assez violente^ puisqu'elle se voyait à la veille d'entrer en guerre ; » comme en efïet la chose arriva le mois suivant. * Les Bernois en particulier représentèrent j» ' a qu'ils ne pouvaiçnl faire la-guerre au duc de Savoie ^ à cause des conjonctures dangereuses où ils se trouvaient^ d'autant plus que cette bourgeoisie leur avait coûte > aux uns et «ux autres^ des dépenses et des inquiétudes infinies. » De plus^ pour les y porter parla raison y ils leur représenlèrent « que le député de Savoie avait montré aux fiiédiate^rs , par un écrite qu'ils n'avaient pas droit de prendre cette bourgeoisie y ni quelque autre que ce /ût. » Pd(î/i ilil leur déclarèren|^ « que s'ils ne voulaient pas renoncer à Içqr bpurgeoisie , leurs seigneurs se join-* draicnt au dqc et lui prêteraient leur secours , pour lui faire rendre justice. » Les Genevois furent bien surpris^ çoname on peut penser, d'une pareille proposition.^ surtout faite de la part d'un canton sur lequel ils comptaient le plus ; cependant comme les députés de Fribourg leur parlèrent sur un autre ton, les assurant qu'ils étaient disposés à garderie traité, si Genève le souhaitait, les Genevois Reprirent courage, et répondirent unanimement à ces députés : « Qu'ils ne voulaient absolument point renoncer à la bourgeoisie des deux cantons. » Cette ré* solution unanime surprit beaucoup ces députés , parcç.

*• Voyez page 112 et suiv.

^ Id. etlo^lr. B.p.Spi.

JM& OPPOSITION DE L*£VBQDB KT DU ROI DE PEANCE.

qae ceux du duc leur avaient fait entendre qu'à la serve de vingt-cinq ou trente personnes , tout le reste ûc la bourgeoisie renoncerait agréablement à cette alliance. ' Les Genevois surent même si bien représenter leurs droits aux députés^ qu'ils leur firent changer de sentiment « en leur montrant des bulles d'empereurs , quileur donnaient des privilèges assez étendus , pour pouvoir eontracter de pareilles alliances. ^ Dans la même assem* blée de la bourgeoisie , oa renouvela la défense de parler de l'abolition de cette alliance^ sous peine delà vie. ^ Ainsi la sentence des arbitres des trois villes fut rejetée, et les Bernois marquèrent une autre journée à Pajernc^ pour le 4 juin. Cette journée fut renvoyée au 12 du ' même mois^ et puis encore au 12 de juillet^ à cause de la guerre qui était survenue entre les cantons. ^

Dans cette entrefaite t'évéque de Genève se mit de la partie^ pour faire plaisir au duc. Il écrivit^ vers la fin de mai^ aux seigneurs de Berne et de Fribourg^ pour leur demander la révocation de cette combourgeoisie ^ disant qu'elle était cause que les Genevois fui usurpaient sa jurisdiction. Il écrivit aussi aux Genevois sur le mcme ton. Us lui répondirent : « Qu'il avait tort de se plaindre d'eux y puisqu'ils employaient leurs corps et leurs biens pour soutenir sa légitime autorité^ et qu'ils le priaient de ne plus prêter 4'oreille au duc^ mais plutôt de venir à eux, pour être leur bon prince. » ^ Le roi de France entra aussi dans cette querelle , et écrivit, en juin ^ aux

Savion p. m. 19. RosetlI. Gb. 57.

Instr. B. 809. b. .

Savion p. m. 13. RoMt 1. c. Id.

Savion l.c. RosetlI. 38.

SBCORDI COMrÉRBMCB A PAYE&NB. 295

deux villes de Berne et de Fribourg de renoncer à celle alliance de Genève^ leur déclaranl que s'ils ne voulaient pas , il sérail obligé d'aider de toule* sa force à son cousin le duc de Savoie. *

Le jour de la conférence élant venu (c'était le 12 juillet), les anibassadeurs du duc demandèrent de nouveau que Talliance de Genève , faite avec Berne et Fribourg, fût cassée et anéantie, et présentèrent un long mémoire qui contenait les raisons du duc. Ils y représentaient : «c 1^ Que par l'alliance de ces deux cantons, faite avec le duc Philibert, il avait été stipulé qu'ils se-^ courraient le duc contre tous ceux qui voudraient troubler sa domination dans les diocèses de Genève, de Lausanne et de Sion. Que les parties ne devaient point recevoir pour bourgeois des sujets Tun de l'autre , ni gens demeurant dans leurs terres. 2® Que par Talliance faite avec le duc Charles, «où l'on confirmait la précédente, les deux cantons s'étaient engagés à ne recevoir aucuns étrangers qui prétendraient faire quelque querelle au duc. 3^ Que l'alliabce contractée par le duc avec les trois villes ensemble, Berne, Fribourg et Soleure , portaient la même condition que la première. 4® Que la bourgeoisie contractée entre Fribourg et Genève -avait été cassée par des arrot§ de la diète générale des Cantons, et par une autre tenue a Zurich. 5^ Enfin que les Genevois eux-mêmes, reconnaissant l'injustice de leur alliance avec Fribourg , y avaient volontairement renoncé en conseil général. '

Les députés des deux villes de Berne et de Fribourg répondirent : « V Qu^ils avaient toujours exactement

* Savion I. c. Rosel II. 39.

* Savioo. lib.'lll. p. m. iH, 16.

Î96 SBCONDB CONFÂIIBACE A PATBRMB.

ncve, ayant reçu des empereurs des privil^es assez étendas pour cela, et que les arrêts des diètes qu'on allouait ne disaient point le contraire. 3^ Qu'ils pouvaient le faire avec d'autant plus de raison que le duc n'avait jamais montré que Içs Genevois fussent ses sujets. 4*^

Que d'ailleurs on avait réserva dans cette alliance de laisser au duc toutes les prééminences et les droits qu'il avait dans Genëver. Qu'ainsi c'était a tort qu'on leur reprochait de violer en cela l'alliance avec le duc, qo'ils avaient observée mieux que lui ; que c'était lui qui l'avait rompue ; comme on le prouvait pa^r ses lettres , qu'on avait trouvées e( qu'on produisait, où il se rér jouissait et loui^it Dieu du malheur arrivé au roi de Franqe et k ces cantons, et de ce qu^ sç3 sujets avaient donné passage à leurs ennemis et avaient' maltraité , blessé et tué les soldats de Berne et de Friboui^ , qui passaient par leur pays. Us disaient en particulier^ que leur alliance avec la maison de Savoie ne les liait point à ne pas pouvoir prendre alliance avec les Genevois ; que cependant ils ne l'avaient pas voulu faire sans en avertir le duc, le priant de leur produire des titres authentiques, qui fissent voir que cela n'était pas juste , ce qu'il n'a jamais fait. » Quant à l'alliance faite entre le duc et les trois villes de Berne, Fribourg et Soleure , les députas de Fribourg dirent qu'ils ne l'avaient jami^b acceptée , et qu'ainsi elle devait être nulle ; ce que les Berppis reconnaissaient, laissant le SG(in fui: Genevois de répondre pour ce qui les regardait. *

* favion 1. c. pag. m. 17. 18. Qonf. Ins^r. B. 909 b.

SBCOROI CONriRBKCB A PATBBMB. 297

Les Genevois de leur côté dirent : « I. Qae le dac avait violé la trèvç faite à St^Julien , par toutes les vexations et hostilités qu'on leur avait faites ; en particulier par Tescalade que dix à douze cents hommes avaient voulu faire à leur ville ^ la seipaine de Pâque. Qu'il n'avait point payé les trois cent cinquante écus qu'il devait de reste aux députés médiateurs des quatre cantons. Il, Que le duc n'avait jamais voulu montrer ses droits^ en yertu desquels il prétendait qu'on ne devait pas faire cette alliance / quoiqu'il en eût été sommé pendant six semaines^ ni n^avait pu montrer que les Genevois fussent ses sujets, in. Que les Genevois ppur vaient prouver^ par des lettres des empereurs > qu'ils nç l'étaient point. Q'ils n'étaient pas même enclavés dans fion pays^ parce que la plupart des pays d'autour de Genève appartenaient proprement a ses évéques y comme il paraît par les hommages que les prédécesseurs du duc en ont rendus a^ix anciens évéques, qui de leur côté ne pouvaient aliéner à personne leur jurisdiction. lY Que le vicariat d'empire, qui. faisait son titre primitif, ne lui donnajt nullement li| souveraineté de Genève. IP Parce que les empereurs eux-mêmes ne peuvent pas donner cjp qu'ils n'y ont pas , ne s'y étant réservé qu'une procession quand ils y viennent. 2® Que^ d'ailleurs* ce vicariat a été trois fois révoqué. 3^ Que le duc lui-même a reconnu qu'il n'était point seigneur souverain de Genève, puisque^ quand il y est venu^ il a demandé, par deux fois^ la permission d'y tenir la justice en faveur de ses sujets , et leur a donné des lettres authentiques , ^ju'on produisait, où il déclare que cela ne tirera point à conséquence, et qu'il ne prétend point s'arroger par là de jurisdiction dans Genève. » (C'était la en effet une vieille ruse des princes de Savoie, pour se frayer dour

S98 SBCOMDB CONrSRBNCB A PAYBRfiB.

cemeDl le chemin à la dominalion des lieux qui ne dépendaient pas d'eux. Ils venaient quelquefois au pays de Vaud^ et tenaient leurs assises à Moudon, et quelqu€^fois à niorges. J'ai vu un acte d'Amcdce VIII^ premier duc de Savoie, qui avait demandé permission au chapitre delà cathédrale de Lausanne^ de tenir sa cour de judicature à St-Pré, petit hourg au bord du lac^ à une lieuedeMorgeSy appartenant au chapitre. Dans cet acte qui était de l'an 1420^ le duc déclarait que ces chanoines lui avaient accordé de grâce spéciale raulorité ci licence de rendre justice a ses sujets dans leur ville de St-Pré, pour quatre mois seulement^ et leur promettait que cela ne leur porterait aucun préjudice pour leur ju* risdiction, et ne tirerait point a conséquence pour l'avenir^ sinonautantqu'il procédera de leur bonne volonté.) * « y. Les Genevois dirent qu'il n'était point vrai qu'ils eussent renoncé volontairement à la bourgeoisie de Fribourg, mais que ç*avait été bien par force et par contrainte ; lorsque le duc leur tenait le pied sur la gorgée, étant entre a Genève à main armée , avec le comte son frère et une escorte de sept à huit mille hommes, où ^rès avoir fait diverses vexations, il menaça tous ceux qui refuseraient de renoncer a cette alliance , de leur faire couper la tété, comme il^avait fait quelque temps auparavant à Berthelier et a deux ou trois autres Genevois, zélés pour la liberté de leur patrie. VI. Que le duc ne pouvait point se plaindre de cette alliance, parce qu'on y avait réservé ses droits légitimes, auxquels ils ne'voulaient pas toucher. » *

* Tiré des Archiv. Lat. de Berne, N°. 477, entre les papiers inutiles.

' Savion 1. c. p. 90. 31. S9. '

LB COHTB DB GRUTÈBB HOWHÉ SUR- ARBITRE. 999

Ce fui apparemment dans ce temps-là que les Bernois, reprenant le courage qu'ils semblaient avoir perdu au* paravant> résolurent do renoncer 9 l'alliance du duc> et de lui en renvoyer le traité s'il ne cessait d'inquiéter les Genevois. Ce qui put encore les animera cela, ce fut l'avis qu'on reçut que les gentils-hommes de la Cuillère amassaient du monde dans la Bresse pour attaquer Genève pendant la conférence; projet qui s'en alla en fumée, comme le précédent^ par la mutinerie des soldats, qui ne voulurent pas marcher faute d'argent. ' Les Bernois en firent des reproches aux ambassadeurs du duc de Savoie; mais ceux-ci répondirent hardiment, « que leur pripce^ comptant d'avoir gain de cause dans cette journée, %vait fait ces préparatifs pour châtier les Genevois. » Peu^-etre aussi furent-ils informés du bruit qui courait alors ^ et qui pouvait bien être fondé , que si la guerre civile des Suisses avait continué , les ducs de Lorraine et de Savoie étaient d'intelligence ensemble pour se jeter sur les deux partis, l'un d'un côté et l'autre de Tautre. '

Les arbitres, qui élaient'des députés de Savoie, d& Berne et de Fribourg, n'ayant pas pu convenir pour prononcer sur cette grande affaire, le duc choisit pour sur-arbitre le comte Jean de Gruyère, qui était son vassal et de son conseil. Ce comte ne voulut pas prononcer d'abord, mais enfin après avoir différé dix semaines entières, il donna sa sentence, le l'*^ octobre, par laquelle il cassait le traité de combourgeoisie que Genève avait contracté avec Berne et Fribourg. Le duc l'accepta, et demanda a ces deux villes d'être incessamment mis en

' Rosel IL AO.

» Id.

300 BBRMB BT TEIBOUEG RBNOinrBLI.£1IT L*ALLIA1ICX.

possession de Genève ; mais eOes le lai refbsërenl y et rejetèrent la sentence du comte. Pendant les dâais du comte a prononcer son jugement , les gentils-hommes de la Cuillère continuaient leurs hostilités et leurs brigandages contre les Genevois. Ceux-ci s'en plaignireni aux deux villes, qui en écrivirent au duc. Mais toutes ces négociations se trouvant inutiles, enfin le 3 d'octobre les deux villes renouvelèrent leur comboui^geoisie avec Genève, et s'engagèrent à la défendre tout de bon à forme du traité, si le duc continuait ses violences contr'elle. •

En effets trois jours après, les lettres de Falliance de Savoie furent I:iiff^s dans l'assemblée 4a grand conseil de Berne, en présence de l'ambassadeur du duc, et renvoyées à ce prince, avec instance qu^il leur renvoyât les lettres qu'il avait d'eux, parce qu'il avait été. expressément déclaré qu'on en viendrait là, ai le duc neTOuhdt pas accepter les articles de pacification qui lui étaient proposés. '

Us lui demandèrent aussi d'être débarrassés de Veur gagement où ils s'étaient mis pour lui en le cautionnant pour de certaines sommes. Mais le duc avait passe les monts, vers le milieu ^c septembre, et était allé joindre l'empereur, qui était alors en Italie, ^ et qui se fit couronner à Bologne, au mois de novembre, comme je l'ai déjà dit ailleurs.

Cependant, comme le cours do la justice paraissait interrompu par la retraite du vidomne et de son lieute* pant*, les Genevois, sur la proposition qu'en firent les

* Roset II. tt. Instr B. SStt.

' StetU. II. 33 b.

^ Ros^t II. AS.

MOÙVIAU TaiBUMAL DS JtfSTICS A 6SRBVB. SOI

syndics, ctablirenl entr'eax (le 14 novembre) un nouveau tribunal dte justice, composé d'uo président, nommé lieutenant^ et de quatre assesseurs , nommés auditeurs. Dans la suite on a augmenté de deux le nombre de ces derniers. On députa en Bourgogne pour avoir l'approbation de révéque; mais il ne la leur donna que de bouche et en particulier, n'ayant pas osé le faire par écrit et publiquement, pour ne pas se commettre avQc le duc de Savoie. *

Ils firent aussi quelques changemens dans les emploie de police. Outre le petit conseil composé de vingt-cinq membres, ils en établirent un de soixante, et au lieu que, depuis Tan 1457, le nombre des personnes qui entraient dans lé conseil était incertain et indéterminé^ on le fixa alors à deux cents personnes. Avant rétablis-* sèment de ce conseil, on n'y avait eu que le conseil général ^ composé de tous les bourgeois et citoyens, chefs de famille. ' Ces derniers établissemens se firent au mois de février de Tan 1530. Cependant le comte de Challand, maréchal de Savoie, fit publier dans le pays, qu'on eût à vivre en bonne paix avec les Genevois. L'absence de son roattre et la fermeté des deux cantons loi faisaient craindre leur ressentiment pour la Savoie^ si Ton inquiétait les Genevois. ^

Parmi tous ces troubles la réformation avançait len- ' leroent à Genève ; soit parce qu'il n'y avait point de prédicateurs, soit parce que les alarmés perpétuelles où étaient les Genevois, à cause des entreprises du duc de Savoie et des gentils-hommes de la Cuillère^ ne leur

* Roset II. tô.

^ Msc. Choaet.

^ Savi<m f>. m. 96.

SOS COMMBHCUIBIfT DE BftFOaMATIOll.

permettaient pas de penser à autre chose. Ce n'était donc alors qu'une petite étincelle , mais qui dans la suite pro* duint un grand feu. Les Bernois y encourageaient les Genevois de toute leur force, et un jour ils dirent à des députés de Genève, qui étaient à Berne : « Qu'ils devaient mieux aimer être libres , que de vivre dans la ser* vitude^ et dans une servitude qui coûtait cher, et d être dans le nombre des esclaves d'un maître qui était audelà des monts. » *

Ainsi animés par ces discours, et par les exemples des voisins, quelques Genevois réformés prirent courage, l'an 1530^ et se donnèrent un peu plus de liberté, soil à parler, en public et dans les conversations particulières^ soit à vivre selon leurs sentimens.' D'abord le grand vicaire del'évéque ^ envoya, le 22 mars^ des plaintes au conseil contre les cabaretiers, dece qu'ils donnaientde la viande aux Luthériens, nonobstant qu'on fût en carême, et contrequelques particuliers qui se promenaient dans les églises pendant la messe, au lieu d'écouter Tofficeà genoux. Là-dessus le conseil des Deux-Cents renouvela la défense de manger de la viande dans les temps défendus, ordonna d'écouter la messe avec respect^ et défendit d'embrasser lareligion luthérienne. Mais en même temps il fut résolu qu'on se plaindrait au vicaire^ de ce qu'il n'avait point encore remédié au scandale que causaient les désordres du clergé. Cependant comme le nombre des réformés se trouvait déjà passablement grand, et que quelques-uns étaient puissans daos la ville, ils se moquèrent dé la défense , s'appuyant sur )a liberté et les

* Spanbeîn, Geneva Restitula. p. 56.

' Id. page 37.

^ Mf. Ghouet. Rosct U. ch. 43, dit Le Procureur fiscal.

L'iVBQUB ST LE CLSIIG£ SE, RINDINT ODIEUX. 305

privilèges de la bourgeoisie. D'ailleurs l'occasion se trouva favorable pour eux^ L'évéque se rendit tout-k-> fait odieux aux .Genevois , parce qu'on sut que dans une entrevue , qu'il avait eue avec le duc, il s'était ligué avec lui, le 14 mai , pour leur faire la guerre. ^ Dans le mois de juillet, il fit saisir en Bourgogne deux marchands genevois; et quelque temps après, au mois d'août, on surprit une de ses lettres , datée d'Arbois , adressée aux gentils-hommes de la Cuillère, par laquelle il leur donnait commission de châtier ses sujets rebelles de Genève qui entreprenaient sur son autorité. ' De plus, les chanoines menaient une vie si déréglée, et s'abandonnaient au vice avec tant d'effronterie, que Ton perdit toute estime pour eux. La chose alla si loin, que cette année-là les Genevois , voyant que les dîmes qu'ils payaient à ces ventres paresseux étaient si mal employées, refusèrent de les leur payer. ^ Mais les Fribourgeois ayant intercédé pour eux , et ces vénérables ecclésiastiques ayant promis de se corriger , le conseil ordonna qu'on leur payât leurs dîmes ; mais il leur dénonça en même temps que, s'ils ne changeaient de 'conduite, on I^ur saisirait ces revenus pour les appliquer a l'hôpital.

Voila tous les mduvemens que Ton vit à Genève l'an 1530, en matière de religion. Mais il y en eut tant plus pour la tranquillité publique et la liberté de Tétat. ties gentils*hommes de la Cuillère ne cessaient d'inquiéter les Genevois à la campagne, et comme ceux-ci saisirent un jour un voleur, sur les terres du duc de Savoie, à Crans ^ village près de Nyon , et le firent mourir; les

* Letilib. y. p.&7&.

^ Rosetll.ch. 51.

^ Id. ch. 49. Spaoh. 1. c. p. 2S. 83.

304 MOUVSLLSS HOSTILIT&S DU DUC

gcnUls-hommes conjures en prirent prétexte de redoubler leur fureur contre Genève^ et résolurent de saisir et de maltraiter tout autant de Genevois, qu'ils pourraient trouver sur leurs terres, en représailles de ce qu'ils avaient fait à ce voleur. Les Genevois s'en plaignirent, le 1^' juillet , à leurs alliés de Berne et dé Fribdurg; par des députés. ^ Les Bernois n'approuvèrent pas la conduite des Genevois à l'égard de ce voleur ; cependant ils leur promirent leur secours en cas de besoin. D'autre côté, le duc de Savoie envoya aussi à Berne des amlMissadeur8> "^ur se plaindre de cette action des Genevois. ' Les Berndls répondirent qu'ils ne l'approuvaient point, et qu'ils leur en écriraient; ce qu'ik firent le 6 d*aoÛt, les exhortant à ne plus faire de ces sortes de chosefa, qui ne leur tournaient pas à compte:

Le duc de Savoie, impatient d'en venir au± mâiné; fit marcher contre Genève deux mille hommes d'infad-^. terie, avec cinq cents chevaux venus de Piémont ; outre six mille hommes, qu'il avait déjà en Savoie. ^ Le sei* gfneùr d'Aruffàns^ chef des gentils-hommes de la Cuillère , se chargea dé metti% sur pied un corps de deux mille hommes, et (si l'on en croit Leti) l'évéque de Genève lui abandonna toutes s^é reiites de Tannée > pour fournir à cette dépense. Ces préparatifs se firent dan6 les mois d'août et de septembre, et les conjurés se promettaient de prendre Genève au commencement d'octobre. Les Genevois en donnèrent avis à Berne et a Fribourg, demandant du secours. Les Bernois se conteii'^ tèrent d'abord (le 29 septembre), d'y envoyer déni

* LaUn. MUsiv. SOit. Roaetlltô. 51.

* Latin. Missiv. S9G.

' Leti I. c. &78.

BBENV JB DéCIBB A DOHNBB DV SBCOURS.

dcpuled, poar voir l'état des choses et tâcher de mettre la paix^ airec ordre « de n'épargiier ni peiné ni dépense pour empêcher qu'on n*en vint à une guerre ouverte; de ne faire aucune autre démarche et de ne rien prtfnietire a aucune des deux parties. » ^ Illais^ soit qu'ils vissent bien que le danger était pressant^ soit qu'ils eussent de nouveaux àtis de Textréme danger où se trouvait Gencv^, ils résolurent trois jours après, d'yedvdjerincesâàmment des trdupès. Ils avaieùt fait venir des députés deSoIeure , pour délibérer avec eux sur cette affaire. Ils leur commutîiqijlèrent^ le 2 octobre, ' la nouvelle qu'ils avaient iheçuei «Que le maréchal de-Bourgogne était sur pied avec sijt mille piiétonsetcinq cents chevaux, et qu'au-delà du lac de Genève, tout ce qui pouvait porter les armes, leâ pre^ nait contre cette ville-là. De sorte que, pour leur hon* neur , ils étaient obligés de marcher à soù secàurs; quoique malgré eux , à cause de la dureté du temps ; mais qu'il fallait satisfaire à leur engagement. Qu'ainsi ils se mettraient en çUemih le leùdemairi avëdletifs alliés de Fribourg. » Ils écrivirent le mèm'é jbur a leurs alliés de Soleure, pour les inviter ausèi à leur donner du secours, en vertu de leurs traités réciproques.

Je me suis un peu étendu sur cette affaire, pouih montrer (liiecjd ferait bien à tort qu'on accuserait leé Bernois, comme îWt fait quelques écrivains , d'âtoi^ saisi avidement rocca3ion de faire là guerre au duc , pour pouvoir lé dépouiller du Pays-de-Vaud; qui était a leur bienséance. On voit le contraire, par l'extrait fidèle que je viens de rapporter. Il y avait diverses raisons, pour lesquelles les Bernois se faisaient de la peine de faire

* Instr. B. p. 20.

^ Msc. Grooss.

Page 1