‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 5)Chapitre 45 sur 60 · Î PLAINTES DB ZURICH · texte numérisé non relu

Î PLAINTES DB ZURICH

de Zurzach , et à leur donner la clef de la sacrbiie ; voulant cependant que ces gens-là rendissent compte aux huit Cantons, leurs seigneurs, des biens d'église qu'ils avaient vendus et do ceux qu'ils vendraient. Que quant aux habits etornemens de la messe, on devait les parUger à de pauvres gens. D'ordonner au baillif de punir les vicieux et généralement tous les réformés de Zurzach et de WeltingUen , et d'autres lieux du comté de Bade , qui n'observeraient pas les lois de la réforroation ; faute de quoi les consistoîrelï auraient droit de

les punir. ' »

La diète des Cantons étant assemblée , les Zuricois portèrent leurs plaintes de ces injures atroces ^ dont on les avait chargés. Les cinq Cantons catholiques avouèrent qu'elles étaient de la dernière brutalité; « qu'aussi ils avaient déjà châtié quelques-uns de ceui qui les avaient écrites ou proférées , et qu'ils étaient résolus de punir les autres de la même manière, deman* dant que l'affaire en restât là. Ils représentèrent aussf qu'on ne les épargnait pas chez les réformés , et sollicitèrent enfin de nouveau l'affaire de la pluralité des suffrages. Les députés des cantons non intéressés, après les avoir entendus, les exhortèrent les uns et les autres (le 10 avril) à abolir dans leurs terres toutes ces injures, et à vivre ensemble dans une union fraternelle et helvétique. ^

y. Dans cet intervalle de temps survint la guerre de Muss , qui suspendit pour quelques mois l'animosité entre les Cantons. Il faut en dire ici quelque chose. Jean Jacques de Médicis fut fils d'un médecin et chirurgien

* Id.

' Ralm 719. HoUing;. 855.

irimcts, chatblain db muss. 365

milanais^ nominé Bernardin^ ' ce qui fit ^ selon quelques* nng , qu'on lui donna le nom de Modicbino , qu'il chang^ea pour prendre celui de Médicis, comme plus honorable. Selon d'autres , il était véritablement issu d'une branche de l'illustre famille des Médicis de Florence, quij chassée de sa patrie , s'était réfugiée à Milaa, Quoi qu'il en soit, c'était un homme passionné pour la guerre, mats fourbe, cruel et dévoré par une ambition insatiable, qui le portait à tous les crimes qu'il jugeait propres à le faire parvenir h son but. Dans sa jeunesse il assassina Hector Visconti, à la sollicitation (à ce qu'on croit) de Jérôme Moron, qui lui donna pour récompense le gouvernement de Muss, château situé près du lac do Côme; c^est pourquoi il est connu dans l'histoire sous te nom de châtelain de Muss. Il embrassa d'abord le parti de l'empereur Charles V contre François F' roi de France, l'an 1525, eldans cette situation il fit la guerre aux Grisons, qui avaient envoyé six mille hommes à l'armée française devant Pavie. Quelque temps après, il quitta le parti de l'empereur et suivit celui de la France, dans le temps que François I" était détenu prisonnier en Espagne;' mais voyant l'empereur triomphant enltalie. Tan 1529, il fit sa paix avec lui. Dès là, fier de son sort, il commença de traiter avec mépris le nouveau duc de Milan , François Sforce y et à trancher du souverain dans sa terre, se faisant appeler marquis do Muss et comte de Lecco, et semblable à la grenouille de la fable 9 qui voulait s'enfler et s*élever au-dessus de ses forces, il forma le chimérique dessein de s'établir une petite souveraineté dans ces quartiers-là ; et tous les

' Sprccher lib IV. p. m. i82. 185.

' Sprccher I. c. i92.

dOà IL SE JETTE SUR LA VALTBUMB.

jours il exerçait quelque brigandage sur ses voisins. Il avait particulièrement en vue de se rendre mattre de la Valteline^ qui était dans son voisinage et tout- a* fait à sa bienséance 9 et qui d'ailleurs sollicitait son ambition par sa beauté et par sa fertilité. Le duc de IHilaii ayant congédié les troupes espagnoles qui étaient en garnison dans les châteaux de Milan et de Côme> et en d'autres lieux de ses terres (parce qu'il ne croyait pas avoir plus à craindre de danger) le châtelain de Muss en prit neuf cents hommes à sa solde. Il fortifia les endroits de son gouvernement qui étaient aux frontières de la Cbiavenna et de la Valteline^ faisant courir le bruit que c'était par ordre du duc de Milan. * Les Grisons ne pouvant pas le croire, députèrent auprès du duc, le vicaire de la Yalteline, Martin Bovolno , jurisconsulte de Masox, pour savoir de lui la vérité. Mais comme ce député s'en retournait chez lui avec son fil^, ils furent tous deux égorgés en chemin par des assassins que Médicis avait apostés contr'eux.

Ainsi, sans aucune déclaration de guerre, il se jeta surlaValtelineavec ses troupes. Tan 1531 ; etle samedi 12 mars, il s'empara du bourg et du château de Morbegno^ par le moyen de quelques traîtres, entre lesquels était un moine dominicain de ce bourg, nommé F. De* nis. Ces traîtres furent pris dans la suite par les Grisons et pendus a des arbres. Médicis fortifia la place et y laissa une bonne garnison , sous le commandement de son frère Gabriel. '

Les Grisons levèrent incessamment des troupes pour aller repousser cet ennemi, et ces troupes se joignirent

* Sprecher 193.

' Id. IM

LBS SinSSBS VIBNNSNT AU SECOURS DES GRISONS. 565

avec celles de laVaUeline, commandées par le gouverneur de la vallée. D'abord elles repoussèrent la cavalerie ennemie , proche le ponl de Sl-Pierre, et la mirent en déroule. Et dans l'ardeur que leur inspirait la victoire gagnée dans cette escarmouche (sans vouloir écouter leurs chefs , qui se proposaient de réduire la garnison du château de Morbegno par la faim ) elles coururent en désordre assiéger ce château. Mais n'ayant pas l'artillerie nécessaire pour le battre , elles furent re. poussées avec perte de leurs plus vaillans hommes , et de diverses personnes de la première distinction. *

A la nouvelle de cet échec, les Grisons demandèrent le secours des Suisses. Tous les cantons réformés le leur accordèrent agréablement. Les catholiques en firent au* tant y à la réserve des cinq zélés ^ opposés à Zurich ^ qui refusèrent d'en donner , disant qu'ils ne voulaient pas faire la guerre au châtelain de Muss. Berne et Fribourg demandèrent l'une et l'autre le concours de leurs alliés, et enlr'autres celui de Lausanne y pour cette guerre. Berne demanda quatre-vingts hommes^ le 11 avril, et Fribourg dix, le /avril, qui était le vendredi saint* '

Les troupes suisses passèrent les monts au commencement d'avril, au nombre de quatre mille hommes» ^ Ceux de Zurich, de Claris, du TockenbourgetdeThurgovie arrivèrent les premiers et allèrent droit au camp des Grisons, devant le château de Morbegno. Les autres, qui vinrent après, passèrent par la vallée de Masox , et se campèrent à l'autre bord du lac près de Me-

nasio. ^

' Id. 193.

* Man. Laos. 36S. b.

' Rabn 7S0.

* Sprecber 497.

366 MOBBBGNO RBP11I8.

Le châlclainde Muss, de son côlé, demanda du secours à son beau-frère Wolff Thoodoric , seigneur d'Ail- Ems ou Hohen-Eras^ qui lui ramassa trois mille lances. Mais ces troupes ne purenl pas aller le joindre, par^^^e que les gens du Tyrol , et le cardinal Christophe lŒadruzze, évéquo de Trenle, observant fidèlement le traité de leur alliance héréditaire avec les Grisons ^ ne voulurent pas les laisser passer. *

Les soldats^ qui étaient en garnison dans le château de Morbegnô , ayant appris l'arrivée des Suisses et l'obstacle qu'on apportait au passage des troupes qui venaient à leur secours , manquant d'ailleurs des provisions nécessaires pour soutenir un long siège, et se voyant vigoureusement pressés par les assiégeans , pensèrent à s'enfuir, trento-cinq jours après que la ville eût été prise. Ils feignirent de vouloir faire une vigoureuse sortie d*uB certain côlé , dans le dessein d'y attirer les assi%eans , et en même temps ils sortirent du côté de la montagne, par un endroit d*où Ton ne soupçonnait pas qu'ils toulussent se sauver. Mais les Grisons, avertis de leur fuite par leurs gardes avancées /les poursuivirent, en atteignirent la plus grande partie et en firent périr trois cents par l'épée ; d'autres se noyèrent dans le lac ; quelquesuns furent faits prisonniers. '

Après cette expédition , prenant avec eux les troupes de Zurich et les autres qui étaient venues avec elles , les Grisons allèrent renverser les remparts que leur ennem{ avait élevé au bord du lac de Côme ; après quoi faisant venir de l'artillerie, ils s'emparèrent d'une petite ^lace forte, nommée Datio, où les ennemis portaient ordi-

« là. 196.

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