‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 5)Chapitre 44 sur 60 · PLAINTES DES CANTONS GATHOIIQUBS · texte numérisé non relu

PLAINTES DES CANTONS GATHOIIQUBS

secrète à leurs députés , au cas que les cinq cantons ne payassent point, de ne pas consentir d'abord à cette interdiction de commerce avec eux, ne trouvant pas à propos d'en venir à cette extrémité dans ces temps dangereux. Ils étaient alors en guerre ouverte avec le duc de Savoie à cause de Genève, et ils ne voulaient pas s'exposer à avoir la guerre en deux endroits à la fois.

Ce fut ainsi que se passa l'année 1530*

m. Dans une diète générale des Cantons, assemblée a Bade, le dimanche 8 janvier 1531 , les catholiques firent de grandes plaintes contre les réformés, les accusant d'avoir violé le traité de paix en plusieurs endroits, èîngulièrement dans le premier et le quinzième article. Ils se plaignaient, 1^ de ce qui était arrivé dans les terres communes de Bade, de Sargans, de Thurgovie, dans lés Bailliages libres, comme aussi dans les terres de l'abbé de St-Gall. 2^ De ce que les réformés ne voulaient pas s'en tenir à ce qui avait été réglé à la pluralité des suffrages , au sujet des seigneuries communes, dans les affaires qui ne regardaient que des intérêts temporels et d'autres. 3^ Ils accusaient le capitaine de Zurich, d'avoir soulevé les sujets de Tabbé de St-Gall contre les deux seules paroisses catholiques, qui étaient demeurées de reste dans le Rheinthal. Ils appuyaient particulièrement sur le second article, déclarant que si on ne voulait pas s'en tenir à la pluralité, ils étaient résolus de ne plus assister à aucune d}ète« Ils concluaient par exhorter leurs confédérés de Glaris, Pribourg, Soleure, Schaffhouse et Appenzell, de leur aider dans celle affaire , voulant prendre Zurich par le

3S& RÉPONSB DIS ZU&ICOIS.

droit; sur ce sujet; faute de quoi, ils chercheraient les moyens de se soutenir. *

Les Zuricois répondirent , qu'ils n'avaient point contrevenu au traite de paix^ ni dans ces articles , ni en d^aulres. 'Mais que c'étaient les cinq cantons, qui cherchaient toujours des prétextes pour rompre ce traité.

I. Que ce traite portait , qu'on devait délivrer les sujets de l'abbé de St-Gall , des choses dont ils se plaignaient ; que Lucerne et Schwyiz avaient toujours différé de le faire; mais que Zurich et Glaris l'avaient exécuté. Qu'ainsi le capitaine lucernois, n'ayant pas voulu se conformer aux règlemens qui avaient été faits pour ce pays-là y il ne fallait pas en jeter la faute sur Zurich.

II. Que suivant le même traité, on devait laisser aux églises des seigneuries communes plein pouvoir de régler chez elles l'affaire de la religion, et qu'on n'y devait plus rétablir la messe et les images , dès qu'elles y avaient été abolies. Que Zurich s'en tenait aussi là. Que pour les affaires civiles , ils se soumettaient aussi à la pluralité des suffrages. Mais si les Cantons voulaient décider entr'eux, à la pluralité des suffrages, les affaires de religion, que les églises auraient réglées pour elles; il serait aisé de voir, qu'on n'aurait aucun égard à la pluralité des suffrages des églises, et que le traité de paix serait entièrement violé. III. Quant à l'affaire du Rheinthal , ils répondaient qu'il ne s'agissait point de religion, mais d'une désobéissance formelle des paysans, qui refusaient de se soumettre au tribunal d'où ils dépendaient, et de payer leurs redevances. Enfin, comme ces sortes de choses avaient été réglées dans le traité de paix , ou même expliquées à

OFFRE SI LUCERMK. 555

rigueur de droit , après sa ratification ils croient qu'il était déraisonnable de vouloir les examiner davantage. '

Après s'être justifiés ^ ils vinrent à la récrimination ^ et se plaignirent vivement des insolences et des injures brutales et grossières , que plusieurs personnes des cinq cantons vomissaient contr'eux et contre leur doctrine; et comme ils voyaient bien à quoi elles tendaient , ils ne voulaient plus le supporter. Ils leur reprochèrent en* core leurs conventicules , qu'ils tenaient habituellement à BecLenried, contre un article formel du traité de paix. Les Zuricois ne se contentèrent pas de répondre de bouche aux reproches qu'on leur faisait , ils publié* rent encore un manifeste imprimé , pour faire voir qu'ils n'étaient point coupables des troubles de la Suisse. *

n semblait que cette diète devait terminer heureuse* ment les difficultés qui divisaient les Cantons. Les Lu* cemois offraient d'envoyer à Wyl^ pour capitaine du pays , on homme de bien , qui laisserait les gens dans leur réformation et qui ne les inquiéterait point pour leur religion. Les Bernois étaient d'avis qu'on acceptât cette offre 9 qui était aussi raisonnable qu'on la pouvait souhaiter; mais avec cette réserve : que les quatre cantons protecteurs imposeraient un serment nouveau à ce capitaine, lequel il leur prêterait a eux et non aux sujets. ^ Mais ce qui accrocha l'accommodement^ futTaffaire de la pluralité des suffrages dans les matières de religion, sur laquelle on ne put pas s'accorder. Les réformés no refusaient point de s'y conformer pour les affaires civiles; mais pour celles de religion, ils ne vou-

* Holiing. I. c.

' Id. 553.

' Bem. Inslr. B. 50.

356 BBRNE CHBR.CHB A PAClFIBR LBS TROUBLBS.

laient point absolument s'y soumettre dans la diète, vu' que le nombre des cantons catholiques étant plus grand de beaucoup ; ^ toutes les fois qu'il se serait agi dans la diète d'affaires de religion y si les choses y eussent été réglées à la pluralité des suffrages, les réformés auraient toujours eu du dessous. Les catholiques, de leur côté, voulaient qu'ils s'y soumissent à tous égards , et sans aucune réserve.

Les Bernois, quoique intéressés dans cette affaire et insultés horriblement par le canton d'Unterwalden , ne laissèrent pas de prendre fortement à cœur la paciGcation de ces troubles ; et le 27 janvier , ils envoyèrent des députés à Zurich, de concert avec Bâie, pour leur faire des remontrances sur ce sujet , les disposer à s*ac* commoder avec Lucerne, aussi bien que Claris avec Schwytz. *

Il survint encore dans le même temps , de nouveaux sujets de difficultés. Lorsque les chanoines de BâIe quittèrent celte ville, ils emportèrent avec eux quelques titres , qui appartenaient à l'église cathédrale ; et non seu* lement ils se firent payer des censés et des dîmes , mais aussi ils vendirent quelques dîmes , au grand préjudice de celle église. Us furent fortifiés dans cette conduite , par un nouvel édit de l'empereur, qui ordonnait de payer au clergé les censés et les dîmes qu'on lui devait , tout cdtnme parle passé. D'autre côté, l'évéque suscita aussi des difficultés aux Bâiois , à caus^ de ces petits pays de leur voisinage , qui étaient alliés avec eux par des traités de combourgeoisie. ^

* Id. 36.

« Ibid.

> Hotting. 5:j3,

NOUVELLES DIFnCQLTÉS. 587

Les Bâlois ayant demandé le secours des autres cao* tons réformés , leurs confédérés , contre leurs chanoines , il se fit en février une diète ou conférence de ces cantons à Bale^ où Ton promit lout le secours pos«t sible aux Bâlois. ^

Bâle et Soleure eurent aussi ensemble y dans le même temps , un différend assez vif à cause de quelques endroits de leurs frontières respectives, entre les jurisdictions de Schauenbourg et Liechtstall y qui étaient en contestation. Elles écrivirent Tune contre l'autre avec beaucoup d'aigreur. ^ Nous verrons ci-après ^ la suite de cette affaire.

Les Bernois eurent aussi des difficultés avec la régence autrichienne de Waldshout , et avec les chevaliers de Tordre teutonique. Celte régence fit arrêter quelques revenus , qui leur appartenaient et eux, de leur côté, firent aussi arrêter toutes les rentes que cet ordre possédait dans leur canton. C'est pourquoi, le grand maître de Tordre, nommé De Cronberg, leur écrivit des lettres menaçantes.

Les quatre cantons réformés en général eurent un nouveau sujet de mécontentement contre Hethwyl et Schwytz. Les réformés, exilés de Rothwyl, se présentèrent devant la diète de ces cantons , assemblée à Bâle, et employèrent leur protection. Mais la magistrature de Rothwyl n'eut aucun égard à la recommandation de ces cantons. Il en fut de même de Schwytz. Un conseiller de ce canton, nommé Adrien Fischlein, et un nommé Meinrad Amberg ayant embrassé la réformatîon , fu-

* Bahti 718.

» Id. 7Ï5 = Au ch. VU

558 BAfLllF d'uNTBRWALBBH DANS LS RHBIRTHAI..

rent obligés de quitter le pays , ëi ne purent avoir aucune justice de leurs compatriotes. '

Dans ce temps-là, le Rheinthal avait .an I>aillif du canton d'Un ter walden, nommé Sébastian Kretz, ennemi mortel de la réformation et des réformés, et qui entretenait une correspondance secrète avec Marc Sitiich, seigneur d'Ems^ ennemi déclaré des Cantons. Ites gens du pays Vayant su , lui en firent des reproches, accompagnés de menaces, qui rengagèrent, au mois de février, à se retirer au canton d'Appenzell. LesRhcinthaliens prièrent le canton d'Untenvalden de leur donner un autre baillif. Mais leur demande fut rejetée ; et les cinq cantons envoyèrent des députés, pour rétablir Kretz dans son emploi. Mais une troupe de Rheinthaliens armés allèrent attendre le baillif en chemin^ l'arrêtèrent prisonnier et le conduisirent à Âltstetten ; et en même temps, tout le pays se plaignit aux cantons leurs seigneurs de la mauvaise conduite de ce baillif et de ses deux prédécesseurs , qui étaient venus d'Uri et de Schwylz., et de leurs concussions insupportables. Le baillif se justifia mal sur les divers articles de ces plain» tes. Ainsi il demeura quelque temps arrêté; mais enfin il fut élargi, autour de Pâques, à la sollicitation des Zuricois. *

• Cependant le bruit se répandit à Berne , que les trois cantons, Uri, Schwytz etUnterwalden avaient contracté nne alliance particulière avec Maximilien Sforce, duc de Milan , et quelques autres princes d'Italie. Les réformés ne pouvaient manquer d'en prendre de Tombrage; c'est pourquoi les Bernois en écrivirent en droiture au

* HoUing. I. c.

« Babn. 717. 718. HoUing 85K.

BUTE DBS RirOEMÉS A BALE. 559

ducj le 17 février, pour savoir de lui si cet avis était vrai. Ils le prièrent en même tempç de se souvenir de leur ancienne amitié , et de bien réfléchir sur les maux qui pourraient arriver y si cette alliance était faite contre

eux. ^

rV. J'ai parlé d'une diète des quatre cantons rcfor-^ inés^ assemblée à Bâle , vers le milieu de février; il s'y passa des choses importantes, dont il est à propos de parler. On j délibéra sur le parti , qu'il y aurait à prendre^ au cas qu'on fût invité à envoyer des députés au concile que le pape avait promis à l'empereur d'assembler à Milan ou àMantoue, puisqu'il ne convenait pas aux réformés de se rendre dans ces lieux-là^ où ils-n'auraient aucune liberté de parler. On convint qu'on chargerait quelques théologiens et autres savans d'examiner les anciens conciles^ afin d'en tirer la matière des réponses qu'on aurait à faire , toutes les fois qu'on serait appelé à ce concile. On en donna la commission a deux théologiens. L'un était pasteur de Zurich, et se nommait le docteur Engelhard. Il était fort versé dans ces matières^ et avait même été professeur en droit ca. non. L'autre était Erasmf^ Schmîd, qui avait été pasteur a Stein , et qui s'était retiré de Zurich , à cause des troubles de la Chartreuse dlltingue, arrivés l'an 1524.

On y proposa en second lîeu> s'il ne serait pas à propos d'introduire dans toutes les églises réformées de la Suisse, une entière uniformité a l'égard des cérémonies et des rites religieux? Les théologiens de Zurich, de Bâle, de Strasbourg et de Sl-Gall^^ qui se trouvèrent a cette conférence , répondirent le 15 février', <c que

* Latin. Missiv. 500.

3fi0 i>tmTK i>B5 miromHis a balb

celte propositioD n'élait pas encore de saison , parce qae l'Evangile se répandait de plus en plus ; que d'ailleurs jamais on n'arail tu une telle uniformité dans l'Eglise , et qu'eUe y était même dangereuse ; qu'à la vérité , l'empereur Charlemagne l'avait extrêmement sollicilée dans son temps > et l'avait portée le plus loin qu'il était possible ; mais que la religion , la foi et la liberté chré* tienne en avaient souffert. H fut résolu qu'on en donnerait avis partout aux ^lîses; ei dans une diète suivante des mêmes cantons , assemblés» à S^uricb , au commcncrement de mars^ on convint, que chaque %lise pratiquerait les cérémonies dont elle s'accommoderait le mieux, n fut aussi arrêté , que chacun prendrait soin des oco» les 9 pour qu'elles fussent entretenues^ et qu'cm* fournil aux enfans de bonne maison, les moyens et les secours nécessaires pour s'instruire, afin d'éviter par -là plusieurs difficultés et divisions, qui avaient leur source dans l'ignorance'. Enfin, il fut aussi convenu, pour entretenir l'union entre les Eglises , que quand il survien» drait quelque difficulté ou division , au sujet de la doc* trine ou du service religieux^ on convoquerait une diète des villes réformées et confédérées ; et que chaque partie y amènerait ses théologiens , comme pour y faire une espèce de synode provincial, où Ton examinerait ce qu'il y aurait de meilleur à faire, selon Dieu et selon sa Parole. *

' La raison pourquoi on ne trouvait pas à propos de rien décider sur l'uniformité des Eglises à l'égard des cérémonies , fut le triste exemple de la funeste division qui déchirait alors FEglise reformée de Soleure, comme on Ta déjà dit.

* Hotiin^;. 5S5. 55&.

ET À eUEICB. DIBTS GÂMÉRALB. 361

lie mois suivant 9 il y eut une seconde assemblée des villes réformées à Zurich. Les Zuricois s'y plaignirent amèrement des injures grossières et outrageantes qu'on vomissait généralement contr'euz dans les cinq Cantons. Oo chargea, le 19 mars^ les seigneurs de Berne de convoquer une diète générale des Cantons à Bade, et d'y inviter les villes qui avaient contribué, l'an 1529 , à faire le traite de la paix de Suisse^ comme aussi Mulhouse et Bienne, afin que Zurich pût y porter ses plaintes. ^ Quelques-uns proposèrent de joindre aux plaintes une menace d'interdiction de commerce; mais, cela fut rejeté. '

Dans cette rencontre l'église deZurzach se plaignit de ses chanoines^ qui s'étaien t retirés à Klingnau et avaient emporté les meubles qui avaient été achetés aux dépens du public. Ils se plaignirent aussi de leur baillif , qui non*seulement les empêchait de secourir les pauvres ( par le moyen de certaines rentes destinées autrefois à des usages superstitieux) et d'abolir l'impureté^ le blasphème et d'autres vices ^ mais même entreprenait de soutenir les prêtres dans leur concubinage et leur vie déréglée ; et leur défendait de punir ces vices , selon redit de réforme publié à Zurich. On faisait aussi les mêmes plaintes en d'autres endroits. ^

lies Bernois convoquèrent donc une diète générale des Cantons , pour la fin du même mois, et donnèrent (le 24 mars) entr'autres instructions, a leurs députés Tavoyer de Diesbaçh. et le conseiller Pierre de Werd j a d'obliger le baîUif de Bade à laisser en paix l'église

* Rahn 719.

* Hotliug. 555.

' Bern. Inslr. kl.

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