‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 5)Chapitre 5 sur 60 · S TROUBLES A BALS · texte numérisé non relu

S TROUBLES A BALS

allèrent autour du temple avec le taiDl>our y pendant que les réformés étaient assemblés^ entrèrent ensuite dans la maison du ministre ^ et y brisèrent les fourneaux et les fenêtres. Les réformés^ irrités d^une telle insolence, s'en vengèrent sur les images et les autels , qu'ils détruisirent entièrement. Les catholiques, de leur côté, commirent divers désordres , et auraient même rasé l'église, si on ne les avait empêchés. Ainsi finit Tannée dans ce pays-là.

Les choses se passèrent un peu plus doucement a Bâle. La messe avait été abolie dans TEgliso de S. Martin et aux Augustins. Mais les images y étaient encore. ^ Cinq bourgeois, animés d'un zèle outré, entrèrent dans Téglise de S. Martin, le lundi de Pâqiie 13 avril, sans la permission du magistrat, et sans la participation d'Oecolampade, pasteur de cette paroisse-là, et en enlevèrent toutes les images. Ils furent mis en prison. Mais cela n'empêcha pas qu'il ne s'en trouvât vingt- quatre autres qui, le lundi suivant ^^ firent la même expédition chez les Augustins. Les paroissiens d'Oecolampade. présentèrent requête aux magistrats pour la liberté de ces prisonniers. Ils furent appuyés par deux cents autres bourgeois qui se joignirent à eux. Le conseil leur ordonna de se retirer, mais ils s'excusèrent de le faire ^ jusqu'à-ce qu'on leur eût accordé leur demande. Le conseil relâcha les prisonniers, et en même temps donna ordre, le 15 avril, de faire 6ter les images dans cinq églises , à S. Martin , aux Augustins, à l'Hôpital , à S. Léonard et aux Cordeliers ; avec défense expresse de les ôter dans les autres temples ou d'y faire aucun changement , sons une peine arbitraire ;

- * Wurslîs. Lib. VII. C. 20. Seuil, p. m. VCJ. HoUiiig. 420.

A l'occasion d'images BRISiSS. Î3

défense de s'injurier les unâ les autres sous la même peine ; enfin défense d'exciter des séditions et de faire des assemb}ées tumultueuses, sous peine de mort. Mais les bourgeois ne furent pas encore contens^ parce qu'on ne satisfaisait pas à la requête qu'ils avaient présentée pour établir l'union entre leurs prédicateurs. Zurich et Berne 9 ayant eu avis de cette division, y envoyèrent des députés, le 24 avril , pour contribuer à y rétablir la paix. Ils leur donnèrent ordre en même temps de se plaindre de ce qu*on avait permis à Bâle l'impression des libelles diffamatoires , que Paber et Eckins avaient écrits contre la dispute de Berne ; de demander qu'on imposât silence aux prédicateurs, qui ne tiraient pas leur doctrine de la seule Parole de Dieu , et de proposer an traité mntuel d'alliance particulière et dé combourgeoîsie pour maintenir la réformation. * Ces députés demandèrent d'être entendus devant le grand et son* verain conseîL Mais comme les principaux seigneurs de l'Etat étaient encore bons catholiques, Craignant que le conseil souverain n'agréât leurs propositions^ et qu'ainsi leur religion ne fût en danger^ ils renvoyèrent honnêtement ces députés , sous prétexte que les édits pubKés avaient suffisamment remédié aux désordres des prédicateurs. Environ le même temps, Oecolampade ayant perdu sa mère , qui conduisait sa maison , se maria avec une jeune veuve de bonne famille, mais peu accommodée de biens. '

La ville de Bienne avait toujours suivi les traces des Bernois ; elle le fit aussi dans cette occasion. ^ Le 5

' Bem. Iiutr. A. liS. Wurstis. I. c.

' Hotling. I. c.

' Noetili , fol. 10. Hotting. 415.

24 RirO&M£ A BIEMME, A S. GALL,

février , dix jours après la dispule de Berne , le grand conseil de la ville résolut de détruire les images et les autels, n fut permis à chacun de reprendre les images et les ornemcns qu'il avait donnés aux Eglises ; et on mit les autres a Técart sous une voûte ^ jusqu'à nouvel ordre; mais il n'y eut point besoin d'ordre poui* les rendre inutiles. Quelque temps après on brûla les unes^ on brisa les autres ; enfin on les détruisit toutes. Jean Wirben fut quelque temps seul ministre, et prêchait tous les jours. Dans la suite il eut pour collègue un nommé Wol£%ang , chassé du canton de Claris , et enfin George Steheli, qui avait été pasteur de Wcinigue. On fit le même traitement aux images à S. Gall, à Constance, àLindauet en divers autres lieux, après la dispute *de Berne. A S. Call, les boui^eois de la paroisse de S. Magnus prièrent les magistrats de leur per* mettre d*ôter de leur temple cette pierre d'achoppement, qu'on y avait laissée depuis deux ans, à cause des prétentions de Tabbé sur ce temple. ^ Le magistrat le leur ayant permis, le 28'février, pourvu que tout se fît sans scandale, ils enlevèrent toutes les images, et démolirent tous les autels ^ à la réserve du grand autel. Les pièces d'argenterie, qui servaient à cette église^ entr'autres une main de S. Hfagnus, qui était d'argent, furent portées à la monnaie, pour y être converties en espèces et distribuées, aux pauvres. On défendit à tous les prêtres^ qui étaient bourgeois, de dire la messe dans la ville et dans son ressort. Quelques-un? d'entr'eux, qui étaient zélés catholiques, aimèrent mieux renoncer à leur bourgeoisie que d'obéir et se retirèrent

* Scult. 143. Hotting. &15. Mù.

A HULHOUSB, A BBXHGA&TEK S^

dans l'abbaye. Les conseillers , qui étaient encore catholiques > furent privés de leurs emplois; cependant sans préjudice de leur honneur.

L'exemple des Bernois servit aussi d'encouragement à ceux de Mulhouse. Il y avait déjà cinq ans qu'on y avait aboli la messe ^ les ordres religieux et le célibat des ecclésiastiques. Mais a cause des vives sollicitations des Cantons, et des menaces de leurs voisins, ils n*avaient pas osé toucher au reste. Cette année ils reprirent courage, et témoignèrent tant d'ardeur à purger leurs temples d'images, qu'ils n'épargnèrent pas même les vitres peintes des fenêtres. * On épargna avec grand peine celles de l'église paroissiale.

Cependant l'empereur Charles V écrivit de Burgos , en Espagne^ aux deux cantons d*Uri et de Soleure, * et apparemment aussi aux autres catholiques , le 3 février^ pour les louer et les remercier de leur zèle pour la religion romaine. H avait raison, car ces messieurs ne s'épargnaient pas. Ha étaient toujours à l'affût pour s'opposer aux prétendues hérésies qui se glissaient dans les seigneuries communes. Hais au lieu que les Zuricois avaient été méprisés jusqu'alors , la réformation étant désormais appuyée par les Bernois, les affaires des réformés s'y avancèrent heureusement. Car comme à Brerogarten , les bourgeois eurent reconnu la vérité , par la lecture de l'Ecriture Sainte et des livres évan* géliques, les (jantons de Lucerne, Uri, Schwytzet Claris, sollicités par Honegker, avoyer de la ville, y envoyèrent une députation avec ordre de retirer tous les Nouveaux Testamens et les livres évangéliques d'en-

* Holling. 424.

' Hottin((. 423.

96 Arr AIRES db gbmbvb en 1S27.

tre les mains des bourgeois , dans le dessein de les envoyer ensuite à Bade. Mais Zurich et Berne en ayant eu avis , y envoyèrent aussi leurs députes pour empêcher l'exécution de cet ordre. Et la chose en resta là pour le coup. A celte occasion ^ les deux Cantons demandèrent aux autres qu'il fût permis dans leurs seigneuries communes de lire la Sainte Ecriture, d'entendre prêcher la Parole de Dieu , de manger gras dans les temps défendus et toutes les autres choses qui ne sont pas défendues dans la Parole de Dieu, et de ne point châtier les prédicateurs qui réglaient par cette Parole leur doctrine et leur vie.

rv. Tandis que tout était en mouvement dans U iSnisse pour la réformation de l'Eglise^ les Genevois s'en donnaient de leur côté pour le maintien de leurs franchises et de leurs libertés , et pour se garantir contre les surprises et les attaques du duc de Savoie et de ses partisans. On a vu ci-dessus, a l'an 1526, en abrégé, ce qui s'est passé entne ce prince et çux dès l'an 1511, jusqu'à la conclusion du traité d'alliance et de cornbourgeoisie qu'ils contractèrent avec les deux cantons de Berne et Fribourg, et quelques*unes des suites qu'eut cette alliance. Quatre ans se passèrent dès là dans des agitations perpétuelles entre le duc et les Genevois , et en plusieurs négociations , qui furent toutes infructueuses. Le duc aurait bien voulu employer la force pour réduire les Genevois à son obéissance, mais il craignait les Cantons ; et en attendant une occasion favorable, il leur faisait secrètement tout le mal qu'il pouvait, et les harcelait par divers endroits. Il arriva même une fols que les Savoyards ayant appris que l'évéque de Genève, Pierre de la Beauroe, voulait se re-

l'ÉVBQVB fait BBS CONCESSIONS. 27

tirer en Bourgogne^ le 13 de juillet de l'an 1527, ' le capitaine des archers du duc fit une conspiration , avec quelques gentilshommes , pour l'enlever à la porte de Genève, quand il sortirait, et le conduire à Chambéry ou le tuer. On devait surprendre en même temps la ville et égorger les conseillers avec quelques-uns des principaux bourgeois. Mais cette conspiration, ayant été découverte , échoua ; et les Genevois en donnèrent incessamment avis a leurs alliés de Berne et de Fri« bourg. ^ L'évéque, ayant pris son temps, se retira en Bourgogne. Il avait souhaité d'entrer dans le traité d'alliance des Genevois avec Berne et Fribourg, mais les Bernois le lui avaient refusé. ^ Four y entrer par un autre endroit, ce prélat, quelque temps avant son départ, fit assembler le conseil général le 15 juillet. Il s'y trouva en personne , et y passa trois actes : le premier pour approuver et confirmer l'alliance faite avec les Cantons; le second pour demander la bourgeoisie de la ville, qu'on lui accorda ; et le troisième pour ce* der aux syndics et au conseil la connaissances des causes civiles. ^ Cependant s'étant brouillé ensuite avec la ville, au commencement de l'an 1528, il fit afficher aux portes des Eglises une révocation de ce pouvoir qu'il avait donné ; mais on s'en nioqùa. Les Genevois, de leur côté, charmés de la douceur de la liberté dont ils jouissaient,' et la comparant avec l'esclavage dans lequel le duc les avait tenus, ne lui voulaient plus rien accorder. Les Mammclus, bannis de Genève, portè-

* Roset II. 17. 18.

* Bern. Instp. A. 3i.

> Ibid. 36. b.

* Roset. Liv. II. Ch. 17.

S8 tllS MAMHELUS BANNIS DB GBEBVB.

renl leurs plaintes à Berne contre leurs concitoyens ; et les Bernois ayant invité les Genevois a envoyer une députation à Berne ^ pour chercher les voies d'un ac* commodément amiable avec ces gens*là^ ce différend fut examiné le 23 août 1527, dans le conseil souverain de Berne j qui , pour réunir les parties ^ prononça : *■ a Que diz«huit des principaux Mammelus, qui étaient les plus coupables , ne pourraient jamais rentrer dans Genève, et qu'ils paieraient à la ville de Genève vingt mille écus d'or pour tous dommages et intérêts, moyennant quoi la ville leur relâcherait les biens qu'elle leur avait arrêtés; et les autres seraient reçus en grâce, pourvu qu'ils jurassent fidélité à la ville, comme bons citoyens, et qu'ils fissent les autres satisfactions raisonnables. » Mais ni l'ambassadeur du duc de Savoie, ni les députés de Genève , ne furent contens de cette décision, demandant un jugement de justice. Dans le même temps, le duc reçut une nouvelle mortification a Genève. L'an 1519 il avait fait meltre ses armes en sculpture sur le frontispice du château de Tlsle. Quel* ques Genevois, aidés par les domestiques de l'évcquc, ' allèrent les arracher de nuit, le 5 d'août, et les jetèrent dans le Rhône. Ils persistèrent aussi dans leur animosité contre les Mammclus exiles ; et, quelque instance que fissent les Bernois, pour qu'on accordât grâce, du moins à ceux d'entr'eux qui étaient les moins coupables, ils ne voulurent jamais y consentir. Bien loin de là, ils confisquèrent tous les biens qui pouvaient leur tomber entre les mains. ^ Les Mammelus ne

* B. Arch. Iiislr. A2.

« Ibid p. 53. et Slelll. 672, Chr. Roset U. 20.

' B. Arch. Ut. Miss. 274. Chr. Roset 11,^1.

FONT «XCOMSiUNTBR LA YUlE. 99

trouvant pas leur compte avec les armes charnelles, cherchèrent les spirituelles^ et recoururent à Tarchevéque de Vienne, comme métropolitain de Genève. A leur sollicitation, ce prélat excommunia les Genevois, tant le magistrat que le peuple. Mais le conseil général de la bourgeoisie, assemblé le 29 décembre 1527, défendit, sous de rigoureuses peines, de reconnaître à l'avenir Tarchevéque de Vienne et sa cour spirituelle, et d'obéir même à aucunes lettres apostoliques qu*a celles qui viendraient immédiatement de leur évéque. Cette tyrannie des ecclésiastiques aigrissait les esprits et les disposait à écouter les docteurs de la réformation. Cependant le duc, voyant qu'il n'avançait rien par la voie de la négociation, pensa à prendre Genève par la force, animé par le bon succès de l'empereur Charles V, son beau-frère , qui venait de prendre Rome. Il fit donc grand amas de gens de guerre pour battre Genève tout de bon, et tenir tête aux Cantons qui voulaient la soutenir. Mais peu de temps après, comme il était prêt à faire marcher ses troupes, la guerre se ralluma de nouveau entre l'empereur et le roi de France, et celui-ci même lui demanda passage par la Savoie pour son armée. Ainsi voyant que la conjoncture ne lui était pas favorable, il laissa les armes pour reprendre la voie de la négociation. * Il envoya donc des ambassadeurs k Berne, au commencement de l'année 1528, pour porter de nouvelles plaintes contre les Genevois. Les Bernois en écrivirent (le 20 janvier) k leurs alliés de Genève, * leur marquant journée au dimanche suivant de Lœtare, pour paraître par leurs députés avec

* Leil p. 459.

« Leii p. 459.

* B Arch. Lai. Miss. I. c.

50 JOUaNÉB SB PATERNE.

ceux de S. A. cl répondre à ce qui leur élait imposé.

La journée ayant été remise à Payerne ^ au 9 ou 10 de mai, les Bernois y envoyèrent cinq députés, et les Fribourgeois un pareil nombre, pour entendre les députés du duc et ceux de Genève , et travailler à pacifier leur différend. Les Bernois consentaient que Ton diminuât la somme de vingt mille écus qu'on avait imppsée aux principaux exilés; mais ils voulaient aussi que les Genevois ne fussent point contraints a recevoir ceux des exilés qui avaient commis de grands crimes ; enfin ils voulaient qu'on examinât les droits du duc pour le vidomnat, et qu'on les lui laissât, autant qu'ils ne seraient point opposés aux privilèges de la bourgeoisie.^ Mais cette journée fut aussi infructueuse, parce que l'ambassadeur du duc ne voulut point y comparaître, ni faire voir les droits de son maître pour le vidomnat de Genève ; c'est pourquoi elle fut remise à Fribourg au 30 d'août , où les Bernois envoyèrent aussi quatre députés. ^

Cependant, il se fit au Fays-de-Vaud (en octobre 1527) une conspiration de toute la noblesse contre Genève, qui causa de grands maux. On l'appela la conspiration de la Cuillère, parce, dit-on, qu'ils l'avaient faite en mangeant du ris à la cuillère au château de Bursinel, ^ chez un des principaux, et qu'ils prirent pour marque de leur confrérie une cuillère d'or ou d'argent qu'ils s'obligèrent de porter pendue au cou^ attachée à un ruban , sons peine à celui qui était surpris sans la porter de payer une certaine amende , ap-

^ Ibid. Instr. 139.

* Ibid. a03.

' Leti &59. AjGO. Stuinpf. Msc. Thomasset p. 5.

GSRTILS-HOMMES DB LA CDILUBRB. 3i

plicable à la compagnie. Cette compagnie était com«posée de plus de soixante gentils-hommes, tant du Paysde-Vaud que de la Savoie , depuis Moudon jusqu'à Chambéri. Ils avaient pour chefs François de Pont- Verre^ gentil-homme Savoyard^ Michel Mangerod, bar ron de LaSarraz, et Henri de Cojoney^ seigneur de S. Martin. Celait une espèce de chevalerie où il n'entrait que des gentilshommes , sujets du duc. Ils tenaient chaque année leurs assemblées à Nyon, le premier de janvier; et leurs assemblées duraient quelquefois plus de huit jours. Ils s'y occupaient de terminer les différends qui arrivaient entr'eux^ et à former leufs délibérations. Ils se gardaient tous une grande fidélité/ et si l'un d'eux était offensé par quelqu'un ^ qui ne fût pas de la bande^ tous les autres lui aidaient à le venger ou k lui faire rendre satisfaction. Les évéques de Genève et de Lausanne entrèrent dans cette conspirar tion^ et on les accusa même avec beaucoup de vraisemblance d'en avoir élé les auteurs. ^

D'abord ces gentils-hommes firent amas de monde; et^ conduits par les gens de l'évéque de Genève, sans attendre l'issue des journées dont j'ai parlé, marquées à Payerne et ensuite à Fribourg , ils se mirent à faire des courses autour de Genève , commettant diverses hostilités contre les Genevois, jusques-Ià qu'ils en perdirent un jour dix-sept tout à la fois , proche du pont d'Arve, le 26 novembre 1527.^ Les Genevois recoururent à Berne et à Fribourg pour avoir du secours. Les deux villes^ qui ne voulaient pas rompre avec le

* Msc. Thom. 1. c.

* Bulling, Hist. Retorm. Msc. II. 60. Turret. Réf. Msc. ' B. Arch. Lat. Miss. 385. b.

8S LES GENEVOIS SB PLAiGNEMt DE L'évii^UB.

duc, se contcntèreDt d'envoyer à Genève quatre députés chacune, pour apaiser les troubles par leur autorité ; mais cette députation ne produisit pas un grand effets «étant fort ordinaire, dit Leti, ^ que la langue d'un ambassadeur n'épouvante pas l'épée d'un bon

soldat. »

Les Genevois se plaignirent particulièrement de leur évéque, qui se déclarait leur ennemi, au lieu qu'il aurait dû se joindre à eux. Il envoya à Berne (en juillet) un député nomme François de Mondalta, pour se justifier et pour accuser les Genevois. Les députés de ceux-ci se défendirent. La conclusion fut que les Bernois écrivirent (le 31 juillet) à l'évéque, pour l'exhorter à faire la paix avec ses sujets et à les traiter favorablement, le menaçant qu'à défaut de cela ils donneraient à leurs combourgeois de Genève le secours qu'exigerait d'eux leur combourgeoisie. ^

Pendant toutes ces agitations^ les sentimens' des réformés se répandirent dans Genève. Et comme les ecclésiastiques y étaient fort méprisés à cause de leur ignorance et de leur corruption , l'on osa révoquer «n doute les doctrines qu'ils enseignaiefit, et l'on se mit à disputer sur les dogmes qui partageaient rAUemagne. En particulier l'évéque s'y était rendu fort odieux par une infamie dont il se couvrit, ayant enlevé en carême (l'an 1527) une fille de bonne maison. ^ Cet enlèvement fit grand bruit; le peuple s'attroupa autour de la maison de l'évéque , et l'obligea a rendre la fille à ses parens. Vers le commencement de l'an 1528 on

* pa{;e 460.

' B. Arch. liât. Miss. 1. c.

3 Scult. II. 582. Spanheim 22. Chron. Rosct. H. 15

PAROLE DE BONNIVA&O. 35

s'échauffa parliculièrement sur deux articles , la réforme du clergé et la défense de manger de la viande en certains temps. Néanmoins le conseil défendit, sous de grosses peines, d'en manger dans les temps défendus.

J'ai remarqué ci-dessus que les Mammelus exilés recoururent à Vienne en Dauphiné, et qu'ils y obtinrent de la cour archiépiscopale un décret d'interdit contre la ville de Gc;pève, mais que ce décret n'eut aucune suite. François Bonnivard, prieur de S. Victor, allant à Berne avec les députés de Genève, trouva ce décret afSché aux portes des églises , dans les villages qui étaient sur la route. Il voulut le lire. Un des députés lui ayant remontré que sHl le lisait il tomberait sous l'interdit, le prieur^ homme sage et de grand sens, lui répondit : ^ a Si vous avez banni les Mammelus sans cause, vous êtes vous-mêmes excommuniés de Dieu ; et c'est sa malédiction que vous devez craindre, et non celle des hommes. Si vous avez eu raison de le faire, Tarchevéque n'a aucun pouvoir sur vos consciences. S'il vous excommunie, le pape Berchtold (entendant le réformateur de Berne) vous en absoudra facilement. Et sachez que la conscience né reconnaît aucun autre tribunal que celui de Dieu. Que ni le diable, ni le pape ne peuvent faire aucun mal qu*à ceux qui les craignent ; et que leurs foudres ne peuvent faire autre chose que du bruit. » Ces discours du prieur, joints aux exhortations de ceux de Berne , donnèrent aux Genevois le courage de secouer le joug du pape long-temps avant que d'abandonner l'Eglise romaine. Déjà dès celte

* Spanheim. Gen. Restil. Sg cl seq.

54 F&IBOURG BT BERNE PARLENT EH 8BKS CONTRAIRE.

année il y avait dans Genève un pelit nombre de réformés , qui avaient deux des syndics dans leur parti ^ savoir Besançon Hugues et Etienne Macheret. Au commencement de cette année ^ ils avaient envoyé, à la dispute de Berne (où ils furent aussi invités) trois de leurs théologiens , avec le consentement secret de révéque* ^ Ces trois théologiens étaient le chanoine de Fernez, Jean le Fèvre, prévôt des Macchabées et le F. Azier, cordelier. Après la conclusion de la dispute, quelques mécontens du canton de Berne allèrent à Genève , et y parlèrent fortement contre la nouvelle réforme. D'autre côté> divers Bernois réformés ^ marchands et autres, y allèrent aussi ^ et se mirent à parler contre les abus du clergé , contre la défense de la viande et d'autres choses semblables, tellement que les prêtres perdirent beaucoup de leur crédit dans l'e^ prit de quelques Genevois. ' Les Fribourgeois, apprenant ces choses , envoyèrent des députés à Genève , les menaçant de rompre leur alliance s'ils abandonnaient Tancienne religion que leurs ancêtres avaient suivie depuis tant de siècles^ pour en embrasser une nouvelle, qui n'était que la production de la jalousie et de la vengeance d'un apostat^ comme Luther. D'autre côté» les Bernois y envoyèrent des députés, qui ne travaillèrent pas avec moins de chaleur a entretenir les Genevois dans les bons sentimens qu'ils avaient pour la réforroation. Ils leur représentaient , que l'Eglise en général, et en particulier celle de Genève, avait trop besoin de réformation pour neiger de mettre en œuvre les moyens qui se présentaient à

* C>$l cr que dit Lf II . p. 16$. i6S, mais il y a lieu d'en douter.

ON CONSQLTt BOKHIYARO. S5

eux. Qoe d'ailleurs ^ pour avoir un bon rempart contre la violence de leurs ennemis^ qui étaient puissans^ il fallait travailler a s'attirer la foveur de Dieu , qui était plus puissant qu'eux tous, et qu'il n'y avait pas de meilleur moyen pour cela que d'abolir les abus de l'Eglise et les superstitions , pour la ramener à l'usage des Ap6lres^ etc.

Ces repr^entations si opposées, de deux cantons alliés, et de l'appui desquek on avait besoin^ intriguèrent beaucoup les Genevois , et entretinrent la division parmi eux ; de sorte que si Dieu n'eût conservé cette ville j comme par miracle , elle serait souvent tombée au pouvoir de ses ennemis. ' Ainsi , les uns demandant la réformation de quelques abus et de certains désor* dres du clergé , les autres s'y opposant , ils convinrent dé consulter le prieur de S. Victor, dont la sagesse et la prudence, aossi bien que la probité, étaient recoa-^ nues de tout le monde. H leur répondit : ' « Qu'il était à soubaiter qu'il se fit quelque changement dans l'Eglise , mais un changement qui consistât à corriger le mal et nos pas à le déguiser. Que véritablement on avait besoin de réformation , qui n'était pas seulement nécessaire pour le clergé, mais aussi pour ceux qui la souhaitaient. Que si les ecclésiastiques étaient coupables de quelques péchés , il y en avait plusieurs d'entre lo peuple qui étaient dans le même cas. Que des geos qui étaient couverts de défauts n'agissaieni pas prudemment de conseiller vne réforme, et qu'ils ne pouvaient pas l'entreprendre avec succès. Que ce que Ton haïssait dans le clergé, ce n'était pas tant leurs

< Leli464.

' Spon. I. c. Spanbeim 3ft. 35. Leti 465.

36 SA KÉPONSE.

crimes que leurs brigues. Que l'on ne demandait pas la fin des vices , mais celle des vicieux , non pour qu'il en arrivât du bien à la ville ^ mais à ceux qui voulaient pouvoir vivre dans la débauche sans concurrens. Qu'ils devaient bien penser que quand ils auraient chassé leur clergé, et reçu les minisires à sa place , ceux-ci n'auraient pas pour leurs déréglemens la même connivence qu'avaient les prêtres, parce que le clergé romain étant corrompu, comme le reste des hommes, tolérerait bien des choses que les ministres ne toléreraient point. Que les prêtres pressaient l'obéissance aux ordres des papes, et négligeaient les commandemens de Dieu, mais que les ministres ae recevaient que les commandemens de Dieu^ et ne faisaient aucun cas du reste. Qu'ils devaient donc bien s'examiner, s'ils se proposaient de réformer. leur vie, aussi bien que leur doctrine. Que si c'était là leur dessein , ils pouvaient mettre courageusement la main à l'œuvre; sinon ^ qu'ils ne devaient plus parler de réforme. Que s'ils voulaient vivre comme ils faisaient^ ils ne devaient pas être surpris si les autres ne vivaient pas mieux qu'eux. Que si donc ils voulaient réformer le clergé, il était nécessaire qu'ils donnassent un bon exemple, eux qui étaient les chefs, et qu'il n'y avait point de meilleure réforme que de commencer chacun par soi-même. » Par de tels discours, il rabattit un peu les empressemens des plus échauffés. Parmi tous ces contrastes, le duc ne s'endormait pas. Persistant dans la résolution d'avoir Genève par la ruse ou par la force , il amassa du monde et fit faire quelques courses sur les Genevois. * Ceux-ci recoururent à leurs alliés de Berne et de Frîbourg, cl les pressèrent

* Stel. T. ÎI. 32. b. Chron. Rosct. lî. 32.

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