‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 5)Chapitre 54 sur 60 · SIGNATAIRES · texte numérisé non relu

SIGNATAIRES

» Moyennant tous ces articles , la paix^ l'union et la concorde seront entièrement rétablies entre les cantons et le passé sera entièrement oublié de part et d'autre, sans qu'on puisse jamais se le reprocher les uns aux autres^ etc. '

Les médiateurs de ce traité furent l'ambassadeur de France, Jean de Langeac, évéque d'Avranche> assisté de Louis d'Angrand, chevalier^ seigneur de Bois-ri^ gaud^ écuyer triipchantde S. M., de Lambert Meigret, seigneur de Villequoi et de la Cour-neuve , contrôleurgénéral des guerres et du capitaine Ambroise Eggen.

De la part de Charles, duc de Savoie, Pierre Lam* bert, seigneur de la Croix, et Ai)toine Piochct , écuyer tranchant.

De la part d'Ernest, marquis de Bade el de Uochberg,, Conrad Dietrich de Bolsenheim, baillif de Rothelin ; el Oswald Goût , docteur es droits et chancelier^ et deux autres personnes.

De la part de Jeanne de Uochberg^ princesse de Neuchfttel, Pierre Valier son maître d'hôtel, et Jean Merveilleux, châtelain de Thiele.

Du canton de Claris ; Frédéric Tolder, ancien baillif des FreyAmter avec deux autres ,

De Fribourg , Ulrich Techtermann , Wolffgapg Ueid et'WoIffgang Uoch.

D'Appenzel, Ulrich Isenhout, Conrad Brinlisovrer. ^

Les catholiques triomphèrent, d'avoir contraint les Zuricois à signer un traité tel que celui-là, qui ne leur faisait pas beaucoup d'honneur, particulièrement à l'égard du premier article, où la religion romaine était appelée l'ancienne, vraie et indubitable foi chrétienne l et

* WuraUs. L. VIII. Gh.XIll. p. 606. 607. ' Wurstia. 1. c. 60K.

A4i &irLBZIOMS «VR Ll T&AITi.

I& reformée y était appelée tout sèchement^ la nouvelle religiori. Les ennemis des-Zaricois en ont pris 0€xuision de les insulter cruellement^ et de les accoset d'avoir renié leur rejigion; et cette accusation toute absurde qu'elle était , s'est répaiidue par toute la Suisse^ et jusques dans le pays de Vaud , où le souvenir s'en est conservé jusqu'à nos jours ; car je me souviens fort bien, d'avoir ouï dire dans mon enfance^ qu'on accusait les Znricois d'avoir une fois renié leur religion. Mais c'est là^ à mon sens, une plaisanterie fort mal placée^ ou plutôt une calomnie impertinente; comme tous les lecteurs équitables en conviendront. L'accusation paraîtrait jaste et bien fondée y si c'eut été un secrétaire de Znrich^ qui eut couché le traité par écrit au lieu qu'il est tout visible^ que ce fut un secrétaire catholique de l'un des cinq cantons dont le zèle ^ enfilé par le glorieux succès de leur guerre j lui fit mettre dans ce traité toutes les expressions propres à mortifier les Ztiricois. En effet, on y remarque une affectation toute visible à cet égard. Les Zuricois y donnent aux cinq cantons les titres honorables , et accoutumés entre les cantons de chers et féaux confédérés. Et les cinq cantons au contraire les appellent simplement leurs confédérés. Ainsi tout ce qu'on peut reprocher avec justice aux Zuricois dé ce temp&-là, c'est d'avoir eu la faiblesse de signer un traité conçu en des termes quf déshonoraient leur réformation. Ils auraient dû les faire changer avant que de signer. Mais ils ne furent pas les seuls qui firent cette faute. Les autres réformés la firent aussi ; et ce fut là un triste effet de la division, qui s'était glissée entre leurs deux armées. Quant au reste, il est fâcheux pour les réformés, qu'il leur ait fallu un traité de paix, extorqué par la force ^ pour leur apprendre les règles de la tolérance chré-

Bl&MB MEDIATS. A45

tienne envers les erreurs ^ el la palience envers les efran&. Un peu plus d'attachement à la pratique de ces excellentes vertus^ leur aurait épargné ces raorlifications , et n'aurait pas attiré a leur réformation , le mal qu'une conduite opposée lui attira.

XIII. Après que les Zuricois eurent aussi quitté la partie et fait leur paix particulière ; t'out le fardeau retomba sur les Bernois > qui, se voyfnt désormais seuls ou à peu près, (puisque le secours de leurs autres alliés se réduisait à peu de chose), en furent accablés et ne se trouvèrent pas en état de le soutenir. 4^ette guerre leur coûtait beaucoup, * parce qu'ils étaient obligés de partager leurs troupes^ et d'en distribuer une bonne partie le long de leurs frontières , pour être en garde contre leurs voisins. Quoique le duc de Savoie leur fit de grandes démonstrations d'amitié, ils ne jugèrent pas à pro-* pos de se reposer là-dessus, non plus que sur la tranquil* lité apparente des villes forestières, qui sont le long du Rhin. Ils avaient mis a Aigle une garnison de deux mille hommes , sous la conduite de J. François Nœgueli ; un autre petit corps sur le mont Brunig, contre ceux d'Unterwalden , sous le commandement de Théobald d'Er* ' lach; el d'autres en d'autres endroits. Outre le premier corps d'armée, qui s'était mis en chemin le 1 1 d'octobre, ib en avaient fait partir un second de quatre mille hommes , le 23 du même mois, sous la conduite de leur ancien avoyer Jean d'Erlach^ qui, arrivés à Zofingen, y furent joints par les cinq cents hommes de Bâle, et

^ Dans ce temps-là Berne n'était pas fort riche. En novembre elle emprunta dii mille écas de Strasbourg, par rcntremise des B4lois. Bàle leur avait déjà prêté mille florins de Rhin. Instr. B. p. 130.

kkk iMCuasicm en aegovib.

pgr les quatre vingts de Lausanne. Mais les ennemis leur opposèrent trois enseignes , Tune de Lucernc , l'autre d'Unterwalden 9 et la troisième d'archers italiens , faisant le tout ensemble environ quatre mille hommes, qui se campèrent du côté de Tamerselen et de Reiden, dans le Weyerthal , *et les deux partis se tinrent tellement en échec Tun l'autre , qu'ils n'osèrent point s'attaquer pendant toute la campagne. ^

La grande armée de Berne qui élait*autour de Bremgarten, no pouvait plus tenir la campagne, à cause du froid qui augmentait tous les jours , et d'ailleurs leurs soldats, qui servaient sans 9.irer aucune solde, se plaignaiept, disant qu'ils avaient fait assez de dépense, et qu'on avait eu tort de ne pas attaquer plutôt l'ennemi , dans le temps qu'on pouvait le faire avec avantage. Us <« décampèrent donc le 15 novembre, avec leurs troupes auxiliaires, laissant leurs garnisons dans Brerogarten et dans Mellinguen , et se partageant en trois corps, ils prirent le chemin de Lentzbourg, et d'Arau. Les cinq cantons ayant appris cette dispersion des troupes Bernoises, envoyèrent à leurs troupes douze mille hommes, avec ordre de les attaquer. Si nous en croyons Wurstisen, * historien bâlois, cette armée n'entra pas dans les terres de Berne, étant retenue par les députés médiateurs, qui représentèrent a ses principaux chefs, qu'il y avait déjà eu assez de sang répandu en Suisse, mais Stettler, ^ historiien bernois, qui a dû être mieux instruit des affaires de sa patrie , assure que cette armée des cinq cantons fit une incursion sur les terres de Berne;

♦ Stettl. II. Kl a.

* Page 607.

' Page 55 a.

RAPPB&SCBWTL. 4%5

qu'elle allaqua même la ville de Brouck el TaUiaye de Kœnigsfeld^ avec quelques enseignes d'arquebusiers italiens, commandés par des capitaines allemands ; mais qu'ils y trouvèrent plus de résistance qu'ils ne s'y étaient attendus. L'avoyer Zulauff de Brouck, avec ses gens de l'Argovie, et particulièremeiit ceux de la cbâtelainie d'Eigen, les repoussa vigoureusement, les chassa du pays, en tua plusieurs et en prit quelques-uns.

I>e même jour que les cinq cantons envoyèrent leurs douze mille hommes à la poursuite de l'armée bernoise, (c'était le 17 novembre), ils envoyèrent ordre à la magistrature de Rapperswyl de leur envoyer leur nouveau pasteur, Jos. Kilchmeyer, sous bonne escorte, pour le traiter, disaient-ils , selon son mérite. Hais il s'y trouva d'honnêtes gens qui assurèrent ce pauvre homme qu'ils ne le livreraient point, et ne le découvriraient point* Bn même temps la magistrature envoya demander du secours aux Zuricois ; mais ils n'en remportèrent d'autre réponse, pour les raisons qu'on vient de voir, sinon qu'on ferait tous ses efforts pour leur faire obtenir une bonne paix. Les magistrats, fort embarrassés, délibérèrent sur cette affaire, après le retour de leurs députés; et par la cabale des catholiques du lieu, partisans des cinq cantons , il fut résolu qu'on saisirait le ministre ; mais il en fut averti de si bonne heure, que lorsque deux hommes vinrent pour le saisir, il était déjà em" barque pour se retircr.à Zurich. (On l'y établit pasteur a Kussnacht à la place du défunt commandeur Schmid, dans la suite il fut ministre à Berne , où il mourut fort âgé). Les catholiques de Rapperswyl, croyant avoir trouvé Toccasion favorable pour mettre le pied sur la gorge à leurs concitoyens réformés , prirent les armes , et s'emparèrent de quelques portes. Les réformés les

AA6 mAPVBMCBWTL.

prirent ftiissi> el s'empatèrenl d'une porte. Hais dans cette émotion , il y eut quelques réformés qui prirent la peur^ et qui n'augurant rien de bon pour eux, quittèrent la ville et par là affaiblirent leur {>arti; de sorte qu'on put leur appliquer le proverbe : « Qui quitte la partie, la perd. » Cependant Ip parti réformé fut soutenu par les paysans des Cours, ^ qui sont devant la ville. Hais après que le calme y fut rétabli , par la médiation de quelques personnes, qui voulaient passer pour impartiales,'les réformés demandèrent que (conformément à la résolution prise quelques mois auparavant^ à la pluralité des suffrages , et au serment qui avait été prêté en conséquence) , on permit qu'on leur prêchât l'Ancien et le Nouveau-Testam^t, et qu'on ne reçût aucune garnison des cinq cantons, lies catholiques le promirent, à condition que les paysans; qui étaient venus des Cours, fassent aussi obligés d'en sortir. C'était jus^ tement la fable des loups , qui voulaient faire la paix avec les brebis, à condition qu'elles congédiassent les chiens qui les gardaient. Cependant les réformés, qui Dp soupçonnaient point de mal , y consentirent. Mais dans le temps qu'ils dormaient tranquillement^ sous la foi du traité, les catholiques firent entrer une garnison du caiiton de Schwytz, qui venant du pays de la Marche, par dessus le pont du lac, ' arriva flans la ville, le 18 novembre, à l'entrée de la nuit. L'arrivée de cette garnison excita une si grande joie dans le cœur des catholiques , qu'outre les autres marques qu ils en donnèrent.

*■ Voyez 3ur ces Cours la note de la pa^e 576. '

' On passu du cantou de Schwytz à Rapper^wyl par un grand pont de bois, sans balustrade, long de 1850 pas, qui traverse Cool le lac de Zurich dans sa largeur.

TOCKBNBOUliG. 447

ils sonnèrent louVes les cloches ; et les sonnèrent avec tant de force^ que la plus grosse se fendit. Alors les re-* formés n'eurent plus d'autre parti a prendre que celui de la retraite. La plup^t'd'entr'eux, entre lesquels était l'aToyer Stapfer, s'établirent à Zurich^ et les autres ailleurs. Quelqpes-uns retournèrent dans la ville, mais ils y furent châtiés sévèrement. Ceux qui ^demeurèrent dans la ville> furent saisis avec un grand tumulte, et de grands cris ; traînés en prison , et condamnes à de fortes amendes. Les prêtres , qui demeurèrent fermes dans la religion réformée, furent chassés; les bourg^eois , qui avaient brûlé les images , furent obligés d'en élever d'autres. Quelques conseillers allèrent de maison en maison faire une perquisition exacte de tous les' livres des docteurs évangéliques , les enlevèrent et les emportèrent dans rhôtel-de-vilie, avec menace de punir en corps et biens tous ceux qui en auraient. Ainsi la réformation en fut bannie, et le papisme y fut rétabli pour toujours. *

Les députés de Schwytz, qui se trouvèrent à Rapperschwyl , dans cette occasion^ confirmèrent aux Tockenbourgeois : 1 ^ leur traité de combourgeoisie mutuelle. 2* La liberté de religion avec cette réserve, que si quelqu'un voulait garder la messe , il pourrait 1^ faire sans opposition. 3^ L'achat qu'ils avaient fait de leur liberté par un traité conclu avec Zurich et Glaris. Lucerne consentit aussi a ce dernier article. * Voila donc une affaire admise et autorisée par les quatre cantons, qui pouvaient y avoir quelque intérêt^ Zurich^ Lucerne, Scbwytz et Claris. Mais ces cantons ne considéraient pas

^ Rahn. 738. Hotting. 599. 600.

> Hottinc. 601.

Â4g ■BmcAB.in kt ■clubcoxit.

qae, selon les principes dn droit canon , qjoi est l'BTangiledeRome, les biens de l'Eglise sont innlienaMes. Aossi nonobstant ces traités solennels, les Tockenbourgeaib furent contraints. Tannée soÎTante, de sobir de nouveau le joog de l'abbé de Str-Gall, comme on le dira en son Hea. *

Pendant ces entrefaites, les Bernois voyant lear armée s'affaiblir de jonr en joar par le grand nombre de soldats âdécontens, qui lear désertaient , rappelèrent les garnisons, qu'ils avaient à Bremgarten et Mellingen^ pour la renforcer ; abandonnant ces deux villes k la merci des cinq cantons. Ceux-ci , instruils de lear état, firent avancer leur armée dn côté de Mûri. D'abqrd ces deux villes prirent la résolution de leur résister et de se défendre contr'eux, afin de pouvoir demeurer dans la religion réformée , et demandèrent du secours aux Bernois ; leur représentant , qu'il ne s'agissait pas seulement de leurs biens, mais aussi de leur vie et même de leur salut. Hais les Bernois s'excusèrent de leur en donner, disant, qu'il ne leur était pas possible. Les cinq cantons venaic^nt de ieur'déclarcr la guerre en forme : ainsi ils avaient besoin de tout le monde, pour se soutenir contre leurs ennemis. Ces deux villes , se voyant abandonnées , envoyèrent des députés à ces cantons , leur demander un sauf-conduit et la paix. On leqr accorda la première demi^de , mais on leur refusa la seconde. Cependant elles obtinrent par une seconde dépulation , que Zurich s'intéressât fortement pour elles auprès des cinq cantons, et sollicitât en leur faveur dans leur camp de Heglingen. Ainsi elles obtinrent la paix le 19 novembre, mais à des conditions fort dures. Le vieux

• Voyes Lîv. X. Sece. XI.

CONDITIONS Bl LA FAIX. 4%9

ivoyer Schodeicr, de BremgarteD, promil aux cinq cantons de contribuer à y faire rétablir le papisme , ce ]ui cependant n'çtait point le sentiment de ses collègues , les autres députés de la ville ; et il n'en avait pas l'ordre non plus, ni du conseil, -ni du plus grand nombre de la bourgeoisie. Les conditions de la paix furent : [. De payer aux cinq cantons de grosses amendes. II. Que les avoyers qu'on élirait à Tavenir, seraient présentés aux huit anciens cantons à Bade, à la diète de la S. Jean. III. Que les ministres^ savoir le vieux doyen Henri Bullinger et son fils, qui portait le même liom, avec Gervais Schuler, natif de Strasbourg, seraient exclus de la paix. Bullinger le jeune et Schuler, qui étaient proprement les pasteurs de la ville, se présentèrent de* vanl le grand conseil , qui était composé de quarante personnes, et déclarèrent, qu'ils étaient prêts à soutenir par la Parole de Dieu , la doctrine qu'ils avaient pré* chée. Mais le conseil leur répondit, qu'il n'était pas en état de les protéger contre la force, et les fit avertir de se retirer à Zurich avec le vieux Bullinger et Tavoyer Mulschli ; les assurant qu'on pourrait bientôt les rappeler, parce que les cinq cantons ne Içur proposaient pas de renoncer à la réformation. Ainsi ces quatre illustres personnages se retirèrent à Zurich le 20 novembre, avec soixante bourgeois , abandonnant leurs maisons au pillage. * Le vieux Bullinger mourut a Zurich, deux ans après, l'an 1 533,. dans sa soixante-quatrième année. Le îeune Bullinger son fils , se mit d'abord en pensidn chez Werner Steiner, autre ecclésiastique , aussi réfugié de Zoug, et fugitif pour cause de religion. Pendant quatre semaines qu'il y fut, il prêcha deux ou trois fois a la

« « R»hn739. HoUinR, 601. 608.

tSO .»APIS1« »4tABU a BaMIfiAEMIl IT A MlUHeKH-

prièrede Léon de Juda el d'aulresdeses amis. Dclianna sesaudileurs par une éloquence mâle el soUde , accompagnée d'une profonde érudition el d'un grand sens • si bien qu'il fut choisi pour remplir la place de Zvinngli. Pour ce qui est de Schuler son collègae, il obUnl un diaconat à Bâle, cl vers la fin de l'an 1&33, il fut appelé à Memmingen , où il prêcha quel4ue lemp».

Biais pour revenir à l'histoire de ces deux villes , MeUinguen fui traitée encore plus rudement que Bremgarlen. Le 22 novembre , quatre cents hommes do canton de Lucerne, commandés par l'avoyer Hong, y entrèrent de vive force et en abbatarenl les portes. ' Hais les cinq cantons ne s'en tinrent paslà. Aucomme»cement de l'année suivante, ils firent si bien, que ces deux villes leur donnèrent une promesse par écrit, de rétabUr à leur gré le papisme et de le maintenir. Cependant à Bremgarlen cette promesse n'avait point été faite unanimement; mai» les cinq cantons y pobUèrent un édit en carême, par lequel ils menacèrent de leur indiguation tous ceux qui mangeraient de la viande et qui ne se confesseraient pas. Sur quoi quelques-uns se soumirent, elles autres aimèrent mieux abandonner leur patrie el se retirer ailleurs. C'est ainsi que laréfoi^ mation fut éteinte dans ces deux villes , presque des sa naissance, tout comme à Rapperschwyl. » Cependaot cela ne se fil pas loàl à coup.

XIV. Pendant ce temps-là, les députés médiateurs travaillaient à pacifier les Bernois avec les cinq cantons ; el comme les deux partis souhaitaient également

^ HotUng. 60S.

* Rabn739.

* HoUinff. 603. 603.

BBKKS FAIT LA PAK A¥BC IBS CATHOLIQUBS. 4SI

la pftix, elle fui conclue. Outre que l'armée bernoise clait remplie de mécontens el souffrail beaucoup de Tin* coramodiié de la saison , on leur avail rempli Tesprildo divers avis effrayans^ de complots formés contr'eux ou en général contre les réformés de la Suisse , soit par le roi Ferdinand , soit par quelques puissances d'Allemagne, et par les villes forestières, et par celle de Rothviryl. Ainsi |e traité fut conclu le 22 novembre , et le lendemain les Bernois le signèrent, sans y regarder de trop près , quoiqu'il fût du même stile que le précédent fait avec Zurich ; ou plutôt ce fut leur général, qui étant vraisemblablement catholique dans le cœur, ne fut pas fâché de signer un traité, ou la religion romaine était appelée la vraie, indubitable et ancienne religion chrétienne. *' On ne peut pas douter de ses sentimens à cet égard, puisque trois ans après, sur quelque accusation qu'on fit contre lui> il quitta Berne et alla s'établir k Fribourg. ' Le traité de Berne contenait onze articles , qui étaient en substance les mêmes que ceux du traité de Zurich, avec ^adjonction de deux ou trois conditions qui intéressaient particulièrement les Bernois , savoir : '

« Art. y. Qu'ils paieraient trois mille écus aux cinq cantons • pour réparation des dommages qu'ils avaient causés à Téglise de Mouri , et à celles de quelques villages voisins, en y brisant les images, et détruisant les autres ornemens, et de ceux qu'ils avaient causés au canton de Zoug par le feu qu'ils avaient mis en quelques endroits. Qu'ils paieraient mille cinq cents écus comptant et sur le champ ; et les mille cinq cents autres , à la

' Slettler II. S9 a. 53 a.

* SteUler II. 66 b. 67 a. Hoiling. 603.

> HoKing. 603. Ms. Ncuchat. ih. 15. 16.

A82 PAIX M LA SViSSK^

Chandeleur suivante. Et que , quant aux frais de l guerre, (disait-on^) que les Bernois devront payer an^ cinq cantons , on lâchera de s'accommoder amiablemenl sur ce sujet, dans Tespace d'un mois, et au cas qui cela ne se puisse pas faire, la question sera remise à la décision des Cantons, selon le contenn de l'alliancre des huit anciens, pour en juger selon le droit.

» Art. VIII. Que les Bernois remettraient à ceux d'Untemralden les titres et les recës qu'ils avaient contre eux, à l'occasion de la guerre de Hasii, et qae ceux dUnterwalden ne feraient plus d'affaire aux Bernois , pour les trois mille écus qu'ils avaient été condamnés à leur payer, et que les Bernois avaient reçus d'eux.

» Art. X. Que les Bernois laisseraient rentrer dans leurs maisons les rebelles de Grindelwald. »

L'année suivante il s'agit de régler la somme d'argent que Zurich et Berne paieraient aux cinq cantons pour les frais de la guerre. Dans une diète qui se tint à Bade, au mois de février, les cinq cantons demandaient dix mille écus ; Zurich et Berne n'en voulaient donner que trois mille. Enfin les autres cantons les accommodèrent, et ordonnèrent que chacune de ces villes paierait deux mille cinq cents écus au soleil. * Telle fut la paix que Zurich et Berne firent avec les cinq cantons. Le traité, qui en fut fait, fut appelé le second Landsfried ou Traité de paix nationale, parce que tous les Cantons y entrèrent ou comme parties, ou comme médiateurs ; et il a servi de règle aux Cantons pendant long-temps. Mais après la dernière guerre de Suisse (arrivée Tan 1712), Zurich et Berne ayant eu a leur tour de grands avantages contre les cinq cantons, et

* Bern. Instr. 146. Rahn. 740.

DÉVOTIONS DBS CATHOLIQUES. ' &83

remporté sur eux deux vicloires^ leur firent faire un traité de paix d'un style tout différent. Il y fut stipulé, entr'autres choses, que le traité de Tan 1531 serait annuité et biffé. ^

liBS cinq Cantons, après leur retour chez eux, alléreni solennellement en pèlerinage à Eipsidien, sans prendre d'autre nourriture que du pain et de l'eau, du moins une partie d'enlr'eux, pour rendre grâces de leurs victoires à la Ste-Vierge. Les catholiques des pays étrangers eurent aussi une très-grande joie de ces victoires. L'Empereur les en félicita et les exhorta à rétablir la catholicité dans les églises et dans les couvens. On peut juger aisément qu'a la cour de Rome on en fit aussi de grands feux de joie. ^

Quelques écrivains catholiques suisses publièrent dans la suite des relations de celte guerre, tournées h leur manière, remplies de calomnies affreuses contre la mémoire de Zwingli. Je ne les rapporterai pas ici^ et 3e ne m'arrêterai pas non plus a les réfuter, puisque je n'écris pas un traité de controverse, mais une histoire. La lumière simple de la vérité suffit toute seule pour dissiper ces nuages. Et quant aux conséquences qu'ils ont prétendu en tirer pour soutenir la gloire de leur religion , comme si par leur victoire le Ciel avait prononcé en faveur du papisme, il n'y a qu'un mot a dire : c'est que jamais les victoires n'ont été une preuve de la vérité de la religion du peuple victorieux, moins encore sous le Nouveau-Testament que sous l'Ancien ; autrement il faudrait dire que les Moabites, les Ammonites,

' Voyez le Traité de paix de la Suisse^ de l'an I71S, imprimé en français, in-4, p. 10.

* Hotting. 605.

MSa Z^IMGLI CALOnNli PAR LES BIOINES

les Arabes, les Cananéens, les Phiiislios, les Cfaialdéens, les Romains et tani d'autres peuples idolfttres qui remportèrent autrefois des victoires sur les Juifs et qai les subjuguèrent^ auraient eu la vraie religion de leur côté. J'en dis autant dès Sarrasins et des Turcs, qui ont si souvent ballu les Chrétiens, et qui même se sont emparés de la meilleure partie de l'Empire romain.

Cependant les victoires des cinq Cantons ne firent pas, à beaucoup près, autant de mal aux cantons réformés, ni à leurs sujets, qu'on l'aurait cru , non pas même à ceux des seigneuries communes^ puisque les uns et les autres conservèrent leur liberté corporelle et spirituelle , et que les affaires des cantons réformés ne se trouvèrent pas, après cette guerre, dans un état plas fâcheux qu'auparavant.

Four ce qui est de ZwiiigU, la pureté de ses inœurs a clé telle, que la calomnie la plus effrontée n'a pu trouver à y mordre pendant sa vie. Ce n'est qu'après sa mort, et même long-temps après, que certains moines, sans cœur et sans honneur, salirent le papier de diverses ordures étranges et inouïes, qu'ils eurent l'effronterie de publier. Ce qu'il y eut de plus fâcheux dans celte affaire, c'est que quelques Luthériens se joignirent aux catholiques , et insultèrent d'une manière inhumaine à la mémoire de Zwingli et à ses disciples, dans leurs sermons, dans leurs lettres et dans leurs livres, et même dans des vers qu'ils composaient exprès. Ils disaient: ce Que Dieu et les hommes les .avaient punis, comme ils le méritaient, du mépris qu'ils faisaient des sacremens. » Ils affectaient de grossir la perte des réformés et d'exagérer leurs désavantages, pour ternir la pureté de leur

BT PAR QUBL^^UES LUTfiàBrlBMS. 488

doclrine sur reuchartsUc. ' « Tant te fiel enlre dans le coeur des faux dévots. » Il faut pourtant rendre justice aux chefs de leur parti. Mélanchton fut vivement afflige cle la mort tragique de Zwingli. Luther ayant appris cette mort et celle d'OEcolampade , qui là suivit de prës^ écrivit à Bullinger^ que la perte de ces deux docteurs l'avait affligé k la mort. Et dans une autre lettre adressée à Albert, duc de Prusse, lui parlant en particulier de Zwingli et de ceux qui avaient été tués avec lui , il dit y ce qu'il ne veut pas à la vérité les regarder comme des martyrs, mais que pourtant il ne doutait point dé leur salut. » Cependant il changea de langage dans la suite sur ce sujet; ce qui chagrina beaucoup les Zuricois. Mais s'il y eut de mauvais cœurs qui se réjouirent de la mort de Zwingli, il se trouva aussi diverses personnes de considération^ dehors de la Suisse, aussi bien qu'au dedans^ qui le regrettèrent.

Philippe, landgrave de Uesse, quelques années après la mort de Zwingli, dit à un magistrat de Berne, qu'il avait extrêmement regretté Zwingli, comme un vrai homme de bien. Christophe, Comté Palatin du Rhin, lui rendit aussi un témoignage fort honorable. Il y eut même quelques personnes parmi ses ennemis , qui ne purent s'empêcher de le pleurer, bien éloignés de la fureur dont les bigots étaient animés contre lui. *

On a fait un crime à Zwingli, d'avoir accompagné l'armée de Zurich et d'y avoir paru armé. Les catholiques ont mauvaise grâce en cel&, eux à qui l'on peut reprocher tant de prélats, d'évéques, de cardinaux et de papes même, qui ont endossé le harnais, conduit

^ Lavater p. m. 61. S2.

* Hotting. 615.

1^6 APOLOGIE DB ZWIKGLI.

des armées et manié Tépée^ el (sans sortir de ce siècle là ) enlr'autres^ le pape Jales 11^ doni j'ai parlé ci-des- 6I1S. Zwingii accompagna les Iroupes de Zurich par le devoir de sa charge el par un ordre exprès de son magistrat. Dans les troupes chrétiennes , on a eu de tout temps l'usage pieux d'avoir des conducteurs spirituels, pour instruire les soldats ^ et pour assister les malades et les mourans. A Zurich^ on avait la coutume d'employer à cet office le premier pasteur de l'église. Mais depuis ce triste événement, la seigneurie de Zurich dispensa de ce devoir les successeurs de-Zwingli et les premiers pasteurs des paroisses de sa capitale. Zwingii avait été deux fois à la suite des armées suisses en Italie^ dans la même qualité, au service des papes, dans les années 1512 et 1515. Personne ne s'était avisé d'y trouver à redire. Où était donc son crime, quand il suivit l'armée de Zurich, l'an 1531 ? S'il prit une épée ou une hallebarde, ce ne fut pas pour blesser ni pour tuer personne ; mais seulement pour pouvoir se tenir dans les termes d'xine légitime défense, au cas qu'on l'attaquât et qu*oii en voulût à sa vie. Je voudrais bien voir un aumônier d'arn>ée catholique, qui , dans une bataille, voulût se laisser égorger tranquillement et sans se défendre. Qui est celui qui ne crût être en droit de résister et de se servir de toutes sortes d'armes pour garantir sa vie? Encore une fois donc, où est le crime? Ceux au reste qui seront curieux de voir une exposition détaillée des mensonges grossiers et des calomnies qu'on a écrites contre Zwingii et contre sa doctrine, au sujet de sa vie et de sa mort, avec une apologie ample et savante, tant pour Zwingii que pour ses sectateurs, peuvent consulter Touvrage de l'illustre M. Hollînger, (qui me sert ici de guide,) depuis la page 603 jusqu'à la 633.

UORT o'aCOLAUpikOB. 4S7

Je Viens de dire un inot de la mort d'OEcolampaiie. Ce fut encore là une nouvelle perle, et une perle très sensible pour les églises réformées de la Suisse. C^t euLcellent homme mourut à Bâie, le jour de la signature du traité de Berne, le 23 novembre. Coroftie il s'était épuisé de bonne heure par Texcès de ses travaux , s'occupant nuit et jour à instruire et à écrire, il avait été près d'un an assez languissant ; cependant il ne s'était relâché en rien, toujours exact à remplir toutes les parties de sa charge^ a prêcher, a donner des leçons , à publier ses ouvrages et à visiter les églises de la campagne. Mais la triste nouvelle de la mort de Zwingli , qu'il aimait comme lui-même, lui perça Tâme, et les efforts qu'il prévit bien que les ennemis de la vérité feraient^ ayant le cœur enflé de leurs avantages , achevèrent de l'accabler. Enfin ^ la peste qui régnait alors à Bâie, s'étant aussi glissée dans sa maison , il lui vint un charbon, qui d'abord ne l'empêcha pas d'agir pendant quelques jours; mais le mal augmentant et lui causant de violentes douleurs, il fut contraint de se mettre au lit, et ' la seigneurie commanda aux médecins de la ville d'en prendre tout le soin possible. ' Mais au bout de neuf jours, jugeant que sa maladie serait mortelle, il fit appeler tous ses collègues, dont quelques-uns étaient déjà auprès de lui^ et leur parla en ces termes : a Mes chers frères , vous voyez comment je me trouve. Le Seigneur est a la porte, et me veut emmener. C'est pourquoi j'ai souhaité de vous voir auparavant, afin de recréer mon âme avec vous, comme avec mes très chers amis, par une véritable joie au Seigneur. Mais que dois^je vous dire, a vous qui êtes ministres de Jésus-Christ, qui unis-

* Wuritis. Lib. YIII. C. XIV. p. 607. G08. Holling. 655. 654.

hSS MO&T D*œCOLAIlPADS.

sez si étroitement enBcmble la charité et la docHrioe divine? Puisque Jésus-Christ nous a acquis le salut , une ferme assurance d'entrer dans le royaume de Dieu ; et que nous avons pour cela une doctrine sûre et une lumière qui éclaire nos pas, il convient que nous éloignions de nous toute tristesse et toute crainte, soit de la vie, soit de la mort , aussi bien que toute incertitude et tout doute. Seulement, mes chers frères, il est nécessaire que nous marchions constamment et fidèlement sur les traces de Jésus-Christ, ce qui est la route où nous sommes entrés depuis long-temps, premièrement par une doctrine pure et saine, et ensuite par une conduite qui soit conforme à la parole vivante de Dieu. Ainsi le Seigneur Jésus , qui est assez puissant et qui veille luimême pour nous^ aura bien soin de faire le reste et de conserver sa chère Eglise.

« C'est pourquoi, mes chers frères, il faut que votre lumière luise de telle manière , que noire Père céleste soit glorifié en vous, et que le nom de Jésus-Christ soit de plus en plus magnifié par la lumière de votre conduite droite et sincère. Ainsi aimez-vous véritablement les uns les autres, et réglez votre vie comme étant toujours devant la face de Dieu; car c'est en vain qu'on présente aux autres hommes une belle idée de la piété , si Ton n'en suit pas aussi les règles. Si nous voulons détruire le règne du diable et convertir ce monde è Jésus-Christ, il faut avoir Tcsprit de Dieu dans le cœur. Car quel temps orageux, quelle tempête ne voit-on pas s*élever? Quels efforts ne font pas les hommes pour s'y opposer? Quelle impiété ne voit-on pas dans le monde? II faut donc être ferme et persévérer jusqu'à la fin. Le Seigneur n'abandonnera pas les siens. Ah ! que je vou-

MORT d'cecolampadii. j|59

drais pouvoir aussi essuyer ces travaux et sacrifier nia vie pour Tamour de la vérilé ! »

C*esi là ce qu'il dit^ touchant les affaires générales de la religion. Pour ce qui regardait. sa personne^ il dit : « Je n'ignore pas qu'on m'accuse d'avoir falsifié la vérilé. Je vais paraître maintenant^ (Dieu en soit loué), avec une bonne conscience^ devant le siège judicial de Jésus-Christ. C'est là qu'il paraîtra, que je n'ai point séduit l'Eglise. C'est pourquoi je vous laisse pour témoins de mes sentimcns à cet égard, lesquels je confirme en quittant ce monde. » * '

Quand il eut fini son discours^ et qu'il leur eût recommandé l'Eglise , ils lui touchèreilt tous la main, lui promettant do faire tous leurs efforts pour le bien de TEglise.

II- avait trois petits cnfans, un fils qu'il avait nommé Eusèbc, c'est-à-dire pieux ^, et deux filles, à qui il avait donné les noms d'Irène, et d'Alethée, qui signifient paix et vérité. Le lendemain, qui était le quinzième jour depuis qu'il s'était mis au lit, il fit venir auprès de lui ces trois enfans, qui étaient encore en si bas âge, ^que l'aîné n'avait que trois ans. Il leur imposa les mains et les exhorta à aimer Dieu. Et leu^ mère^ le lui ayant promis pour eux, il se tourna de son côté et l'exhorta, elle et sa belle-mère (mère de sa femme), à élever ses enfans, de telle manière qu'ils pussent vivre conformément à leurs noms^ dans la piété, dans la paix et dans la vérité. Après qu'elles le lui eurent promis ^^ il les fit retirer pour n'éfre pas plus long-temps attendri par leur vue.

La nuit suivante , qui fut la dernière de sa vie , et

* Wurslis. I. c.

460 KORT D'aCOI.AMPADB.

pendant laquelle plusieurs hommes de lellres demearèrent auprès de lui , il parla peu ei fut tranquille. Une personne de considération 8*étânt approchée de son lit^ Oecolampade lui demanda, s'il lui apportait quelque chose de nouveau PTautre ayant dit que non; le malade lui dit : «c Mais moi ie serai bientôt avec mon Seicrneor Jésus-Christ. » Bientôt après on lui demanda ai la lumière ne rincommodail point; il mit la main sur son cœur et dit : (c^Voici ou j'ai assez de lumière. » Comme le jour commençait à paraître , il récita le psaume U. « O Dieu, aie pitié de moi, etc.,» mais avec une voix faible. Quelques momcns après, ayant un peu repris haleine, il s'écria : « Seigneur Jésus, viens à mon secours! » Ce furent la ses dernières paroles. Après quoi il rendit tranquillement Tesprit. Il mourut âgé de 49 ans ; apr%s avoir prêché à Baie pendant neuf à dix ans , généralement regretté de tous les ordres de la ville. H fut enseveli honorablement dans le grand temple, et on mit l'épitaphe suivante sur son tombeau :

« D. Joannes Oecolampadius profession e theologus Iriuro linguarum perltissimus , author evangelicœ doctrinœ în hac urbe primus, et templi hujus verus episcopus , ut doctrinae , sic vitœ sanctimonia colendissimus , sub brève saxum hoc reconditus jacet. »

Cela signifie : « Le docteur Jean Oecolampade, professeur en théologie, très habile dans les trois langues, prémie^ auteur de la doctrine évangélique dans cette ville, et véritable évéque de ce temple/ très respectable par la sainteté de sa vie, aussi bien que par celle de sa . doctrine^ git ici caché sous ce petit tombeau. »

Tout ce détail des dernières heures de cet excellent homme est tiré de la relation qu'en écrivit Simon

ŒCOLAMPADB CAIOHIIIB. 461

Grynasus, un de ses coUègaes^ qui ^ avec neuf autres ininislres , fut auprès de lui jusqu'à son dernier soupir. ' Il la publia, tant pour l'édification des bonnes ames^ que pour fermer la bouche aux ennemis de la vérité, qui avaient été assez scélérats, pour répandre des bruits injurieux contre la mémoire d'Oecolampade^ jusqu'à dire qu'il avaiwoulu se faire mourir lui-même de désespoir. Je ne m'étonne pas tant que dès moines ou des prêtres catholiques ayant pu porter la scélératesse jusqu'à ce point, et que d'autres après eux l'aient encore renouvelée dans le siècle qui a suivie cela n'est nullement nouveau parmi eux'; c'est l'çsprit de leur Eglise ^ comme on le voit par tant d'impostures monacales, dont le monde a été rempli-. Mais ce qui surprend, c'est que, de nos joifrs , un célèbre docteur luthérien * ait eu assez peu de soin de sa propre réputation , pour faire revivre cette calomnie et la débiter avec assurance, comme iin fait certain. Dans le même ouvrage, ce docteur copie aussi avec la même assurance les calomnies affreuses que Jérôme Bolsec avait publiées dans son temps contre Calvin, par exemple, qu'il était mort en jurant, en blasphémant et en invoquant le diable. H faut avouer que c'est quelque chose d'affreux et en même temps de bien déplorable , que l'entêtement et l'esprit de parti , qui a infecté le monde chrétien , et surtout qu'il soit capable de séduire des docteurs chrétiens , jusqu'au point que de recevoir aveuglément et de publier de même sans scrupule, des faussetés abominables contre des serviteurs de Dieu, auUnt et plus excellons qu'eux ; si c'est un pé-

* Wurslb. I. c. p. 607. 608 el 609.

* HarUiackius io Notis ad Hornii HUtoriam Ecclesiastic. Francf. I70II. 8. p/&66. *67.

46S MYCONIUS SUCCSDB Â ŒCOLAMPADB.

ché damnablo que de calomnier son prochain de boache^ que sera-ce quand on le fail par écrite et dans des ouvrages imprimés?

La chaire d'Oecolampade fut vacante pendant six mois. L^s Bâiois adressèrent une vocation à Bullinger et à Léon de Juda , pour remplir les emplois d'Oecolampade ; mais ils le refusèrent Tun et l'autre. Sur leur refus on les donna à Oswald Myconius 09 Geissheaser^ de Lucerne^ intime ami de Zwingli^ et qui jusqu'à la mort de ce grand homme, avait été régent au colline do Zurich. Par le moyen de Thomas Plater, on l'avait d'abord appelé à Bâie pour y succéder, dans le ministère de la paroisse de Saint-Alban , à Jérôme Botanua, qui avait malheureusent été tué dans la dernière bataille des Cantons sur le mont de Zoug. H l'avait r.emplie pendant six mois ; après quoi on lui donna la chaire d'Oecolampade l'an 1532. ^

XV. La mort imprévue de ces deux grandes lumières do la Suisse réformée, Zwingli et Oecolampade, surtout dans des circonstances fâcheqses pour elle, affligea beaucoup les bonnes âmes, et au contraire enfla le cœur à tous ceux qui s'étaient opposés à eux et à leur doctrine. C'est une chose digne 'de remarque , qu'au mois de janvier de l'année suivante, Luther ayant été attaqué subitement d'une rude maladie, et entendant Mélanchton, qui disait à Rorarius : «c Quels triomphes ne feraient pas les papistes , si cet homme allait encore mourir?» — «Non, lui dit-il, je ne mourrai point. Je le sais certainement. Dieu ne veut pas fortifier les abominations du papisme par ma mort, maintenant que Zwingli et Oecolampade sont morts, Dieu ne permettra pas qu'ils

^ Wurstij. I. c. 609. Holling. W).

CnUTB.Dl QUSIQUBS iCLISSS aifORMits. 465

aient liea d'en triompher. Le diable voudrait bien ma mortj mais ce n'est pas sa volonté qui réglera notre destinée, c'est celle de Dieu. » '

Dans rAlIemagne, plusieurs personne^ qui auparavant avaient soutenu avec vigueur la doctrine deZvfingli^ découragées par les.malheurs des Zuricois, s'en éloignèrent peu à peu et embrassèrent la doctrine de Luther. Il y en eut plusieurs que la crainte seule empêcha d'en faire une libre profession. Et plusieurs même accusaient Zwingli de diverses erreurs qu'il n'avait jamais enseignées, Bucer lui-même, le sage, le savant Bucer^ qui jusqu'alors avait témoigné, en toute occasion, tant de zèle -et d'attadhement pour Zwingli et pour sa doctrine, parut changé aprèslabalaille'deCappel, et écrivit aux ministres de Zurich : « Que le sentiment de Luther sur les sacremens lui paraissait tolérable , et qu'il ne différait pas beaucoup de celui de Zvringli , et que la différence' consistait plutôt dans les mots que dans la chose même. » Us lui répondirent , en l'exhortant à ne point se départir de la vérité qu'il avait soutenue, pour embrasser la doctrine de Luther, sur la présence réelle de Jésus-Christ dans la cène. Us se crurent aussi obligés d'écrire aux autres ministres des églises de Souabe , de ne pas se laisser décourager par les malheurs des églises de Suisse, pour abandonner la bonne cause. *

De même dans la Suisse diverses églises nouvellement plantées , particulièrement dans les seigneuries communes , comme on Ta déjà vu a l'égard des villes de Rapperschwyl, de Brerogarten et de Mellinguen, succombèrent sous le poids de la tribulation , et retournè-

« HotUng. 635.

* Lavater p. m. 69. 63.

464 CFFORTS KT SUCCES DESCATHOU^^OBS.

rent dans le papisme , non pas à la rente d.*an plein consentement, mais par la crainte de la persécation, Tiremenl sollicitées par le parti ▼ictorieux, et intimidées par ses menaces. .Ces tristes exemples firent dire à Thomas Blarer, théologien dé Constance , qu'il craignait hîen que cette ville là ^ sa patrie, ne tiendrait pas dans Toccasion, une meilleure conduite. Et l'événemeoi fil voir au bout de dix-sept ans, *■ qu'il n'avait que trop bien

Les cinq cantons profitant de leur victoire et de la consternation où elle avait jeté les réformés ^ envojè» rent incessamment des députés dans les seigneuries communes, dans le comté de Sargans, à Wesen, à Utznach, dans le pays de Gaster, dans les Freyen-.^mp ter, ou bailliages libres ; comme aussi à Bremgarten, à Hellinguen et à Zurzach ; dans le Rheinlhal ei dans la Thurgovie, pour travailler à y rétablir la religion romaine. Ces députés firent si bien par divers moyens, par des promesses , des menaces et des mauvais traitemens , qu'ils obtinrent ce qu'ils souhaitaient, dans plusieurs de ces lieux ; ce qui fut cause que la ville de Zu* rich se vit remplie de minisires fugitifs, qui avaient été obligés de céder la place à des légions de moines et de prêtres, qu'on faisait venir de Souabe, pour remettre la messe sur pied. Il n'y eut que Zurzach, avec un village ou deux de ce bailliage^ la Thurgovie et le Rheinthal^où Ton vit des particuliers et des églises entières qui se distinguèrent glorieusement par leur fermeté. A Franenfeld, capitale de la Thurgovie, il n'y eut pas un seul prêtre qui voulût dire la messe, c'est pourquoi plusieurs

^ L'an iStô.

* HottÎBg. 63S. 636.

MOUVBMBNS DAMS LB CANTON DE OLAEIS. 46!»

d'enlr'eox furenl privés do ièars bénéfices. Diverses églises de la Thurgovie , déclarèrent qpe , plul6i que de renoncer à la lumière de la doctrine réformée ^ elles voulaient entretenir leurs pasteurs à leurs propres dépens, et abandonner les biens d'église aux prêtres. Dans le comté de Sargans , il y eut la seule paroisse de Wartauy composée de six ou sept villages, qui demeura aussi forme dans la réformation, comme elle y a persévéré jusqu'à présent; tandis que tout le reste reprit le pa<pisme* *

Dans 'le canton de Glaris , les calboliques romains reprirent aussi courage , et nonobstant que ta pluralité des suffrages dans les assemblées générales du pays, eût porto à l'abolition de leur religion, ils demandèrent qu'on en permit le libre exercice. Il y eut là-dessus une assemblée générale à Thieneberg , près de Scbwandeo, le 8 décembre. On y vit des députés des cinq cantons, qui. leur dirent, que puisque contre leur promesse, ils avaient aboli la religion de leurft pères, renversé les ima« go8 et les autels, etc.^ ils devaient la reprendre, et rétablir les autels et la messe, etc. L'assemblée leur donna, de boucbe et par écrit, une réponse qui contenait en substance ce qui suit : « 1^ Glaris a fidèlement observe à l'égard des cinq cantons , ce que les anciences alliances ou les traités de leur confédération exigent. 2^ Les cinq cantons doivent considérer l'état des cboscs, et ce qui s'est passé jusqu'à présent à l'yard de la religion. 3^ Nous voulons bien permettre le rétablissement de la religion de nos pères dans quatre églises paroissiales , savoir : Lintbthal , Schwanden , Glaris et Naefels. Cependant à condition que les réformes de Schwanden et

^ HoUin(r. 636. 637.

466 TROUBLES DAKS LB CAMTOM DE EVEICH.

de Glaris pourront aussi avoir leurs minislres , sons que les minislres et les prêtres s'insultent réciproquement pour cause de religion. 4^ S'il reste dans les six autres paroisses quelque catholique qui , dans une maladie ou en santé ^ veuille se confesser ou prendre les sacremens, on ne l'en empêchera point. «Cependant^ dans ce tempslà on ne rétablit la religion romaiiie que dans Claris et Nœfels , et aujourd'hui ce canton est partagé de telle manière, qu'on y compte trois mille réformés et cinq cents catholiques ; de sorte que les réformés y font six contre un. *

n y eut aussi des troubles àZurich etdans son canton. Divers mauvais esprits qui n'avaient embrassé la réformation qu'à regret, cherchaient à la renverser, et travaillaient secrètement à rendre les ministres odieux au peuple, prenant pour prétexte les censures qu'ils adressaient aux pécheurs et aux errans. Us suscitèrent quelques esprits inquiets du canton , qui se joignirent à eux dans le même complot. Et les uns et les autres, agissant de concert, déclamaient contre les ministres, les accusant d'être de misérables déclamateurs et des trompettes de sédition. Il se fit même à Meilen, au bord du lac de Zurich, une assemblée de ces mécontettS , qui envoyèrent porter une requête à leurs seigneurs , contenant divers articles. Les seigneurs eurent la bontode les écouter paisiblement dans leur grand conseiP, et leur accordèrent quelques articles , qu'ils jugèrent raisonnables. Ils leur ôlèrent diverses charges et firent un traité avec eux pour le reste.

Ainsi les efforts de ces esprits brouillons furent inu^- Ules ; et par la grâce du Seigneur^ la réformation ayait

^ Id. 637. 638.

ifiLISB DE ZURICH. 467

pris de trop fortes racines dans la yillQ et dans le canton y pour y être aisément arrachée. La capitale et tout le canton ensemble s'engagèrent de nouveau solennellement, par un acte du 9 décembre^ de persévérer dans la pure doctrine de l'évangile et de la soutenir jusqu'à la mort. Le grand conseil de JSurich élut Henri Bullinger^ pour succéder à Zwingli^ comme Zvringti lui-même l'avait souhaité^ quand il partit pour Cappel^ et comme tous les ministres de Zurich Tavaient demandé. Cependant ppur fermer la bouche aux ennemis des ministres de l'évangile^ le même conseil souverain ordonna à tous les prédicateurs de parler avec douceur et avec modération, leur permettant, au reste, de préclier en toute liberté tout ce qu'ils jugeraient conforme à la parole de IMeu. Ainsi les malheurs des Zuricois ne firent rien perdre de son lustre a leur église. Conrad Pellican , qui ed était un des membres, en écrivait en ces termes ; « La grâce et la miséricorde- de Dieu a conduit les choses de manière, qu'à la place d'dn Ztringli^ et de la fidélité avec laquelle il a travaillé, etc;^ l'église de Zurich a été édifiée au double, à l'égard de la doctrine et de la conduite^ avec plus d'avantage. » En effet, Zwingli exerçait deux emplois tout à la fois : il était pasteur et professeur en théologie; et accablé, comme il était, de grandes et importantes occupations, il ne pouvait qu'à peine suffire à tant de travaux. On sépara donc ces deux emplois^ et l'on donna la profession de théologie à Théodore Bouchman ou Bibliander, homme si savaùt dans les langueà et dans les sciences, et si éloquent^ que BttlUnger à écrit sur son sujet : a Je ne sais s'il y a au monde un homme qui ait plus de politesse^ plus de science et do pénétration que lui. » Âgé à peine de trente-deux ans, il commença l'exercice de son empicn

i|66 BVU.11IGIA.

par rexplicaiioQ du prophète Bcaiey le 11 janvier de Vannée suivante 1532.

Hais remploi le plus important était celui de premier pasteur de l'église, qu'on appelle Antistes à Zurich, et qui fut donné à BuIIinger, comme on vient de le dire, Tun des plus grands hommes que la Suisse ait ea^ et que Pellican, son colique ^ appelait un homme divin et un prédicateur incomparable. BuUinger occupa ce poste pendant quarante-quatre ans , avec beauconp de force et de gloire, et s'est fait considérer, non seule* ment dans la Suisse, mais aussi au-dehors, pour un digne successeur de Zwingli , et un second réformatear de Zurich, de sorte qu'on pût dire que l'église de Zarich n'avait rien perdu au change. C'était un homose d'une application infatigable. Aussi a-t-il laissé on nombre prodigieux d'ouvrages , tant imprimés que manos* crits. Il servit l'église de Zurich avec un applaudissement général des réformés, tellemenl qu'on ne faisait pas moins de cas de ses travaux, que de ceux de Zwingli. « Zvring^i, disait-on, a posé le fondement par la grâce de Dieu. Mais on a l'obligalion à Bullinger, de ce que ce bâtiment a clé entretenu et considérablement augmente. » Berchtold Ualler lui écrivait Tan 1 536 : « Je vo^s le déclare sans flatterie, je vous reconnais non seulement pour l'apôtre des Znricois, mais aussi de toute l'Eglise Helvétique. » Aussi lui avait-il écrit la lettre du monde la plus pressante , après la mort de Zvringli, pour l'engager à venir exercer son ministère à Berne j et à accepter la vocation que les seigneurs de Berne lui avaient adressée. Mais Wolffgang Capiton , qui se^méla aussi de cette affaire, fit comprendre à Hal- 1er, que Zurich avait plus besoin des services de Bullinger que Berne. Pendant l'absence de Zwingli, et

icOM DS CAPPBL. 469

quelque lemps après sa mort, Erasme Schmid avait desservi cel emploi par intérim , ot dans la suite il seconda parfaitement BuUinger , par sa fermeté et par son courage dans ces temps de calamités. Ainsi Téglise et l'académie de Zurich se trouvèrei^ si bien pourvues , que dans toute l'Allemagne y iln'y avait aucune ville où il se trouvât autant de savans hommes. Pour avoir une bonne pépinière de savans et de ministres , les seigneurs de Zurich rétablirent Técole de Cappel. Ils donnèrent l'administration de cette maison à Pierre Simler^ qui l'ayant trouvée ruinée et désolée par les ennemis, la fit réparer entièrement, et la rendit fort logeable pour les maîtres et pour les écoliers. *

A Toccasion des mouvemens que se donnaient, en AU lemagne, les partisans de la présence réelle, après la mort de Zwingli et d'Oecolampade, Frecht, ministre d'Ulm^ en écrivit à Ambroise Blaarer de Constance, ' lui proposant d'examiner, si Ton ne pourrait point faire quelque union sans préjudice de la vérité?' Mais BuUinger et les autres théologiens de Zurich se tinrent fermes dans leur doctrine sur l'eucharistie , et ne voulurent point varier. Et peu après, le courage revint a d'autres avec le temps , tellement qu'ils osèrent aussi soutenir la même doctrine. '

Il s'éleva aussi des troubles dans la ville et dans le canton de Berne, pour les mêmes sujets qu'à Zurich. Il ' s'y trouva même des conseillers , qui voulurent remuer à celte occasion et faire cesser les lois et les ordonnances de réforme qu'on avait publiées. Il se fit des complota et des cabales pour en venir a bout. Il y eut aussi

* Hotting. 639. 640.

' Id. 639.

470 THOUBLES DAH8 LB CAMTOH DB BBEUB.

quelques communautés , de TÎlles et de villages, qui rent la hardiesse d'envoyer des députa à Berne, dans le dessein de causer quelque remuement. Hais les desseins de ces gens mal-intentionnés s'en allèrent en fa» mée. n y eut entr'autres une sédition en forme dans la ville d'Arau, où les gens du pays firent éclater tout ouvertement leur mécontentement contre leurs seigneurs, au sujet 1^ de la réformation, 2^ de rétablissement des consistoires , 3^ dç l'usage qu'ion faisait des biens des iriofnastèrés, et 4® delà guerre qu'on venait d'avoir aTec les cinq cantons, et il envoyèrent à Berne porter sur tout cela divers articles de plaintes. Mais les 6eignears de Berne tinrent ferme, et apaisèrent tous ces troubles par leur prudence. Bt afin de dissiper une bonne fois pour toutes , les édmplots des brouiltbns , c6s seigneurs 6'engagèrent lous> conjointement avec leorà sujets, de s'en tenir a la réformation qu'ils avaient embrassée, et aux règlemens qu'ils avaient faits. Et même au grand étonnement debout le monde^ qui ne. s'attendait pas à un tel acte de vigueur et de fermeté, ils déposèrent quel* ques conseillers pour avoir voulu renverser la constitution de l'état et do la religion. * Les g^ns du Gessenay^ qui dans ce temps-là étaient encore sujets du cotnié de Gruyère, et par conséquent catholiques, mais alliés avec BerUé par un ancien tf aité de combburgeoisie , envoyèrent une dépuiation solennelle à Berne , avec ordre 1^ d'offrir leur médiation , au cas qu'on n'y fût pas d'accord; 2^ d'intercéder pour quelques conseillers d'anciennes familles, qui avaient été déposés, et dont les ancêtres avaient bien servi l'état, afin qu'on les remît dans leurs dignités ; et 3^ de demander le renouvellement

' Stettler U. 84. a. HoUing. 6&1.

MPONtI Dl' BB&MB A CBUX b'ARAU. 47i

de la combourgeoisie. » On leur refusa honnélement les deux premiers articles^ mais on leur accorda le 3% et on renouvela l'ancien traité avec eux. des seigneurs de Berne eurent aussi la bonté d'examiner les plaintes de ceux d^Arau > le 6 décembre^ et d'y répondre avec douceur. Leur réponse portait en substance : « I. Qu'ils s'en tiennent à leurs édits de rçformation , jusqu'à ce qu'on leur montre une meilleure religion par la parole de Dieu. H. Qu'ils soubaitent d'avoir des ministres^ et qu'ils en établiront , autant qu'on en pourra trouver de propres, in. Que pour ce qui regarde les ministres dont on se plaignait^ en les accusant de disputer avec aigreur et d'injurier en chaire^ LL. EE. avaient dessein d'assembler bientôt un synode do tout leur clergé, et d'ordonner à leurs tninisires de s'abstenir de discours injurieux , se contentant de prêcher la vérité et de censurer les vices. lY. Que LL. BE. ne veulent ôter à personne ses droits ni ses privilèges. Y. Que s'ils ont fait la guerre aux cinq cantons , c'est après avoir souffert des injures insupportables. YI. Que leur consistoire est composé de deux ministres^ de deux cotoseillers et de quatre notables du grand conseil des Deux Cents , et qu'ils ne peuvent pas ôter les ministres du consistoire^ puisqu'il s'y présente un grand nombre de cas qui intéressent la Parole de Dieu ; de sorte qu'on y a besoin des ministres. YII. Enfin que, pour ce qui regarde les biens des monastères, ils y ont plus dépensé jusqu'alors, qu'ils n'en ont tiré de profit* puisqu'il a fallu donner des pensions viagères aux religieux et aux religieuses, et payer, les dettes de ces monastères, dont quelques-uns doivent jusqu'à 15000 livres, » ce qui était une somme très* considérable dans ce temps-là. '

* Bern. Insir. I. 589.

Îl7f soins ABS BBEKOIS 90V% LA mÉFOUn

Le dimanche 31 décembre, les seigneurs de Berne aooordèreni aox exilés de Uasii el de Grindelirrald la permission de rentrer au pays el de retournep dans leurs maisons^ conformément à l'article X* du traité de paix de Berne avec les cinq cantons ; mais sons ces trois conditions : 1^ Qa'ils se rendraient à Berne en personne: 3*qu% prêteraient serment d'observer la reformation, et 8^ qo'ib paieraient^ sans ancane grâce ^ ramende qui leur avait été imposée dès le commencement. '

Les Bernois firent voir aossi leur zèle pour la réfbrmalien y dans leurs délibérations à l'égard des sujets réformés des seigneuries communes. Lorsqu'ils envoyé» reni des députés a une diète, qui devait 'se tenir as sujet de la Thurgovie, ils leur donnèrent entr'aotres ces instructions : « 1* Qu'on ne devait tenir aucun compte des remontrances du commandeur deTobel, et qu'on devait donner des pensions aux ministres, comme aussi aux abbés et aux abbesses qui embrassaient la réformation , et prendre ces pensions sur les biens des couvens. 2° Qu'on devait donner au baillif du pays 300 écùs, pour six écoliers qu'on voulait entretenir. 3° Qu'on devait obliger les religieuses de Goltlieben, malgré elles, à payer une pension à un ministre. 4^ Qu'on devait accorder aux sujets du pays la grâce qu'ils avaient demandée pour les religieux et les religieuses qui se marieraient, de leur laisser emporter les biens qu'ils araient apportés au couvent , et même leur donner une pension viagère sur les rentes de leurs couvens. 5^ Qu'on devait aussi prendre des biens des couvens pour l'entretien des pauvres, ne voulant point quant à eux (les Bernois) , s*approprier en aucune façon les biens des couvens, mais

'* SteUl. I c. b'4 a.

DB LA TnUKGOVn IT DB BBBVGABTBEI. 473

Km «lispoeer avec les neuf autres CantoDS^ co-seigneurs L^ la Thurgovie, selon qu'il conviendrait. 6® Enfin à 'ég^ard du synode provincial du pays^ ils trouvaient que [viAod on y appellerait des ministres étrangers^ il serait utsi^e qu'on payât leurs frais» mais que pour ceux du >ays9 il était convenable qu'ils payassent eux-mêmes eur dépense. » '

Après cette gaerré et la paix qui la suivit » il y eul Lxne dièt^générale, convoquée à Bade, peu avant Noël. Lies députés de Berne eurent ordre 1^ d'y demander aux cioq Cantons qu'on abolit certains petits monumens rustiques de leur victoire , qu'ils avaient élevés, parce que Berne les regardait comme, une espèce d'insulte qu'on lui faisait. 2^ De soutenir la ville «de Bremgarten dans la religion réformée, et de faire ensorle qu*on lui accordât la permission d'avoir un ftiinistre. 3^ De soutenir aussi l'abbé de Wetlinguen et ses religieux ^ qui avaient embrassé la réformation , et de faire qu'on les laissât en paix. 4^ De négocier secrètement auprès des cinq Cantons, pour les engager à faire une alliance commune avec Constance, en leur représentant qu'elle était une clé de la Suisse, dont la conservation et la liberté était d'une extrême importance pour tous les Cantons. '

Dans cette diète -là, le 20 décembre, l'évéque de Constance fit solliciter les Cantons d'appuyer les habitans des bourgs et des villages de la Thurgovie, qui dépendent son temporel, afin que ceux d'entr'eux qui souhaiteraient de rétablir la messe , pussent le faire librement, conformément au dernier traité. Là-dessus les dix Cantons, seigneurs du pays , publièrent un édit de

* Rem. Insir. 1S5.

A76 Divias couvEMS aiTABUs.

perséyérèreni conslaminenl ; on y établit pour abkè,

chose Burprenantej un moines qui l'ao 1507 avaii élî

soupçonne d*avoir mis-le feu à Tabbaye^ qui fui rôdoîli

en cendres ; et qui pour cela avail été condamné pa

son àbbé à une prison perpétuelle. Il s'était éyadc^ d

s'était retiré dans le canton de Berne , à Tabbaye di

Frienisberg , appelée en latin Aurora. Il avait eu méoM

l'effronterie de vouloir tirer en cause son abbé par d^

Tant la diète générale des Cantons ; mais cette aogurie

assemblée avait refusé de l'entendre. ' Ce fut cd

honnête homme -là qu'on établit pour abbé k WeUii-

guen. Quant aux religieux qui s'étaient réformés , les

cinq cantons voulurent les obliger a reprendre la mese

ou à sortir de la maison ; ils prirent le parti de sortir, et

dans une diète générale ^ assemblée a Bade^ au com-

menôement de l'an 1532, les Bernois les prot^èrenl

fort, et demandèrent qu'on leur donnât des pensions.'

Dans la même assemblée les Bernois proposèrent aussi

l'affaire des chanoines de Zurzach , qui nonobstant te

ordres réitérés qu'on leur avait donnés^ vivaient d'ooe

manière scandaleuse et dans un commerce impur atec

leurs concubines. On aura occasion^ dans le livre soi-

vanl, de faire voir plus d'une fois le zèle des Bernoises

faveur des réformés , particulièrement des opprimes.

Les catholiques rétablirent aussi l'année I5S2 divers couvents de l'un et de l'autre sexe, dans la Thurgovie. On fit venir trois religieuses du monastère d'Engelberg, dans le canton d*Unterwalden et- on les mit à Munste^ lingen , pour y rétablir le service religieux à leur manière. On en envoya d*autres a Fahr, pour y faire b

* HoUinR. F. Tom. 11. li6^.

' Beni. Instr. 136.

DOCT&IMB IMFIB D*UN PRBD1CATI0& CATHOUQUE. 477

néme chose. Les religieuses de 9. Catherinathal revinrent aussi dans leur maison^ au commenceinent de Tanlée, el iosullaieut leurs compagnes^ qui^ s'étant malices , étaient obligées de se donner divers soins pour gagner leur vie. *

Enfin la révolution la plus considérable, arrivée dans ces monastères de la Suisse^ fut le rélablissemenl de l'abbaye de Sl-Gall; mais comme il est d'une plus grande importance que celui de ces petits couvents^ je renvoie a en parler dans le livre suivant.

A Bernangdans la Thurgovie^ un docteur catholique nommé Nell prêcha, « que la messe était autant agréable a Dieu pour l'expiation des péchés des vivans et des morts , que quand Jésus-Christ s'offrit lui-même sur la croix, couvert de son sang. Que ce n'est pas seulement Jésus^Christ qui a.souffert pour nous sur la croix , mais aaasi la Ste Vierge , qui a souffert pour nous sous la croix, etc. »'Un docteur réformé, nommé Rhyner et d'autres, s'offrirent de disputer contre lui, mais ils ne trouvèrent personne qui voulût les écouter. Il y eut divers ministres a qui , sous divers prétextes , on interdit Texercice de leur emploi ^ au grand scandale des faibles. Mais les efforts des catholiques furent inutHes en divers endroits. Dieu suscita dans ces lieux -là des gens fermes , courageux et zélés , qui avec son secours y soutinrent la réformation chaacelante. Il y en eut même quelques-uns, qui, après être revenus de leur première consternation, rentrèrent dans l'Eglise réformée. *

* Hotling. &i%.

• Id. 641.

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