‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 5)Chapitre 53 sur 60 · PROPOSITION DB PAIX. 4SS · texte numérisé non relu

PROPOSITION DB PAIX. 4SS

ligion. Enfin pourtant , les réformés ayant été appuyés par Tambassadeur de France et par les députés de Fribourg et d'Appenzell^ les deux parties consentirent d'entrer en négociation de paii. Et comme les députés des villes réformées étaient assemblés a Bremgarten le * 3t octobre 5 les catholiques leur envoyèrent quatre articles «préliminaires, dont ils demandaient la signature et l'exécution, avant que de s'engager dans la négociation, ce I. Que l'armée réformée sortît des terres des cinq cantons. II. Que les anciennes alliances seraient observées au pied de la lettre. III. Qu'on laisserait les cinq cantons ag^r et commander chez eux delà manière qu'ils l'entendaient, et ({u'on ne les importunerait plus pour leur religion. IV. Que dans les seigneuries communes on les laisserait jouir des droits entiers qu'ils y avaient. » Comme les réformés trouvaient ces articles assez raisonnables , ils les acceptèrent sans peine ; mais d'abord les cinq cantons mirent un appendice au quatrième , qui leur fil de la peine, savoir : Que dans les seigneuries communes , on pourrait de nouveau mettre la religion en suffrages ; de sorte que ceux qui ont embrassé, disaient-ils, la nouvelle religion, puissent y renoncer, et que ceux qui n'ont pa^ encore renoncé à la vraie , ancienne foi chrétienne , et à la messe,, puissent la retenir et la rétablir. » Les médiateurs pressèrent vivement les reformés d'accepter ces 'articles, particulièrement le premier, les assurant que, s'ik l'exécutaient, les catholiques seraient plus traitables sur tout le reste, a quoi ils promettaient de donner tout leur soin. Comme donc les soldais se mutinaient ; que l'armée ne pouvait plus guères tenir la campagne à cause des pluies et des temps orageux qu'il faisait, et du froid qui augmentait tous les jours ; que d'ailleurs faute de paiement ils étaient obligés de vivre k leurs dépens i

âtt raoFOsiTion be'kau.

qoe 4e8 siqels do Zuridi^ qui 9onl entre la Renés , el le lac de Zanch^ avaienl beaucoup souffert par les incorsions et les pillages des ennemis , Zurich accepta les trois premiers articles. Mais pour le quatrième^ oomaie il était opposé au traité de paix fiiit deux ans aupara- ▼ant et à la promesse qu'ils avaient fiiite^ eux et leurs confédérés! aux réformés des seigneuries communes, ils ne Toulaient point l'accepter. Cependant les deux corps de troupes^ qui composaient Tarmée réformée décampèrent d'Aaberen le 3 novembre, et se séparant les uns des autres au lieu de demeurer ensemble bien unis, les Zuricois se retirèrent du côté d'Ottenbach^ et les Bernois à Bremgarten. *

Le 6 novemiire les médialeurs apportèrent aux réformés les trois articles suivants , de la part des cinq can* tons. » I. Qu'on devait les laisser en paix sur leur religion f qu'ils en feraient de même a ceux de Zurich et de Berne et a leurs adhérons. II. Qu^ils voulaient bien ne point inquiéter ceux qui, dans les seigneuries communes, avaient embrassé la nouvelle religion ; mais que si en quelque lieu on avait usé de fraude^ lorsqu'on avait mis la religion en suffrages et qu'une paroisse voulut le faire de nouveau , elle le pourrait. Que si dans quelques paroisses il y avait des gens qui n'eussent pas renoncé a l'ancienne religion et qui voulussent la rétablir, ils^seraient en droit de le faire ; comme l'autre partie aurait* droit de garder leurs ministres. Enfin qu'on devait par^ lager les biens d'Eglise entre les ministres et les prêtres selon le 'nombre de leurs auditeurs, m. Qu'on devait garder les anciennes alliances. x>

Les réformés ne voulurent, point accepter le second

* Wurstis. VHI. cc.XIlI. 605. SteUler 89. «. HoUing. 59S. SOG.

article el iroaTaieni dérattonnablè que dans une paroisse où la pluralité des suffrages avait été pour la réformation , le plus petit nombre fût en droit d'y rétablir la messe. Les médiateurs pour le faire agréer aux deux parties, j apportèrent tin petit adoucissement qui parftt Tai8onnable« Il était conçu en ces termes : Que dans les seigneuries communes on pourrait bien remettre la religion en suffrages ; mais sous cette réseryo que là où la pluralité serait pour la réformation , le plus petit nombre ne pourrait pas à la vérité j rétablir la messe , mais se* rait en liberté d'aller Técouter ailleurs; que de même, là où la pluralité serait pour la messe, il serait permis aux Evangélistes d'aller au prêche dans les Ueuss les plus voisins. » '

Mais le même jour 6 novembre , leê catholiques, pen«* dant la négociation, firent de nouvellêfs hostilités. Comme les réformés n'avaient pas eu la précaution de stipuler une suspension d'armes, pour négocier tranquillement, leurs ennemis pressés par la disette, et pouf les ameber plus promptement au point qu'ils souhai-' taient, se jetèrent sur les terres de Zurich , et firent une incursion du côté de Rifferschwyl et de Mettmeostet^ ten , dans le Frej-Amt. Ils y pillèrent tout, et le lendemain, 7 novembre, ayant été joints par les Yalaisans et les Italiens , ( de sorte qu'ils faisaient le nombre de qua«« ire mille hommes ,) ils attaquèrent brusquement les Zu* ricois, qui étaient dans les postes de Hirtxel, et da Mont de Horgen, les chassèrent jusques à Thalvreil, et pillèrent le village de Horgen, * •

Dans cet intervalle, les médiateurs propoaèreBt aax

* Holling. im.

* Stettler II. b. Rahn. 736.

4SS6 tBRaEua A zuricb.

parties l'adoucissement qu'ils avaient fait au deuxième article du projet ; et les cinq cantons l'acceptèrent , mais avec quelques nouvelles réserves. Les Zuricois ci les Bernois ne voulurent point s'en accommoder. Là dessus les cinq cantons firent une nouille incursion dans \e Frey-Amt, terre de Zuricb, y pillèrent tout ce qu'ils purent enrporter> et achevèrent de désoler le coavent de Gappel y en enlevant tout ce qu'ils y avaient laissé de reste après la« première bataille. Cependant les ^éns du pays s'étant ramassés^ ils les poursuivirent, les attaquèrent et leur reprirent la meilleure partie de leur butin. ^ Ces courses des catholiques achevèrent de jeter la terreur dans le canton et dans la ville même de Zurich, ou les gens de la campagne se reliraient en foule , avec leurs meilleurs effets. Le bruit s'y répandit même que les ennemis la venaient assiéger. C'est pourquoi le soir même de ce jour, les Zuricois rappelèrent leur armée pour venir défendre leur ville, et souhaitèrent que les Bernois et leurs antres alliés les suivissent. Mais les Bernois n'étant pas maîtres de leurs troupes , ne branlèrent pas. Cependant les catholiques ne prirent point le che^ min de Zurich ; mais ils envoyèrent des lettres cifcnlaires aux sujets de Zurich, pour leur dire :,« l^^ Que les Zuricois refusaient la paix à des conditions honorables, dont ils leur faisaient le détail ; 2^ Que si eux (les sujets) les agréaient , .ils pouvaient le leur faire savoir, faute de quoi ils devaient s'attendre à être pillés et brû^ lés, d'autant plus qu'on avait ainsi traité les habitans de Blickenslorff. » Ces gens la qui avaient paru les plus ardens avant la guerre, effrayés par ces- menaces, prièrent leurs seigneurs de faire la paix. Xputes ces circons*

* Rahii. 757.

ZO&ICH FAIT LA PAIX. t tô7

tances fâcheuses avaîeni fail perdre courage à ceux de Zurich, d'autant plus qu'il n'y avait point d'union entre eux ; et que d'ailleurs plusieurs personnes de qualité n'avaient point à cœur la religion , comme il aurait été nécessaire. ^ Les sujets de Zurich firent plus. De leur progre autorité, et sans la participation de l'état, ils députèrent un paysan du mont de Horgen , nommé Souter, auprès des capitaines des cinq cantons , de qui il était bien connu. Il obtint d'eux un sauf-condui|^, et un jour pour traiter de la paix , à Tenniken , près de Baar^ dans le canton de Zoug. Ainsi la seigneurie de Zurich^ pressée par ses propres sujets, envoya trois conseillers au camp , avec ordre de^ rendre avec eux Içs capitaines de Tarmée^ et quelques-uns du canton, et d'aller conclure une paix la plus honorable qu*il serait possible d'obtenir, et qui ne fût point préjudiciable à la religion , et aux libertés. Ces députés de Zurich allèrent trouver ceux des cinq cantons, près de Baar^ ' le jeudi IS novehibre, et ce jour là même, ' (tant ils avaient peur de manquer la paix,) ils conclurent et signèrent un traité, tel qu'il plût à leurs ennemis de le leur proposer. Ils firent Jeur paix en particulier, laissant leurs alliés de Berne dans l'embarras^ et Abandonnant^ à la merci des cinq cantons , les villes de Bremgarten , et de Mellinguen , et les Frey-Amter, sous prétexte qu'ils étaient assurés de la protection de Berne. Ils ne firent non plus aucune mention des autres peuples qui s'étaient joints à eux pour cette guerre ; je veux dire de ceux d'Ulznach,

* Stettler 59. b. Wurstis. 606.

• Rabn.757.

' Houing. S97. 599. .

458 ARTICLES P« VAIX.

d9 W6S9D I d6 Gaster» et du Tockenbourg , parce qu'ib s'élaîeiit séparés d'eux» *

Cç fui donc là le second Iraité de paix de U Suisse , qui fui reufermé eu 8 arUcles, J'en rapporterai ici lé premier arlicle tout eutierj et inot pour mol, fidelemeal traduit. Biais je doaoerai seulement la substance dm autres;

«En premier lieu, nous, les Zuricois, devoos el voulons laisser entièrement nos féaux et chers confédérés des cinq cantons, pareillement leurs chers combourgeois et compatriotes de Valais, el tous leurs adhéraos, soit ecclésiastiques, soit laïques, dès à présent et à l'avenir, dans leur ancienne, vraie et indubitable foi chrétienne, dans leurs propres villes, pays, terres el seigneuries , sans les inquiéter ni importuner par des disputes j renonçant à toutes mauvaises invention^ , ruses et finesses. Et de notre côlé, nous, des cinq cantons , voulons laisser nos confédérés de Zifricb, el leurs propres adhérens, demeurer dans leur religion. 2^ Nous, des cinq cantons , nous réservons dans cette paix tous ceux qui ont quelque liaison avec nous , soit en général^ soit en particulier, par traité de bourgeoisie ou de compatriotage ou autrement, ^mme aussi ceux qui nous ont donné du secours , conseil et assistance ; en sorte qu'ils soient ici expressément compris avec nous. 3^ De nôtre côté, nous , les Zuricois, nous réservons tous ceux qui nous ont donné secours, conseil et assistance, avant et dans ce(te guerre , soit en refusant le commerce, ou autrement, en sorte qu'ils doivent aussi être compris dans cette paix. 4^ De plus, nous, des cinq cantons, nous réservons expressément ceux des Frey-

* Id. id.

ARTIGLBS DZ FAIX« A59

Amter^ dans TArgovie, Brcmgarlen el MelUnguen, qui se sont allachos aux Bernois, se soni joints à enx^ et* les ont favorisés^ pour porter la guerre chez nous^ et qui retiennent encore leurs troupes chez eux;, ainsi. ils ne pourraient pas accepter cette paix. D'ailleurs pour finir la guerre contre les Bernois , il est nécessaire que nous ayons le passage par là. C'est pourquoi nous ne ' permettons pas pour ce coup , qu'cm les comprenne dans cette paix. De même nous réservons aussi expressément , ceux de Rapperschwyl , du Tockenboui^, du Gaster et « de Wesen^ qui n'oni aucune liaison ni alliance avec nos confédérés de Zurich , en sorte qu'ils soient aussi exclus de cette paix , etc. Cependant sous condition qu'on les traitera gracieusement et «vec modération , dans le» châtimens et la justice. » *

« En second lieu , les deux parties s'engageaient à se^ laisser réciproquement , en paisible possession de tous les droits qu'elles avaient dans les seigneuries communes ; avec cette déclaration ^ que si dans ces seigneuries il y avait quelque paroisse ou communauté, qui ayant embrassé la nouvelle religion , voulut la garder, elle aurait plein pouvoir et liberté de le faire sans opposition de personne ; de même les paroisses qui n'auront pas encore renoncé à l'ancienne religion ^ soit secrètement ^ soit manifestement, seront pleinement en droit d'y demeurer, etc. Et s'il y en a dans quelque temps, qui veuillent rétablir la religion catholique , ils seront aussi en pouvoir de le faire. On devra aussi partager les biens d'église entre les prêtres et les ministres , selon l'étendue des lieux, etc. Aucun ne doit insulter ni injuriée

* Hottiiig. 597. S9S.

kkO AHTICLBS BB PAIX.

l'autre pour cause de religion ; et ceux (|ui lé feront^ devrcmi élre châtiés par leurs magistrats. *

« En troisième lieu ^ les deux parties s'engagent à observer mutuellement leurs auciennes alliances , suivant les traités de leur confédération. En particulier les Zuricois s'engagent à ne point se métfer des affaires des lieux où ils n'ont aucune autorit^^ et avec qui ibii'ont point de liaison. » *

' « En quatrième lieu^ les Zuricois s'engagent de renoncer à tous les traités nouveaux d'alliance, faits avec d'autrfis villes et contraires aux anciennes alliances des cantons; et le précédent traité de paix doit être niis à néant, biffé et remis aux cinq cantons. »

« y. Ils restitueront aussi aux cinq cantons les 2^500 écns qu'ils leur avaient payés pour les frais de la guerre en verta du précédent traité de paix. »

« YI. Si à l'avenir, les parties , ou des particuliers avaient quelque pré^tion contre des ecclésiastiques ou des laïques ; le demandeur devra se contenter du droit, selon la teneur des alliances ; mais si le défendeur ne voulait point se soumettre au droit, les autres cantons de la Suisse devront prêter secours , de leurs corps , de leurs biens et de toutes leurs forces , à celui qui de* mande le droit. »

. » Vn. Tout ce q^i a été pris on arrêté durant la guerre , ou abattu par l'une ou l'autre des parties , doit être restitué, relâché, ou redressé.

» Vin. Les prisonniers doivent être échangés^ et ceux qui se trouveront surnuméraires, devront être re* lâchés , pour une rançon raisonnable.

*. Hotling. 898. 899.

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