‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 5)Chapitre 57 sur 60 · EPITRE DE FAREL · texte numérisé non relu

EPITRE DE FAREL

A tous seigneurs, et peuples et pasteurs à qui le Sér gneur m'a donné accez , qui m'ont aidé ei assisté en rœuçre de notre Seigneur Jésus, et enoers lesquels Dieu s'est sen^ de moy en la prétHicaiion de son Sainct Et^angUe, grâce, pais , et salut vwu soit donnés.

Nous devons grandemenl louer et magnifier notre bon Dieu et père , de sa grâce plus qu'inestimable, qui nous a faite nous retirant des abismes infernaux esquels nous estions du tout plongés et enfoncés tellement qall estoit impossible de penser seulement d'en sortir^ car toutes les choses qui sont pour du tout embouscher une poure conscience, afin qu'elle ne voye aucun issue, non seulement estoyent en ceste sédition , mais aussy tout ce qui peut servir à y vouloir demeurer, afin qu'on tienne une chose bonne, saine et de Dieu, et qu'on y veuille persévérer, tout y esloit, el^ussi il n'y avoit ne poavoir, ne sçavoir, ne vouloir aussy de s'en retirer, et tant plus j'y pense, lant plus je m*estonne de ceste tant grande déception , et de Taffection qu'on y a eu. Parquoy rœo* vre de Dieu est de tant plus grande et admirable que l'homme, sans dire autre chose (car assé portie ce nom de maux) ait pu être sorti de tels gouffres, et ayant esté tant

* Celte épitre circulaire, remarquable comme caractéristique de Farel, de sa loi et du temps, a été par lai écrite de Morat,~en l'an 1530* au milieu de ses Iravaui les plus actifs.

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iveagle^ mortel désirait qu'il reçoive veue> qu*il vive el oit remis en estât, qu'il déteste et aie en horreur ce |u'il avoit en si .gros prix , et ce qu'il ne pouvoit et n'oloit penser estre sinon digne de tout honneur et le tenir H>mme chose de Dieu,et de cecy je n'en parle point comme slève d'armes^ et sçay aussy que vous .quant est de votre pari en pouvez rendre bonî ef fidèle tesmoignage devant Dieu , et tous autres , qu'ainsi Tavez senti et de moy je l'ay senti en plusieurs qui tant estoyent fourrez avant sn la papauté et abominations papales^ que le commencement de la manifestation des abus du pape a esté s'y amer^ tant desplaisanl et importable que si ne fut la douceur du salut et vérité de Jésus-Cbrist avant mise et en après déclairée, certainement il eust fallu, que la mori soudainement s'en fût suivie ou une rage et pleine alliénation d'entendement. Mais Dieu de sa grâce a fisût que tant et plus de ceux qui estoyent tenus comme loups enragés, et que autres fois grinçoyent des dents et qui comme démoniaques oyoyent parler du pape el de ses erreurs, tant seulement avoir entendu qu'il estoit ainsy el qu'il falloit se retourner à Jésus-Christ et à luy seul se tenir, ont esté tellement changés, qu'au lieu du cœur meurtrier , enragé et adonné à toute diablerie , qu'ils avoyent avant la cognoissance de Jésus cogneu, s'en sont retournez comme agneaux doux et amiables, ayans le cœur du tout retiré du pape et addonné à Jésus-Christ. Mais que faut-il que je mette en avant, ce que j'ay veu es autres? Moy, puis-je penser que tous les diables d'enfer ayent plus peu ensorceler, ni enchanter un ponre cœur que le mien a esté P Pour vray le papauté n'estoit, et n'est tant papale que mon cœur la esté, et si n'estoit ce point pour une affection et désir de vouloir maintenir

5S0 APPlKDlCft.

àncune lascheté ne mescbanceté^ et que je prinse plaisv à gens mal vivans en icelie> quand il les pouvojcnt cognoistre , mais le diable se transfigurant en ao^ de lumière tne desvoyait Unt et plus de Diea^ de toote ▼érilé de la droicte voye, foy et doctrine chrestienue^ pour me foire renoncer Dieu et abandonner tous les piincipass commandemens , me faisant prendre ^ et tenir non service diabolique, ety estre tant fourré et enraciné que rien plus , et ce afin que jamais je n'en peossc sortir, car tellement il avait aveuglé mes yeux et perverti tout en rooy , que s'il y avoit personnage qui fîit apfwoové selon le pape, il m^estoit comme Dieu, si quelqu'un Cnsoit ou disoit quelque cbose d'où le pape et son estâtes fut en quelque mespris , j'eusse voulu qu'un tel, et tout ce qui ne servoit h la papauté et au pape pour entretenir tout ce qu'il a ordonné en l'Eglise et tout ce qui tant peu ea soit contrevenoit au pape> fut du tout abhata , miné et destruit. Quoy ? Dieu , la mort et passion de Jésus et aucune chose des apostres et de la Saincte Ecriture ne me fut esté rien sinon de tant que le pape en proposoit quelque chose, et quej'ay creu de la croix, do ses pèlerinages, images, vœux, os et tant d'autres diableries, esquellesj'ay esté plongé jusques aux alnsmes de toute imquité« idolâtrie, malédiction plus qu'on ne pourroit dire. Mais quand il est question de l'idolâtrie de la messe je ue puis autrement juger fors que légions innomerables des diables d'enfer , ne m'ayent du tout saisi et rari à eux, pour renoncer plus qu'on ne sçauroit dire tout ce qui est de Dieu, tout ce que la SaincteEscripture en contient et commande qu'on tienne et croye, croyant ce que le prestre tenoit à ses mains, et qu'il mettoit en la boite, qu'il enfermoit, mangeoitet donnoit à manger, que c'é*

AmmNCi. HM

' toit mon seul vray Dieu , et qa'il n'y es avoli poial d'ao^

^ tre qoicelay ni au ciel^ ni en la terre ^ pouTois-îe plus

' ouvertement renoncer Dieu et prendre le diable poor

' maistre, ne plus contrevenir à toute la Parole de Dieo^

> «Qu'estant ainsi séduit^ endiablé et sy hors de la foy de

• tenir pour mon.Diou une chose charmée et faite toute ad

I contraire de ce que porte la pure la Parole de Dieu ? O

^ que 3'ay horreur de moy et de mes fautes^ quand je

f y pense ! Car enfer ne pouvoit plus faire, dire, ne penser

r contre Dieu que porte ceste al)omination pour laquelle,

comme un vray serviteur du diable^ j*ay tant fait, tant

ï souffert en ame, en corps, en bien. 0 Seigneur sy mon

î ame t'enst senri, prié et honoré en vraye et vive foy^ en

i vérité de ta parole, comme tu Tas commandé et comme

; tes serviteurs Édèles ont fmt, comme j'ay mis tant plus

: mon cœur à la messe, à servir ce morceau enchanté, luy

: donnant tout honneur , jugeant que la bonté , sagesse et

vérité approuvast une si grande raeschanceté, rage et

damnable menterie, pensant suivre la droicte foy, oom-

I bien que je fusse autant loin d'icelle comme ce Dieu dé

paste est loin de toy, et en ce ne suivant que la doctrine

diabolique du pape et faisant tout ce que le diable par luy

commande, et comme tous serviteurs endiablés lai-

soyent et pluûeurs eacor font , je me plaisoye et me te*

noyé pour ton droict serviteur, et ceux qui comme moy

erroyent me voyant en tel estât, à cause de telle idole*

trie, ils m'aimoyent et m'avoyent en paix et estfane,

me tenant pour un personnage du tout adonné à toy et

qui bien te servott, comme je pensoye estre , en te re*

nonçant et servant le diable d'enfer^ jugeant que j'ea*

toye bien digne, et que tu m'estois bien tenu, roire

mesme à cause de ma diablerie, de mon idolâtrie et re-

888 APPUDici.

noncemeoi^ quepoarlanljedevoye avoir tout à soahail et non seulement je devoye avoir tout bien de toy comme Tayant bien g^agné, el acquis ^ mais encor je devois ayder à ceux quej'avoye eu souvenance. Ainsy Satan avoit logé le pape ^ la papauté ^ tout ce qui est de Iny en mon cœur, de sorte que le pape mesme comme je croy n'en avoit point tant en soy^ ne les siens aossy, comme il y en avoit en moy. Car comme je puis entendre le pape et les siens ont plus de souci et cherchent plus la gloire et aise du monde ^ qu'ils n'ont de souci de scavoir et penser si ces choses qu'ils font el font faire si rites sont bonnes , sainctes et en l'honneur de Dieu , comme je l'ay pensé , et pourtant souvent ils ont quelque'regret, et ne pensent tant d'eux mesmes^ ne de leurs faits comme j'ay fait, et si Dieu ne m'enst fait la grâce qu'en un tel enfer, à cause que le pape tout ouvertement, ne nie point Jésus Christ combien qu'il en retire cent millions de fois plus que cenx qui vouloyent introduire la circoncision , et avec ce qu'il n'a osé nier la Saincte Escripture, et qu'il souffre qu'on appelle les livres du Yiel et Nouveau Testament la Sainte Bible, qui a esté en partie cause que je Tay leue avec plus de foy et de révérence, comme aussy ce m'a servi à ouïr parler de Jésus et y avoir quelque foy, et sans ce qu'eust il esté de moy? car tout estoit tant retiré de la doctrine de Dieu que rien n'estoit demeuré sain que la Bible, mais quoy, avoir leu la Bible, me trouvant fort esbai, et voyant tout au contraire sur la terre , en vie et doctrine et que tout estoit autrement que ne porte la Sainte Escripture, qui estoit un grand moyen pour venir à que Ique cognoissance , et pour sortir d'une si damnable abusion , tant s'en faut que pour lors cela m'ait retiré que je sois de-

appbudics. 855

mearé autant sédait et abusé que paravant^ et n'ay rien laissé de toutes les abominations papales , ne cheminer autant contre Dieu comme jamais j'aye fait , profitant de mal en pis. Car sur l'estonnement advenu et le jugement qui devoit suivre la lecture de la Saincle Escripture, Satan soudain est survenu afin qu*il ne perdit sa possession et a besogné en rooy selon sa coustumo^ car paravant me faisant servir k ses commandemens d'un grand cœur et ardemment sans aucune crainte ^ et sans enquérir si je faisoye mal, en me faisant croire sans douter que ses commandemens , et ce qu'il âvoit dit par le pape estoit une chose bonne et parfaite, puisque le pape et son Eglise ainsy le lenoit et ordonnoit, comme donc en mal faisant et renonçant Dieu selon le pape, et m'ostoit la crainte et toute doute , icy c^est ennemi par sa malice et sédiction la où je devoye prendre la Parole de Dieu sans aucune doute, assuré qu'elle ne peut mentir, et qu'en l'ensuivant on ne peut mal faire, il me baille toute crainte et doute ^ me faisant entendre que je ne prenoyé et ne n'enténdoye point bien comme telles choses sont commandement et que ce n'estoit le sens et qu'il ne le falloit prendre ainsy comme je jugeoye selon les commandemens que i'avoye leus , en tant qu'iU commandoyent de servir purement à Dieu et n^ faire lutrement qu'il n'a commando , et que je me gardasse bien de suivre mon aviset jugement mais, que je me teinsse à l'ordonnance et intelligence de TEglise, voire >apale, car je ne cognoissoye point d*autre^ ayant ainsy >ui prescher Satan et les siens je me tenoye tout îomme paravant , quoy soubs la tirannie du diable et de ion premier nay, chef de toute iniquité, le pape, cuidant )8tre très bien si je suivoye comme paravant. Et avant

OB aocun doctaar , comme céLuy qui par Veaotmfk des aulres me vôuloit retenir de lire la Ste Kscriptorei me dit qu'aocun qui n'avoit fidt iob cours es Arts stoU esté-reprins de lire la Saincte Bscripture avant avoir apprins la Philosophie^ mab je luy satisfit par ceqœ Salan fiait enseigner et tenir en la papauté, c'est que je me soubmettoye au jugement du pape et des siens, car ainsi esloye apprins de prendre tout selon qoe croit , tient et enseigne TEglise du pape, lequel garde bicD de laisser sortir aucun de ses lacqs, ne souffrant riai esire enseigné ne tant que cela qu'il a approuvé. Et ainsy je persévère ayant mon pantoon en moo oœar et tant d'advocats , tant de sauveurs , tant de dieux que rien plus travaillant et regardant particuUeremenl in servir un chacun de ses dieux plus que je ne ponvoye, et tous en général^ tellement que je pouvoye bien estit tenu pour un registre papal, pour martyrologe, et tout ce qu'il feut en toute Tidolatrie et diablerie papales, en laquelle n'ait cogneu aucun qui m'ait vaincu; tellemest qu'a bon droîct entre ceux que j'ay cogneu , j'avd^fe bien gagné la couronne de malédiction, de tourment, de mort et de damnation, car du tout je m'employoye jour et nuict pour servir au diable selon l'homme de péché, le pape, et sur cecy Dieu de sa grâce en gran^ patience voyant un tant espouvantable pécheur et infâme idolâtre, fait que je trouve un qui passoit loo! les autres, car jamais je n'avois veu chanteur de messf qui en plus grande révérence la chantast, combien qoe par toutes les parts je les aye cerchéi jusques aux {di» profond des chartreux , et autres moines , car je se demandoye fors que les plus exceUens idolâtres , H avoye en horreur ceux qui ne fiiisoyent rien en l'Eglise

APPINDICB. {(Sfif

papale sans Ires grande révérence. Cestuy, afin que je le nomme, s'appelloit maistre Jaqnes Faber, qui faisoit les plus grandes révérences aux images qu'autre personnage que j'aye cvgneu, et demeurant longuement à genoux il prioit^ et disoit ses heures devant icelles^ à quoy souvent je luy ay tenu compagnie fort ioyeux d'avoir accez à un tel homme qui, combien qu'il fut es lacqs du pape, et qu'il teint les choses plus détestables de la papauté, comme est la messe et toute l'idolâtrie papale néantmoins souventes fois me disoit, que Dieu renouvelleroit le monde, et que je le verroye, ce que longtemps, après quand il m'incitoit a prescher et à * poursuivre comme j'avoye commencé, je luy remis au devant. Yoicy par la grâce de Dieu le commencement de ce que autrefois m'avez dit du renouvellement du inonde, de quoy le bon personnage, pour lors fugitif de France, en remercioit Dieu, luy priant de parfaire ce qu il avoit veu commencer pour lors à Strasbourg, et combien que ce bon ancien sentit qu'il fallait que le monde fut renouvelle, et qu'il estoit impossible qu'il demeurast en la meschanceté qu'il estoit, combien que auprès de ce qu'est advenu depuis en France , c'estoit le temps d'or, comme Tondit, car lors regnoit Louis douzième, voyant cela et ainsy parlant, ce personnage demeuroit en la vieillesse papale , et faisoit que jy y fusse davantage enragé^ et que je me ployasse plus profond en toute idolâtrie. Mais d'autant qu'il avoit du scavoir beaucoup plus que tous les docteurs de Paris, et qu'il estoit persécute par iceulx, je comroançay par cela voir la lascheté des théologiens, et ne les eus en telle estime comme paravant, et avec ce, comme ce pauvre idolâtre par sa vie fit que Testime des docteurs

536 APPBMDICS.

fut abattue en mon cœur, aussy par sa parole oie relira de la fausse opinion du mérite et m'enseig^na que ooos n'avions point de mérites^ mais que toat venott de grâce, et par la seule miséricorde de Dieu, sans qu'aucun Tait mérite. Ce que je creu, si tost qu'il me fo^ dit^ ce qui advint à cause d'unes conclusions que j'ftvoye faites de Toraison, où je parloye du mérite d'icelle; après ce par un a qui Dieu fasse grâce me fot proposée la pure invocation de Dieii, voire par une manière de grande persuasion, tant par le commandement de Dieo comme par les anciennes prières faites es dimanchesi mais de tant que je fus facile à recevoir qu'il n'y avait point de mérites que le seul mérite de Jésus , et qu'en outre qu'en luy seul ne s'en peut point trouver, tant et plus je fus difficile à recevoir la pure invocation de Dieu, pour tant que j'avoye tant de conGance en h vierge Marie, et es Saincts et Sainctes, desquelles je ne faisoye que barbonner heures, prières et sufiirages jour et nuicl fort après leurs légendes , après lesqueUes ce pauvre Faber avoit travaillé et desja deux mois de martirs estoyent imprimés, car il avoit délibéré de roellre tout ce qu'il pouvoit trouver et le jour et l'anoée de tous. Mais ayant entendu la grosse idolâtrie qm es toit es prières des Saincts^ et que ces légendes ; servent comme de soulphre à allumer le feu , il laissa tout et se mit du tout après la saincte Bscripture^ d'aa* tant que j'avoye tant d'estime des saincts et de Faber que je n'en pouvoye sortir ; mais à la fin après toute résistance qui m'estoit amère, ny en reiettant l'escriture, ny en mépris d'iceluy qui me parloit, mais es crainte de faillir. Dieu me donne à cognoistre qu'il k faut seul invoquer, et que toute l'invocation des tré-

AwwKUicn S57

>a8des el de tons ceux qui sont hors de ce monde^ par aquelle les absens sont priés comme prcsens et tout service est vraye idolâtrie^ là fut du tout esbranlée la papauté en mon cœur, et lors je commencay à la délester comme diabolique^ estant marry d'avoir esté sy longuement deceu par icelle , et la Ste Parole de Dieu commença avoàr le premier lieu en mon cœur , et en général je cogneu et commencay à juger et tenir que tout estoit péché, meschant et maudit, et que les loix et traditions humaines qui chargent les consciences es* toyent toutes abominables, lors j'entendis que le canon voire de la Messe devoit faire place à la parole de Dieu, et qu'il estoit digne de toute exécration ; mais cependant combien que je sceusse que tous les prestres font mal de tenir leur Messe pour sacrifice pour les péchés et de manger seuls, et qu*en ce qu'ils mettent la messe au lieu de la Cène de Jésus, il y devroit avoir communion , car en Tordonnance de Jésus est contenu que tous doivent manger d'un mesme pain et boire d'un mesme vin. Et pourtant qu'il estoit fait tout autrement en la messe, à bon droict elle estoit exécrable et détestable, puis qu'elle estoit sans communion, et combien que j*eu8se telle cognoissance de la messe ^ néantmoins encores demeuroit une grosse racine de Tenchantement de Satan, tellement que je ne pouvoye rejetler cette messe, mais j'estoye encore tant ensorcelle d'icelle que je pensoye, quelque chose que je y cogneusse de mal et quelque gouffre de malédiction que y fusse , néantmoins il y avoit beaucoup de biens et bénédictions et ce d'autant que ceux qui m'en devoyent retirer m'y fourroyent plus avant et craignoyent que je n'en parlasse, mais surtout la séduction m'a longuement aveu-

glé, a cause de l'adoration da pain H do lin^ ei de ee qae j'ai créa que le corps el sang de J. G. y estoift au liea du pain et du yin, et je ne sçay par quel meslinge^ car un tel songe invente des hominea, a'ajaat aucun fondement en Tescriture et qui ne peat avoir lieu selon que le nom et Testre du sacrement pcMte^ je me suis fait violence^ comme il iaot qu'aux chosca qui surmontent tant Tenlendement , que noua noua aUbaissicms et soubmettions notre jugement à la pore vérité de Dieu qui ne peut mentir, et qui est toute certaine, et que nous croyions ce qu'elle contient. Ainsy aj-je fait a ce songe papal du Dieu de paste seule, baillant rhonneur qui appartient à la vérité de Dieu au3c mensonges humains, sans m'en vouloir enquérir si la diose estoit de Dieu ou non. J'ai esté fort long^temps en ceste séduction , mais ce bon père de toute miséricorde à la fin m'a retiré d'une sy dangereuse idolauie, et abnaion, et ce sans aucun mespris de la pure ordonnance de notre Seigneur J. C. sans doubter de la vraie présence, recepli<Mi et communion que les fidèles ont et reçoivent en la saincte Cène, car d'autant que j'ay en horreur et détestation la messe et toute l'enchanterie diabcdiqoe en laquelle j'ay esté abusé et séduit, et de tant que je cognoy que Satan se fourre en telle abomination et s'y fait adorer, et que Dieu estant abandonné de ceux qui suivent telles diableries , il les abandonne aussy autant^ et plus j'ay , en honneur, prix et révérence la saincte et pure ordonnance de Jésus, la saincte Cène, ainsy comme il l'a faite et ordonnée et suis asseuré que Dieu la pour agréable, quand elle est faite en vraye foy comme nostre Seigneui' commande qu'on la fasse, et que véntablement N. S. J. C. selon sa promesse y est

Appsmiict. CD9

irésenl^ ravissant les cœurs h soy faisant qu'on est avec ^uy, ei iuy arec nous. Ce que j'ay volontiers touché afin c}ue TceuTrede Dieu soit manifestée^ car je n'estoye pas Tourre en la papauté pour chose qui fut de ce mende, assavoir pour aucun bien , honneur^ gloire ne pnrffit l.errien , mais par séduction horriUe^ comme si la papauté fat este vrayement de Dieu et saincte et bonne , et que fut pour le salut de mon.ame, et n'en ay rien laissé par haine du pape, ni des siens ^ ni pour avoir rien de ce monde, et le jugement et affection humaines ne m'en ont point retiré^ et n'ay point prins plaisir d'en laisser tant soit peu , ne désir avec de rien changer, mais ay este pressé par la pure parole de Dieu, par son exprès commandement et aussy n'ay laisse les dites abominations papales tout à un coup, mais il a fallu que petit à petit la papauté soit tombée de mon cœur^ car par le premier esbranlenient elle n'est venue bas, et sy j'ay eu beaucoup de deffauts à venir h la cognoissance g^érale de la dignité de la parole de Dieu, de Iuy donner tout, et juger que tout ce qui n'estoit selon icelle estoît du tout exécrable, j'ay eu trop plus de peine a cognoistre par le menu^ cecy se doit tenir, il faut laisser cela; et encore plus de mettre hors de mon cœur où tant estoit enraciné, et pour vray j'ay expérimente et croy aussy que plusieurs l'ont senty en eux mêmes que tout ainsy que les vaches qui tiroyent Tarche du Seigneur, elles vont droict sans tirer ne ça ne Ui, mais suivent le droict chemin et ne s'arrestent point et neantmoins du désir qu'elles ont et de Taffeelion et du regret de leurs veaux , elles béellent et crient. Ainsy il est advenu, car en estant bien au commencement de Dieu , et mis en chemin de la parole Bvangé-

540 AppunucB.

lique^ faisant el marchant comme elle commande^ les choses que le pape a ordonnés, qoi estoyent tant clieres et tant à cœur ne se pouvoyent laisser sans gros regret, car s'il leur eut esté possible de les mener quant e€ quant elles eussent élé fort agréables, et mesmes nous voyons aucuns forts excellons personnages qui n'ont hen la puissance de laisser leurs veaux, et combien qu'ib leur donnent des coups comme s'ils les vouloyent asscxnmer et semble qu'ils les chassent rudement, néantmoins ils les ont retenus avec gros dommage des Eglises , et quand aucun les a voulu chasser, il sembloit que tout fut perdu, et aujourd'hui on voit le monde enragé après ces veaux, non des vaches, mais du grand Jéroboam, dressés par un tant puissant Roy, qui est le premier qui a divisé le royaume de Salomon, et retiré du vray service de Dieu, veu que les dits veaux sont si Jiieaux, de si excellente matière^ mis en lieux tant émi« nens en Bcthel et en Dan qu'ils ont esté sy long temps adorés et de tant de Roys et peuples, et ce meschant Roy Jéroboam, qui s'est dressé contre la maison de son maistre, a esté sy fin et cauteleux qu'il a baillé toute la couleur qu'il faut pour tromper le peuple, pour l'entretenir en l'idolâtrie , et retirer du vray service de Dieu, ce bon Dieu et père suscite un bon Josias , qui ruine du tout ses maudits veaux et leurs autels, et ceux là où nbstre très miséricordieux* Père a repurgé son Eglise, y faisant son œuvre par toute espérance et par moyens que jamais n'eussent esté pensez, se servant de ceux qui ont esté les «plus abismés en toute idolâtrie et malédiction papales, les retirant des infections tant puantes, pour porter l'œuvre de vie, en chassant l'ennemi autheur du péché et de mort, combien doivent-ils louer

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