‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 5)Chapitre 7 sur 60 · SS PROGRÈS DE LA RÉFORNB DANS · texte numérisé non relu

SS PROGRÈS DE LA RÉFORNB DANS

aux paroisses qui avaient des pasieurs réformés de les chasser. Mais les Zuricois écrivirent an baillif du pays de laisser les ministres en repos. Et comme dans ane diète le baillif porta cette affaire devant les Cantons^ les Bernois n'y voulurent d'abord avoir aucune part^ ni s'opposer a la pluralité des suffrages des Cantons, ni de ceux du pays. ' Mais quelques temps après , ils changèrent de sentiment à l'égard de ce dernier article. Ils se joignirent aux Zuricois le 26 octobre pour déclarer aux autres cantons : « Qu'ils ne souffriraient point qu'un peuple qui leur était assujetti , aussi bien qu'aux cantons catholiques y et qui souhaitait qu'on lui prêchât purement l'Evangile, en fût empêché.» Les catholiques rejetèrent hautement cette proposition , disadt : Que quand une chose avait passé entre les Cantons a la pluralité des voix , il fallait que la partie la plus faible s'y soumît. Zurich et Berne répondirent : « Que quand il s'agirait d'affaires temporelles, entr'au* très de celles qui étaient comprises dans leurs alliances, ils ne s'opposeraient point à la pluralité des suffrages ; mais que la Parole de Dieu ne peut point être soumise au jugement et aux suffrages des hommes. Que du reste, ils n'avaient point dessein de contraindre personne à embrasser leur religion , comme on les en accusait, mais seulement qu'ils ne souffriraient point, que dans les seigneuries communes les paroisses qui souhaitaient qu'on leur prêchât le pur Evangile en fussent détournées par la violence, ou qu'on les maltraitât pour ce sujet. » Enfin Bâle, Schaffhouse et Appenzell interposèrent leurs bons offices potir accommoder la chose.

' Iiislr. A. SOO. b.

LES SIIGNIU^IBS COMMUMBS DU fiHBlMTHAL. 59

tellement qae la difficulté a'alia pas plus loin. ' Ce qu'il j eut de particulier dans celte occasion ^ c'est que le roi de France fit exhorter les Suisses à demeurer étroitement unis. Un lecteur judicieux comprend aisémenl que ce n'était pas par affection pour eux^ mais parce qu'il avait besoin de leurs troupes. Les communautés de Steckboren , Ermatingen , Arbon , Roschach et quelques autres , qui ( à la réserye des deux premières) appartiennent ou à Tévéque de Constance ^ ou à Tabbé de S. Gall ^ convinrent à la pluralité des suffrages d'embrasser l'Evangile, et envoyèrent des députétf à Zurich pour demander la protection de cette ville. * lies Zuricois écrivirent a ces deux prélats , en faveur de ces communautés. Dans le même temps, Âltstetten et quelques autres communautés du Rheinihal écoutaient avec un grand fruit les prédications de Pelage Am - Stein , pasteur de Troguen , au canton d'Appenzeil. Et ceux d' Altstetten demandèrent un ministre aux Zuricois^ qui leur envoyèrent Jean Yalentin Forl-rouller, de Waldshout. ^ Les deux prélats^ au lieu de répondre aux Zuricois , écrivirent aux cinq Cantons pour les exhorter à soutenir chez leurs sujets la catholicité chancelante, les assurant que s'ils ne s'opposaient pas de vive force aux nouveaux prédicateurs , c'était fait de l'ancienne religion dans la Thurgovie, le Rheinthal et les terres de l'abbaye de S. Gall. Là-dessus le baillif de la Thurgovie convoqua k Frauenfeld, pour le 10 novembre , tous les seigneurs de sa jurisdiction , tant séculiers qu'ecclésiastiques et les

* Hotting. 4t».

' Id. 4Stf et suiv.

* Id. îbid.

kO MT DE LA TRURGOVIB,

députés des paroisses. Les députés des sept Cantons s'y trouvèrent ; et tout cela se fit sans la participation des Zuricois^ comme s'ils n'avaient pas eu autant à commander en ces pays-là que les autres. Mais ils ne laissèrent pas d'y envoyer un député pour parler aussi de leur part aux communautés assemblées. * Il se fit une autre assemblée ^ le 30 novembre, où les députés des cinq Cantons exhortèrent les communautés à persévérer dans la religion romaine , et à prêter main forte au baillif quand il voudrait punir les contrevenans ; les assurant de leur protection , au cas qu'on en vint a une guerre pour ce sujet. Les députés des communautés répondirent qu'ils examineraient cette demande , et qu'ils se rendraient à Weinfelden au bout de huit jours pour apporter la réponse de leurs paroisses. Cependant la reformation croissait toujours dans le pays. A Frauenfeld et dans la plupart des Eglises de la Thurgovie on abolit la messe, les images et les cérémonies papales. ' A Arbon^ cela se fit le 5 novembre. Ceux de Mammeren jetèrent leurs images dans le lac. Un moine suisse, nommé Lang, a eu l'extravagance d'écrire que dans cette occasion l'image de S. Biaise s'était tenue debout dans l'eau et avait traversé le lac a la nage jusqu'à Calahorn. Quand le jour de l'assemblée du pays fut venu, il s'y trouva des députés de Zurich et de Berne, qili exhortèrent ce peuple « à ne point se départir du bon voisinage et de l'amitié qu'ils avaient cultivée de tout temps avec les Zuricois ; et les assurèrent qu'à la vérité ils ne voulaient contraindre personne à embrasser leur religion ; mais qu'ils avaient promis leur

^ Id. page &26.

* Id. ibid.

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protection aux ^lises qui souhaitaient qu'on leur prêchât le pur Evangile ; et qu'on ne souffrirait plus que personne fût maltraite pour cause de religion dans les seigneuries communes.»^ Ainsi la plus grande partie des communautés de ce pays-là se déclara pour la réformation, en protestant que, quant au reste, ils s'acquitteraient toujours envers leurs souverains seigneurs de tout ce qu'ils leur devaient, comme de fidèles sujets. La réformation fit aussi des progrès au Rheinthal, tellement que ceux d'Altstetten brûlèrent leurs images le 30 novembre. '

On vit aussi la réformation s'avancer dans le Tockenbourg. ' Il y avait déjà quelques années qu'on y prêchait l'Evangile. Cependant la m/ssse, les autels, les images, etc., y étaient encore tolérés. Mais cette année les Tockenbourgeois purgèrent leurs Eglises de ce vieux levain. La même chose se fit ai^ssi dans les terres de Tabbé de S. Jean. Déjà dès l'an 1526 Tabbé de S. Jean s'était plaint a celui de S. Gall, comme protecteur de son couvent, des changeraens de religion qni se faisaient dans ses terres. Et l'abbé de S. Oall lui ayant répondo qu'il n*était pas assez puissant pour le secourir, et qu'il pouvait chercher du secours ailleurs, il s'était mis sous la protection de Schwytz et de Glaris. Et d'abord ces deux cantons voulurent exiger des sujets de cet abbé qu'ils leur prêtassent serment de fidélité ; mais ils le leur refusèrent, leur disant : Qu'ils avaient un traité de corabourgeoisie avec eux , et qu'ainsi ils étaient leurs compatriotes et non pas leurs

< Id. pa^e 4S7.

' là. page &26.

' Ibid. page 4S7.

SCÏ^

AS NOOVSL BDIT DS RBLIGIOM A ZU&ICH.

sujets. ^ Celte année ^ Schwylz ordonna à ceux d'entr'eux qui avaient embrassé la réforinalion de rétablir la messe; mais ils le refusèrent aussi, nonobstant les menaces qu'on leur faisait. La ville de Liechtensteig, capitale du Tockenbonrg, se réforma aussi. Là-dessos, nouvelle plainte du canton de Schwytz dans la diète. Quelques cantons catholiques écrivirent aussi vivement a ce sujet à ceux de Liechtensteig. Schwytz aurait voulu qu'on eût pris les armes pour ranger ce peuple par la force; nais les autres Qintons, plus prudens ou plus modérés, ne trouvèrent pas a propos de seconder son zèle. Les sujets de Tabbc de S. Jean avaient imploré le secours ^e Zurich ei de Berne, et l'avaient obtenu, du moii^ en partie. *

n est temps de revenir à ces deux premiers Cantons. II y avait toujours a Zurich des gens qui n'avaient pas pu goûter la réformation , qui ne voulaient point écouter les sermons, ni aller a la S. Cène. Le 9 décembre, ^ on fit un règlement concernant ces gen&-là , qui les ex» cluait de la magistrature, et qui dépouillait de leurs emplois ceux qui en étaient revêtus. On -avait ausyi fait des plaintes contre divers pasteurs , tant a l'égard de leur conduite , que de leur doctrine. On assembla donc un synode à Zurich , au printemps , pour y remédier ; et Ton y appela tous les pasteurs, tant de la ville que du canton. ^ On leur fit prêter un serment a tous; on y examina la conduite de chacun d'eux. On châtia les coupables, et Ton y fit des rè-

' Ibid. page HSS.

' Id. page &S9.

' Id. page kU.

^ Id. page ft.S3.

STNODBS. OOinrimifBMBHT BCCIÉ8IASTIQUE. 45

glemens pour pourvoir à ce qui manqnail encore pour le bien des Eglises. Quelque temps après,. on tint un autre synode^ où Ton appela tous les chapelains, les moines et autres qui recevaient pension des biens de l'Eglise. On les examina aussi ; on leur fit prêter un serment, et ceux qui furent trouvés propres pour exercer le ministère furent exhortés à l'entreprendre.

Ce fut dans ces assemblées que les Zuricois firent de nouveaux règlemens pour perfectionner leur gouvernement ecclésiastique. Tel fut entr'autres rétablissement de leur synode général, qui s'assemble deux fois chaque année a Zurich, au printemps et en automne. ^ Les ministres du Canton sont 'partagés en huit classes ou chapitres, comme ils les appellent, savoir : I. Celle du lac de Zurich , composée de vingtquatre ministres. II. Celle du Prey-Ampt, ' qui en a quatorze. III. Celle de Stein, qui en a douze. IV. Celle de Winterthour, qui en a trente. V. Celle d'Ellg, qui en a huit. VI. Celle d'Oberwetzikomm , qui en a douze. Vn. celle d'Unterwetzikomm , qui en a dix-neuf. Enfin Vni- Celle de Regensperg , qui en a vingt^neuf ; en tout cent quarante-huit ministres. Tous ces ministres composent la plus grande partie du synode dont je riens de parler ; je dis la plus grande partie , car ils ne sont pas les seuls. Comme la Thurgovie et le Rheinthal

' BlunUchli, Meaiorabilia Ti(j[urîna. 12. à Zurich 1704. page

* Il ne faut pas confondre le Frey-Ampt ,> qui est uu quartier du canton de Zurich , près du mont Albis , avec les Freyen-^rop* ter. c'est-à-dire Bailliages- Libres, qui est une seigneurie commune qui appartenait autrefois aux sept anciens Cantons ; mais aujourd'hui, depuis la guerre de l'an 1712, Berne fait le huitième seigneur.

A4 RÈGLBMSMS BCCLÉSIASTIQUES.

sont en grande partie réformés^ et que ces deux provinces appartiennent en commun aux huit anciens Cantons^ dont Zurich est le premier; que d'ailleurs elles sont dans le voisinage de Zurich^ qui peut mieux avoir inspection sur leurs Eglises que les autres ; pour toutes ces raisons leurs ministres sont obligés de paraître aussi dans le synode de Zurich pour y rendre raison de leur doctrine et de leur conduite. * Les ministres de la Thurgovie composent entr'eux trois classes ou chapitres : I. Celle de Frauenfeld, composée de dix -sept ministres. H. Celle de Steckboren^ qui en a quinze; et ni. celle de la Haute-Thurgovie , qui en a quatorze; en tout quarante -six. Les ministres du Rheinthal ne font enlr'eux qu'une petite classe , n'étant pas plus de sept. Ainsi ce synode est composé de deux cent un ministres. Tous ces ministres , dont je viens de faire rénumération, tant pasteurs en chef que diacres, ou seconds pasteurs ; tant ceux de la ville capitale que ceux de la campagne et des autres villes, sont appelés à ce synode pour le sujet que je viens de marquer , qui est d'y rendre compte de la manière dont ils exercent leur emploi, soit du côté de Tinslruction, de la prédication et de la doctrine , soit du côté de la conduite , tant à l'égard de l'Eglise qu'à Tégard de leurs personnes et de leurs maisons. Il y a toujours un des bourgmaîtres de la ville , avec huit autres seigneurs , tirés du grand et du petit conseil , qui assistent à ce synode au nom du magistrat. On leur adresse les représentations ou les remontrances que les ministres peuvent avoir à faire à la seigneurie , et Ton y fait des projets de règlemens pour le bien des Eglises. Mais afin que tout s'y passe

* Id. pages 265. 266.

EB6tVMBN8 BCClAsiASTIQVSS. ftS

en meilleur ordre , chaque classe s'assemble dans son déparlement un jour ou deux avant le synode y et estamine les affaires qui doivent s'y porter. Avant ces assemblées, chaque doyen (c'est ainsi qu'on nomme le chef ou le modérateur de la classe) doit visiter tous les ministres de son département, et s'informer : Quelles sont les études qu'ils font ? Quels sont les livres qu'ils ont et qu'ils lisent ? S'ils sont exacts à s'acquitter de leur devoir dans l'instruction et la prédication? S'ils ODt bien soin des pauvres et des malades ? Si outre la prédication et Tinstruction publique , ils s'acquittent aussi des autres parties de leur devoir ? Si le doyen en trouve quelqu'un en défaut^ il doit le censurer en particulier, pourvu que la faute ne soit pas bien considérable^ autrement il doit le rapporter à l'assemblée. Si la censure ne produit aucun fruit, on le défère à des examinateurs, qui le font venir devant eux, ou qui même portent la chose devant le synode^ si elle est considérable.

La veille du synode général, les doyens s'assemblent à Zurich avec Messieurs les chanoines , ^ pour délibérer avec eux sur les choses qui doivent être portées dans le synode et devant Leurs Excellences. Et comme on suit à Zurich le même usage qui est établi pour toute la Suisse réformée^ de donner l'imposition des mains et le caractère de ministre aux proposans , sans leur donner aucune Eglise à servir (usage en quoi l'on se trouve différent des Eglises de France et des Pays-Bas , qui ont retenu à cet égard la discipline de l'ancienne Eglise)

* On appelle à Zurich Ghor-Herreo, c'esl-à-dire chanoines, dis ecclésiastiques , pasteurs et professeurs, qui ont conservé entWeux dix prébendes des anciens chanoines de la grande église.

kS TROUBLES DAMS LS HÀSLI.

Brientz , pour les porter à reprendre la réfornoalion qu'ils avaient embrassée^ volontairement, et leur ordonner de bannir tous les prélres catholiques y à moins qu'il n'y en eût quelqu'un qui se fit fort ^e les convaincre d'erreur par VEcriture; auquel cas on devait l'envoyer à Berne avec un sauf- conduit pour y exposer ses raisons. Et comme ceux du Haut-Siinmenthal étaient toujours zélés pour la religion romaine, on y envoya un député^ le V^ juillet, * pour leur représenter qu'ils feraient plaisir à leurs seigneurs d'embrasser la réformation , ou du moins de permettre qu'on la leur préchftt*^ Les députations au canton d'Unterwalden et au pays de Uasli furent inutiles. Ceux de Hasli, bien loin d'obéir^ demandèrent un prêtre au canton d'Uri, qui le leur accorda. Et ce prêtre vint au pays, accompagné de deux conseillers de ce canton-là et de huit autres hommes, au son du tambour et des fifres. ^ Cependant il y avait dans le pays un grand nombre de bons réformés qui^ voyant avec douleur celte conduite de leurs compatrioles^ se lièrent ensemble pour ne point se départir de la réformation, ni de l'obéissance due à leur souverain. ^ Cette différence de sentimens produisit entr'eux une grande division ; et pendant que les réformés ne s'appuyaient que sur leurs magistrats légitimes, leurs adversaires s'appuyaient sur le secours de ceux du Haut-Simmenthal, de Froutiguen , d'^schi et de Brientz , et particulièrement du canton d'Untenvalden. Les Bernois leur envoyèrent de rechef un député , le 9 juillet , pour leur reprocher

* Ibid. p. 159.

' Ibid. p. 1C5. ' Stclller I. c. pafire 10 b

TROUBLES DU HASLI. &9

leurs divisions et pour faire revenir les mutins à leur devoir y mais inutilement. * Ils écrivirent aussi au Can- Ion d'Un pour se plaindre de l'envoi de ce prêtre ; ce canton s'excusa du mieux qu'il put là-dessus, disant , que cela s*était fait peut-être à l'insu du conseil souverain, et rejetant la faute sur quelques particuliers du pays. (Cependant les bernois ayant publié un nouvel édit, pour porter leurs sujets a observer les lois de leur réformation, les mutins de Hasli leur répondirent , qu'ils prétendaient demeurer dans le même clat où ils s'étaient trouvés quand ils avaient passé sous leur domination , et leur offrirent de plaider leurs droits contr'eux devant les Gaulons^ disant : Que de faire du tort à leurs prélres , c'était une cbose contraire à leurs privilèges. Les Bernois leur envoyèrent a ce sujet une troisième députation pour les ramener à leur devoir, mais elle fut aussi inutile que les pré^ cédentes. Les rebelles avaient pris leur partie et ils comptaient sur le secours des cinq Cantons catholiques qu'ils avaient demandé. ' Cependant ils se trompèrent à cet égard. Car Lucerne, Uri, Schwytz et Zoug ne leur en voulurent point donner ; et même Uri et Zoug le leur refusèrent en des termes fort vifs. Les Bernois^ pour ne rien refuser de ce qui pouvait sauver leurs sujets, eurent la bonté de leur envoyer encore , le 2 août , des députés de quatre villes , de quatre bailliages et des quatre jurisdictions de la ville, mais inutilement. Les rebelles dirent : <x Qu*ils rendraient réponse au bout de quinze jours. » Dans le même temps , ceux d'Untenvalden se déclarant tout ou-

* B. Instr. A. p. 165.

* SteUler I. c. p. 11.

50 TROUBLES DU HASLI.

verlement, envoyèrent des députés à Biientz pour y établir un pi:jetre dans les formes , comme protecteurs de Tabbé d'Engelberg. Les députés bernois trouvèrent ce changement à Brientz à leur retour , et disputèrent sur ce sujet avec eux , soutenant que l'abbé n'avait aucun pouvoir de faire un tel changement , en vertu de son droit de coUature y puisqu'il n'y avait pas la moindre jurisdicti on. Les Bernois ; ne voulant se porter aux dernières extrémités qu'à regret^ écrivirent encore aux rebelles une longue lettre pour leur représenter les droits authentiques qu'ils avaient sur eux depuis près de deux cents ans ; mais bien loin d'y faire aucune attention 5 ils convoquèrent une assemblée générale du pays (le 30 d'août) , où il se trouva trente hommes du canton d'Un 1er walden. * Les rebelles y firent tous leurs eflTorts pour attirer à leur parti leurs compatriotes réformés; mais ceux-ci demeurèrent- fermes dans leur fidélité envers leurs souverains seigneurs , et envoyèrent quelques députés à Berne pour les informer de ce qui se passait, et implorer leur secours. Les Bernois envoyèrent encore de nouveaux députés au canton d'UnterwaldeUy avec ordre d'aller de là dans le pays de Hasli, mais inutilement encore. Ceux de Proutiguen et de Grindelwald commirent de nouveaux désordres, et les sujets du couvent d'Interlaken , dans une assemblée générale qu'ils tinrent le dimanche 27 septembre à Interlaken même, osèrent censurer le prévôt et les moines de ce qu'ils avaient remis leur maison aux Bernois ; et le prévôt , qui n'était pas fort porté pour ses seigneurs, se réconcilia avec ces rebelles. ^ Le même

* îd.p. 12.

* Id. 45.

LIGUB DBS MONTAGNARDS. 51

jour ceux de Grindelwald chassèrent leurs mimstres et quelques jours après , de coacert avec les autres sujets d'Iûterlaken et ceux de Hdsli^ ils commirent divers désordres 9 quoique leurs seigneurs eussent offert de soumettre leur différend a la décision de quelques juge» choisis de la ville et du canton pour le 26 septembre. Les seigneurs, voyant qu'il n'y avait plus de moyen de ramener ces gen8*-la par la douceur et par réquito, prirent enfin la résolution de les y contraindre par la force. Et d'abord ils donnèrent avis à leurs sujets de leur dessein , par des députés , leur demandant leur sentiment. Le plus grand nombre répondirent , qu'ils étaîenl disposés à soutenir leur souverain de tout leur pouvoir; mais ceux de r(H>erland; voisins des rebelles, ne se trouvèrent pas disposés de la même manière. Et même dans une conférence, que les- sujets dlnterlaken y tinrent le 22 octobre , avec ceux de Hasli , du Uaut- Simmenthal, d'iEschi, de Proutignen et de Kratiguen, ils se lièrent tous> par serment prêté aux saints, de ne se point départir de leur ancienne religion^ de ne poinfr soumettre leur différend à d'autres juges qu'aux sept anciens Gantons, de s'acquitter pourtant d'ailleurs des autres anciens devoirs qu'ils dev«dent a leurs seigneurs ; mais de ne pas souffrir qu'on châtiât ou maltraitât per-^ sonne pour cette affaire , et de maintenir le couvent en son état entier ; enfin , de remplir eux-mêmes les char* ges, comme ils firent sur le champ. En même temps ils firent sortir la bailli ve, ils s'emparèrent des passages, et envoyèrent à leurs seigneurs une lettre fort insolente , où ils leur demandaient , s'ils voulaient être leurs protecteurs ou non? Qu'ils le leur fissent savoir, afin qu'ils pussent prendre leurs mesures là-dessus. *

• SlcUl. p. U.

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