‹ Histoire de la réformation de la SuisseChapitre 195 sur 257 · AUX FRERES DE DIEPPE · texte numérisé non relu

AUX FRERES DE DIEPPE

S Janvier 19U8.

La dilectioD, etc.

Tres-chers Seigneurs et frères, vous nous excuserez

de ce que nous n'avons pas sitost salisfait a vostre désir,

comme possible vous espériez , car le dclay n'a este

que pour mieulx vous pourvoir d'homme, qui iidelemenl

s'emploiast a procurer voslre saluE, comme nous avons lasché de le faire, vous adressant le porteur. . .

Ce 5 de janvier 1558.

Vostre humble frère, Charles DetpecUle, au nom de la compagnie.

AU Suc DB WIBTESIBERG.

( A trcs-illustre , tres-hault et puissant prince mon- Ecigneur le duc de Wirlcmberg. )

[ Monseigneur,

Je me suis desporté de vous escrire , craignant qu'il ne semblast, queje ne m'attribuassetrop de crédit : aussi que j'estois bien persuadé que vous estiez tant eoclio et favorable a ceste cause, qu'il n'estoit ja besoing de vous

I solliciter beaucoup. Itlaîotenant pource qu'il a fallu pour grande nécessité, et urgence, que ce troisième voiage

' fusl entrepris, je vous prie, monseigneur, qu'il vous plaise m' excuser, si je me suis avancé de vous déclarer, que ce qu'on relorne si souvent vers vous n'est point

'~ par ligereté, ou ïele incoosideré, mais d'aultant qu'il est bien requis que vous, monseigoeur, et les aultres Irefrillustres princes, soiez advertis, en quel estât est auiourd'hui la chose pource qu'on vous peult faire accroire que la condition des fidèles est passable, qui seroît pour vous 'erapeschcr de faire ce que vous aviez délibéré, cl tant libéralement promis. Or je voua puis assurer, monsei-

I mt

348 APFEKDKE.

goetir, pour vérité combicD que de la grande compagnie qu'on avoit emprisoDDce pour uo coap ou en aîct bruslé que sept, que cela n'est pas advenu que les enncmys de l'Evangile aient esté appaises, ni adoulcis. Car le Roy estant poulsé par le cardinal de Lorraine a declaîré qa'il □e se contentait pas de sa court de parleracot de Farii et avec menaces a faîct tancer ses conseillers comme nonchallans et tardifs. Au reste les juges qu'il avoit deputes a l'appétit du dit cardinal, n'ont esté refroidis pour aultre raison, que pource qu'il n'esperoient pas rien profiter eu bruslaot ainsi a la haste. Car ils avoient coodamoc deux jeunes enfaos pcosaot bien que l'inlirniilé de l'âge les feroit fléchir pour renoncer tout : et mesme accuser leurs complices, comme ils partent : maïs aianl veus la force et constance que Dieu leur avoit donnée ont cherche par astuce aullres moiens de tout ruiner petit a petit. Car après avoir csaminc tous les prisonniers, ils en ont enserre plus de trente qu'hommes que femmes les tenant desia pour condamnes et toutesfois diiîerant l'exécution jusqu'à ce qu'il leur vienne mien a propos. Tant y a que les pauvres gens trempent et languissent en des fonds de fosses, n'attendant que l'heore de la mort ; mesme il est boa el expédient que vous sachiez, monseigneur, la façon de procéder qu'on lient envers tous ceuls qu'on brusie. C'est qu'après les avrât condamnes devant que de les mener au feu on les raed a la torture, pour leur faire révéler tous ceux qn'îls cognoissent, tellement que nul ne meurt que tous ne soient cn^danger. Et affm de tenir en doubtc et perplexité tous ceux qui pourroient estre soupsonnes, ils font coupper les langues a tous ceux qu'ils ont ainsi gesnes. Par qaaj ceux qui sont encores détenus ne scrout pas quittes de mourir a petit feu : mais si Dieu leur faict la grsco if

tenir boD, il fauldra que chascua ondurc grief torment, pour racheter la vie de ses ffcrcs. Si qucIcuQ estant vaincu fléchit, TOÎIa un feu nouveau de grande perscculion r allumé. Or oultre ceux qui sont ainsi reseircz, les juges en ont deparly ca el la par les monastères affm de les I contraindre par l'importunité des moynes a renoncer [ Jesus-Chtist. Et ce que plusieurs sont escbappes n'a pas I esté sinon d'aultant que les moynes craignoîenl d'estrc gaingnes phistostj que de leur faire changer de courage, ainsi pensans que leurs cloistres pourroienl estre poilus,

Iils n'en n'ont point faict si grande garde qu'aulcnns ne soient sortis. Tant y a que nul n'a esté absoubs ne retaschc, sinon en confessant d'avoir failly^ qni est blasphémé contre Dieu et sa verilc- Depuis le Roy ne se contentant point a faict supplier le pape d'ordonner trois I cardinaux souverains juges sur le faict des hérésies qu'il I appelle. Or je vous laisse a penser, monseigneur, puis- I que toute licence est donnée au cardinal de Lorraine» ' qui ne demande qu'a tout exterminer , en quel estât I seront les pauvres fidèles , s'ils ne sont secourus par la ) bonté de Dieu. D'aultre part il y a nouvel edit publié par I le Roy, auquel il remect toute jurisdiclîon et cognois- I sanco des hérésies aut cvesques, et a leurs officiers, I pour declairer hérétiques ceux que bon leur semblera ; I tellement que les juges royaux en despit qu'ils en aient seront conlraincts de faire mourir tous ceux qui leur seront remis : comme aussi il leur est eslroiltemenl enîoinct. Et de tout cccy, monseigneur, il ne vous en fault I point enquérir de Iqjng pource que vous verrez le tout imprimé, ou ccus a qui il vous plaira commander de le veoir. Quant au mot dessacramentaires, il a esté entre- I lassé par astuce, afin de rendre ta cause des pauvres I frères odieuse, el pnr ce moyen les priver de tout sup-

port et aide. Il seroit bien a désirer que le difTerenl qui a caasé par cy devant de grans troubles entre nouB, ftui

bien appoinclé

J'aimerpis beaucoup mieux m'eniployer a c&claircir simplement la vérité pour venir eu bonne et saincte union, que d'eaire conlrainct a reepondre a ceux qui ne demandent que noise et querelle et assaillent sans propos

ceux qu'ils voient eslre paisibles

Tant y a, monseigneur, que les François oe discernent

point les uns d'avec les aulires

Or il y a un nombre quasi infini de bonnes gens par tout le royaume qui peulvent eslre fort effrayes, voyant leur vie pendante a un filet, sinon que Dieu aict pitié d'eiu.

Selon voslre prudence vous n'oublierei

rien de ce qui viendra a propos. Seulement je diray ce mot, qu'il seroit a soubbaitcr que le roy eolendit pour un bon coup quelle doctrine il persécute. Car il n'y aurolt rien meilleur, ne propre a luy amollir son courage, que de l'informer, que par faulle d'avoir bien cogneu le roerite de la cause, il est ainsi enflambé contre les enfaiu de Dieu ; non pas que je vous en ose requérir, monseigneur, mais aflîn qu'il vous plaise y adviser. . . De Genève ce 21 de febvrier 1558. (Non signée.)

XXVIÏI.

A NADEnOlSELLE DE PAHTIGNY.

mademoiselle et honorée sœur.

Combien que vous n'ayez pas monslré ao bc-

soiDg une telle verlu et constance que nous espérions, et qo'il estoit a désirer et que Dieu aussi requerroit de vous. . . Mais poiirce que Satan De tasche qu'a nous plonger en desespoir pour nous aliéner du tout de Dieu , cognoissant les astuces, pour y obvier seulement, tenez ceste mesure qu'a deus ou trois offenses vous n'adiouslerez point le comble. Vous n'avez pas résisté devant les jugea comme vous deviez. Vous avez trop accordé a voslre mar^ pour luy complaire. Ce n'est pas petite offense, quand vous declaircza un incrédule, que vous estes preslc de le préférer a Dieu. . Car il a monstre si bonne marque de son élection en vous, qu'a bon droit nous debvons espérer qu'il fera fructifier la bonne semence a laquelle il a donné vires racines en vosiro cœur. De vous spécifier comment, et a quelle condition vous pouvez consentir de relorner a vostre mary, je n'ose pas : pource que de si loing, beaucoup de circonstances me sont incogneues

CelOd'apvrill558.

Vosire tres-humble frère,

Charles DespeeiUe.

A aONSIXUR QAHDCIOT, PBIS^KNIER A IHEIinN.

Combien que je suis assez persuadé que de longue nain vous avez prcmedilé comment pour sousienir les

assaubts qo! noua Boat dressés , il voua falloit eslre armé et iDuay , et ne double pas outre ce que Jesus-Chrùl fait protîter en vous au bcsoiug la doctrine que vous avez aprÎDse en son CEchole que ceulx qui sont plus pro> chaîns de vous s'y eniployent fidèlement en tant que l'accès leur est donne. Si n'ay je pas voulu faillir a m'acquitter d'une partie de mon debvoir. Je ne snis pas asseurc si la présente viendra iusqne a vous, maïs quoy qu'il en soit ce m'est quclqu'alegenient cl demy repoi d'essayer ai de ma pari je pourray aulcuncineDtvoiu aider en voslrc combat. Nous avons bien tous a louer Dieu de l'enlrée qu'il voas a donnée, laquelle il fera servir plus que ne pouvons estimer, et de faict il noos faull tenir ce poinct résolu , que Dïeu a produit comme par la main pour eslrc lesmoiog a sa vérité au lieu dont elle avoit este forclose jusques icy. Mais qu'il voas loavienne qu'en vous donnant telle magnamité pour la première poincte, îl vous a tant plus oblige a soy de persister constamment, en sorte qu'il y aaroit moiaï d'excuse de reculer que de ne vous eslre advancé. Je conçoy bien en mon esprit une partie des alarmes que vous avez desia expérimenté, et encorea n'est ce pa* la lin, mais quand ils seroient cent fois plus aspres et rudes, si est ce que le raaîslrc auquel vous servez mérite bien que vous y résistiez jusques au bout ne défaillant pour rien qui soit. Vous avez par cy devant souvcnl expose vostre vie en faazard pour vostre prince terrien , et seriez encores prcsl d'en faire la seroblance au be- Eoing, d'autant que vous y estes tenu : ce n'est pas raison que le Souverain Roy du ciel et de la terre, auquel le Père a donné tout empire , soit moins prisé , ei qu'il vous face mal d'acquérir des cnnemys pour maiDleoirs* gloire, veu que non seulemcot nous sommes do tout a

iuy, tant de droit dénature que pour le prix inestimable de son sang qu'il n'a pas espargné pour nostre salut» mais aussi que le service que nous lui rendons île peult estre perdu , et que tout ce qu'il nous (auldra endurer pour loy nous sera profitable, comme Saint-Paul se glorifiant que Jésus^Chrisl luy est gaing a vivre et a mourir.

Vous avet desià seuty comme

je croy , que le plus dur assault et le plus difficile est de eeuhc qui soubs umbre d'amitié s'insinuent pour vous

faire fleschir Ainsi ^ monsieur,

eslevant tous vo» sens, apprenez de boucher les anreilles a tons ces soufflets de Salan qui ne taschera qu'a ven* vtner vostre salut en esbranlant la constance de vostre foy 9 apprenez de fermer les yeM a toutes distractions qm seroient pour vous divertir , sachani que ce ne sond qu'autant de tromperies de nostre ennemy mortels « . ^ . Car quoyque plusieurs âiiiourd'buy

ne facent que torcher leur bouche eh reniant la vérité ^ si OÉiK^e que la confession d'icelle est trop précieuse a

Dieu , pour en tenir si peu de compte

Tant y a qu'il fera profiter nostre simplicité pluff que nons ne pensons , si nous suy vona ce qu^il n(>U8 com^

mande ^ . .

De Genève, (0 may 15S8.

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