AU MEUS
Monsieur , Je scay bien quant a l'acte que vous avez faict que les
excuses que vous amenez ont couleur pour amoindrir Ii faulle en parlîe ; mais quand t/>us aurez tout bien considéré de plus près , le tout ne peult gueres alléger devant Dieu. Car vous scavez combien de povres âmes debilet ont esté troublées d'un ielscandallc,et combien de gens pourront prendre pied a voslre exemple. El quand ce mal n'y serait pas d'avoir ruyné ce que vous aviez edi£é, ce n'est pas une offcnce petite ne légère d'avoir préfère tes hommes à Dieu, et pour graiSHer a nne creâlarc mortelle, avoir oublié celuj qui nous a formés, etc.
Itlesmc en vostre personne ils osl
cuyde avoir vaincu nostrc Seigneur Je9U3-Chrisl,aiul
mis sa doctrine en opprobre
Seulement je vous prie de vous desplairc tellement an mal qui est ja commis , que pour le reparer vous rentriez au train que vous aviez bien commeDcé, metlasl peine de gloriflîer Dieu purement, (la suite raaoque).
AU ■ARQris DE vnco.
lOj'uilictlsW- ( A monsigueur le marquis de Vinco estant en Italie).
IHoDsigDeur ,
En vostre nation , vostre absence a porté grand dommage^ pource que vous eussiez esté propre a obvier i beaucoup de troubles qui sont survenus les uns après \e$ aullres, et coDlînuenl cncores a présent. Nous fusmei
coDlrainls il y a quelque temps , aprcs avoir essayé tout ce qai cstoit en nous, d'appeler en cansisloire niisscr Georges, M' Sylvestre et ftP Jelian Paulo. Toutefois corobien qu'ils cusseot lourdement failly,si les renvoia-lon'avcc une enbortatioa bien doulce. Tantost après ce pauvre fantastique médecin, estant poursuyvy de sa mauvaise conscience , ponrce qu'il vcît entrer uo olilîcîer a la ici^on, se feîl a croire qu'on le vouloit saisir et sur cela s'eofuyt bien veiste. Lors plusieurs choses se decouvnrcnl, auxquelles il a fallu remédier. El d'aullenl que pour guérir ou purger le mal caché, il estoit requis de le tirer en claîrtc , je pensay qu'une confession pure et 6Ïmple seroit une bonne espreuve et utile, pour faire declaîrer a chacun qui il esloîl. Je pense que vos amys vous ont envoyé un double , comme je les en ay pries. lÎD jour après la leçon par l'aulhorilé de messirs l'Ësglisc fui assemblée sans grand bruit De scandale. La confession estant leue et briefvcment dectairce avec beaucoup de rem onslra aces , que ce n'cstoil pas sans grande nécessité qu'on procedoit ainsi, il fut permis a chacun d'objecter ce qu'il auroit a l'encontre, ou alléguer ses scrupules. Ce qui fut faict avec telle licence et si exces- •* sive que vous aurez horreur estant icy , d'ouyr ce qu'on souffrit alors de Jehan Paulo. Eo la lin louiefoîs toug s'accordèrent a soubscrire; mesmo un certain Valentin, qui n'esloil pas comparu en la compagnie, s'excusant d'estre malade, Quant a M' Jehan Paulo, aiant desgorgé son venin , il print tantost la ctcF des champs. Or nous pensions que tout deust estre en repos, d'aullant que chacun s'estoil dcclairc, et protesté soubs peine d'estre tenu parjure et infâme d'adhérer a la confession. Mais cela n'a gucres duré, pourcc que Valentin qui est mainlent détenu en prison comme double et desloial , a
tenu comme eschole en cachette pour semer ses
qui sont en ce polnct aussi détectables que ceux de Se^
vet, comme de faict c'est quasi tout UD
Il y a aussi le jeune Sarde , qui n'est pas lel y d'aallaiK qu'il désavoue les res-rerees dont il a esté enlaché. Mû pource qu'il s'opiniasire a njer les faultes , âesqoella il est convaincu , je ne scay q&'il en sera. Si on l'euat pa induire a venir rondement a compte, j'avois desîa obtenu pardon pour luy. Mais Dieu ne le permeci poînL Combien qu'aulcuns de la nation soient suspects, si est ce que je n'apperçoj pas qu'il ail beaucoup de complices; mesmes ceux qui luy eussent peu favoriser par c^ devant, en doîbvent bien eslre degousLés , depuis qu'tk ont veu comment il demene sa cause. Car on les y a appelés pour en estre lesmoiogs. Si est ce que je desirt bien, pour aullres maladies secrètes de l'Eglise, que TOUS aoiez bienlost de retour. Car je veoy de jour M jour que les uns s'enveniment contre les autres. Quand vous seriez icy , j'espère que par voslre aide Dieu j donneroit meilleure issue. Si vous targez, j'essayeraj tout ce qu'il mo sera possible a tout appaiser. Du cosU de France il advint il y a environ deux moys quelque escarmouche a Paris, pource qu'en une place aommé le Pré aux Clercs plusieurs gens en grande assemblée avoient commence et poursuyvy a chanter les Peeaumes. Mesmes le roy de Navarre avec telle suytte que vods pouvez estimer, s'esloil mîs de la bande. Plusieurs a ceste occasion ont esté pris. Tant d'edicls onl esté publics livec grosses menaces , que la chose a cessé. Cependant, lu. d'Andelot estant mandé du roy pour lu) Caire peur, s franchement confessé sa foy devant luy. Sur quoy eu colcre û fut envoyé en la ville de Meam «.vec dix archers, et delà a cs.lc transporté au chaslcan
àe Dtelua. Or mousoigDeur, a graod peine pourriez vous croire commeDl Dieu a bcsoDgQé puissammeDl eo luy. Oa l'a sotlicilé de toutes paris pour le séduire , sa femme luy monslraDt son venlre pour l'camouvoir a compassioo du fruicl qu'elle portoit ; son frcre le cardinal , el aussi messagers subornés. On rcqueroit seulement qu'il confessât devant le roy la faultc d'avoir parlé inconsidereincnt, et eo trop grande audace. Vous serez esmerveillé, oyant icy plus au long en quelle vertu it a résisté a tous assaulls; ce que nous scavons non point par rapport d'auttruy , mais de ses propres letres. Quoy qu'il en soit, il a si bien appris ceste leçon , de renoncer a tout ce qui. le peult destourner du bon cbcmin, que tous ses parens el sa femme se déportent de le plus molester, n'espérant, fjointd'y plus rien gangucr. niaintenaut que les menaces ont redoublé et qu'il a este bien informé par les arays, que c'estoit cbose conclue de l'emmurer pour toute sa, -vie, vous verrez par ses lelres comment Dieu l'aconfcrmô ea cesl acte, cQiume en toute la procédure qui avoil. este auparavant. Je ne vous en dy non plus , pour ce. que je scay bien que vous considérerez aSsez de vousinesmes de quoy cest exemple nous doit servir. J'auroîs pour allonger ma Iclre trois fois auttant, n'estoit que. j'ayme mieux vous tenir en dévotion de rclorner bicnlast. Car combien que vous attendiez d'avoir une pariio. de nos fascheries, vous ne serez pas retardé de venir, espérant de servir a Dieu: ce quî vous est plus que toutes,
IfBJoycs du monde
Ce 19 de juillet 1&58.
Vo^trc serviteur et humble frcrc,
Charlet Detpeeilie.
A nONSEIGNEUR LE CODITE D AIlADi.
' IHonscigaeur ,
J'ay a m'oxcuscr en premier lieu àe ce que je respond a vos lelres si longtemps après qu'il vous a pieu me le» escrîre. . Il ne s'est point présenté messager
scur jusques aujourd'hui pour vous mercier de la peine que vous avez prins de voslre grâce , me faire scavoir si bonnes nouvelles, qui m'onl donné de quoi m'esjouir tant cl plus, et magnifier le nom de Dieu, de ce que par sa bonté infinie il vousa rccueilly a son troupeau. Vraj est que ce bien n'est pas fort prisé des graos de ce monde, qui ont les yeux esbiouis de l'honneur Auquel' J ils sont eslevés. . . Tous protestent bien itef
vouloir eslre cbresticDB, et propbanenl ce sainct nom l'aianl tous oommunemenl en la bouche ; maïs puisque Dieu vous a esclairé en la pure congnoissance de sa vérité, vous pouvez aisément juger monsieur en faisant comparaison du blanc et du noir combien peu de gens tiennent le droit chemin. Cela vous doit tant plus faire priser ce Ihresor inestimable de l'Evangile; roesmes d'aultant que nous sommes appelles en si petit nombre, nous sommes estroilement obligés en ce bon Dieu, qui nous a regardes en pîlié. ... Je suis bien ayse, monsieur , que vous aicz le capitaine Bourdigh auprès de vous , lequel selon le bon zele que j'ay congneu en luy d'advanccr le rogne de Dieu, vous scr-
AFPEMBICB. 361
Tira de bon exemple. Je croy aussi que vous Tavez retenu a telle iio désirant surtout avoir gens a vostre service qui vous aydent de servir à Dicu^ tellement qu'il domine et soit honoré tant de vostre suytte^ que de vous, qui estes le chef. ... A quoy je ne double pas que nostre frère maistre Knochs s'emploiroit voluntiers : comme de faict il Ta monstre^ mais pource qu*aiant telle charge icy, il n'est pas du tout en liberté ^ il fauldroit qu'il eust certain inoyen et adresse. Ce 1 d'aoust 1558.
A Ii'eGLISB nx POTIERS.
1 aouftt 1558.
Tres^hera Seigneurs el frères ,
Nous avons icy amassé entre nous ce
que nous avons peu. Tant y a que ca este pour fournir a ce qui restoit. Nous estions en délibération de faire quelque poursuyle vers Tun des princes de Saxe qui est aujourd'huy en France lequel a bien promis de s'y cm-
ploier
De 1 d'aoust 1558.
ses APPBKDICK.
A HOIISEIGIS^EUB l'aDVIRAL. *
4 septembre iSK(8<
Monseigneur 9 '
J'espère qu'après avoir leu la présente ^ d'auliani. qu'elle vous sera ung lesmoignage du seing que j'ay de 'irosire salut^ vous ne tiendrez pas maulvais que je vous
Taieescrite '.
Or ce n'est pas assez de se monstrer vaillant et ne point deffaillir ou perdre couràige en adversité sinon que nous aions ce regard de notis submectre du tout a la bonne volunté de Dieu et nous y accorder paisiblement. Or puisque il vous a desia donné telle constance il n'est plus besoing comme on dit de vous y exhorter^ seulement je vous pricray de penser plus oullre^ c'est que Dieu en vous envoyant ceste affliction vous a voulu comme re*. tirer a l'escart pour estre mieulx escouté de Luy. . .
Par quoy, monseigneur^ je vous prie
d'aultant que Dieu vous a donné ceste opportumité de profiter en son escolle comme s'il vouloit parler a vous privement en l'oreille d'estre attentif a gouster mieulx que jamais que vault sa doctrine et combien elle nous
doibt estre précieuse et amyable
Vray est qu'aujourd'huy toutes choses seront plustost permises que d'honorer purement Dieu tellement que. vous ne pouvez luy rendre fidèle debvoir qu'il ne vous.,
^ ( hiJpi'iuiée cil latin page 2iA. )
faille soustcoir beaucoup d'alarmcii, ou pour le moius qu'il ne vous faille sousteoir plusieurs murmures el menaces. Tant y a que l'hooueur de Dieu vous doibl eslre tellemcDt privilège que le reste soîl mis bas auprès et sa grâce mérite bien d'eslre préférée a toutes faveurs des
créatures
Ce i septembre 1558.
CALVISUS FARELLO.
Meuse septembre IS9S:
Quum tibi coram dixissem me ad nuptias vel sponsalia non venlurum, quia neque fieri potcrat neque expedirî ducebam, miratus sum quid tibï vellei nova invîiatio. Ut maxime cupcrem quod rogas , prohibeo lamen multîii
causis
Ulinam polîus sccutus esses quod probaberas , ut staliin a rcdilu accélérasses sponsalia, uuac difTereodo, non dubilo te fovisse multos clandeslinos scrmones qui poslea liberius erumpent. Nam quod pularem prorsus occultam esse longe falleris. Quum îstac uuper Irausirct Collongiusjam minisler Agaiopolilanus scicbal ; scito igilur multos qui apud te dissimulant, clam susurrarc. Ego igitur quum rem putarem esse confeclam, coUegas meoa admonui, ut si quîd audirent placide reLuodercoteermones; quamquam simul rogavi ue rogarcot.
S6& APPimncB.
FABELliUS CALVISO.
r^eocomi 6 septembre 1558..
Per Heliam nuper scripsi, et hic verbis coram reféret omnia quaefM:ire iecopio. Dispicies prudenier qua ralione quas nemo non judicabit acta imprudealius minus offendere possini; el si quidinde œdificatioois posas ellicere. lia iamen ne dun) mihi consulium curas et mihi mederi, tibi tuoque tam insigni notam inieras , aliquidque morbi contrahas. Halo enim in .Christi gloriam potiora stare quam détériora istorum incommodo inclinanium suUevari. Vale et nos precibus adjuva, ut nos propitiusintuea-*^ tur dominusj cujus manu opus habemus fulceri^ ne corruamufi priusquamadmetam perveniamus. . . • .
FareUus iuus lotus.
CALVIN AUX PASTEOBS DE l'eGLISE DE NEUFCHATEL^. TOUCHAIT LB MARIAGE DE FAREL.
Genève 26 septembre 1558.
A rocs' bien aymés frères les pasteurs et minisircs de l'Eglise de Ncufchâtel.
TràsHihcrs frères.
Je suis en telle perplexité que je De scay par quel bout conunencer à vous escrire. Il est certain que le pauvre frère maislre Guillaume a esté pour ung coup si mal adviâé qu'il faut que nous soyons tous confus ea honte avec luy. Mais lanl j a que je ne vojs poini qu'on y puiiiâo donner tel remède que j'ay entendu qu'on a désiré commencer. Car puisqu'il n'y a nulle loy qui empcscbe ung tel mariago, de le rompre quand il est faict, je no scays s'il seroit licite ; tant y a que le scandai en sera augmenté davantage. Si c'estoit une personne privée je y trouverois plus de moyen, maintenant que diront les malins et que penseront les simples, sinon qua les prcficbeurs veuillent avoir une loy à part, et qu'en faveur de leur estât ils rompent le lieu le plus ferme du monde. Car combien que vous tiendicz à aullro lin si estimera ou que vous prenez un privilège par dessus les aultrce, comme sî vous n'estiez subjects a la loy et régie commune. Si on eut estéadvcrtidufaict de bonne heure, il eut fallu rompre ceste folle entreprise, comme d' ung bomme qui eut oublié toute raison ; maïs puisque avec le reste du mal, il s'est précipité eusorte qu'il n'est possible de le relever de sa cheute, advisez si le remède est convenable d'aanéantir ung mariage qui est desja faict. Si on allègue que telle promesse estant contre l'ordre et bonnestelc de nature ne doibt pas tenir, advisez si ce vice n'est point a supporter comme beaucoup d'aultrcb, quand on ne les peut corriger. Il y a demi an que le pauvre frère eut prononcé bardimeni qu'il eut fallu attacher comme nng bommc radotte celuy qui eu si grande vieillese eut prétendu d'avoir une si jcuue Jillc, mais l«
9 chose cslanl faictc, il D'est pas aisé de la casser du tout.
Quant a moy pour ce que je De jugerai pas qu'il s'en
peut dcslîvrer ny que dous eussions le inoien de ce faire,
je luy dits qu'il s'en valloil mycui.v despcchcr, qu'ea re-
culant allumer de plus cd plus les bruits. S'il y eut ea '
fraude ou circumvcrlioo d'ung costé ou d'aultre, le rfr-
medc y seroit bon et propre , mais puisqu'il ne rest*
qu'une raison de l'inégalité de l'cage, jetenois le faict
comme une maladie incurable, laquelle ne fait que s'ai-
I grir et empirer par les mcdecincs. Voyià pourquoy aprè*
j' luy avoir faict mes complainles assez picquautes , je
m'abslenois de luy en dire plus avant de peur de lo
I mettre du tout en désespoir. Kl de faict j'ay toujours
craÎDt et deviné que cecy luy causeroît la morl par les
, coDBéquences que j'ay préveues. Si pour le moins il eut
suivi mon conseil de ne se point retirer du lieu, on eut
y trouvé quelque voye plus douce et roodcrce ; maintenant
I son absence a esté cause qu'on y a tenu plus rude pro-
I cedure et violente; en quoy j'ay double pitié de lay,
I iDaÎB je suis confus de mcsme d'aultant qu'il semble qu'il
s'est voulu exclure de tous moyens, toutefois ne laisser
ray point de vous prier de vous souvenir comment îl
s'est employé par l'espace de 36 ans et plus à servir Dieo
et edefîer son Eglise, combien ses labeurs ont profile et
I de quel zèle il a travaillé et mesaie les biens que vous
r avei rcçeus de luy ; et que cela vous induise à quelquo
humanité, non point pour approuver le mal, mais poun
n'user point de rigueur extrême. Cependant pour ce qua
ce n'est pas à moy de vous donner mesure, je prîeray Diew
de vous y guider en telle prudence et discretiou, que le
I scandale s'amortisse au moins de mal qu'il sera possible
et que le pauvre frère ne soit point abismc de tristesse.'
Je prie d'cslre humbIcmeDt recommande à Messieurs da
la Tille, auxquels je me suis dcpnrlé d'escrire pour ce que je suis comme muet d'esloauement. Cependant je prieray de rechef noslre bon Dieu et père qu'il vous ajt tous en sa garde, vous augmente en tous biens et fortifie en loule vertu, a ce que son nom soit toujiours glorifie en vous. ' . , .
De Genève ce 26 septembre 1558.
Vostre humble frerc , Jehan Calvin.
A SAIKT-LIRNARD. '
(Elle pourroit cslre imprimée en teisaotlenom de Sainl-Leonard. )
La charité de Dieu noslre Père et la grâce de noslre Seigneur Jésus-Christ soit de jour en jour augmentée sur TOUS par la communication de Saint-Esprit.
Trcs-chers frères ,
Je rends grâce a nostre Seigneur, tant de ce qu'il luj plaist d'accroislre journellement le nombre de son peuple entre tous que de ce qu'il vous entretient en la cognoissance de sa verilc, après vous y avoir une fois ap-
* L'ori(;in«l de eu trois leltres se trouve dins la bibliotliêqne de M. Tronclim à Lavigny.
' ( Iniprimce en Utiii page 230. )
pelcs, nonobslaat loules les ntachiiialioQB de Sathaa ft toules les resislances qu'il faict, pour desiruire oa em» pescher l'œuvre de vosire salut. Or comme je mesiooii de ce qui est desia : aussi ai îe bonne espérance poar l'advenir, que ce bon pieu n'a pas coiumeuce d'espendrA ainsi sur vous ses richesses, pour retirer inconlinenl sa main. Car il nous fault estimer, que c'est le principal el le plus singulier tesmoigoagc qu'il nous puisse donner en ce monde de son amour paternel, que de nous révéler la cognoissance de son Evangile, veut que la nous pouvons contempler sa face en Jésus-Christ pour estre certains qu'il nous rei;oil au nom d'iceluy, et nous a pont agréables comme ses chers enfans. Et ce par sa bonté infinie, veu qu'il ne trouve en nous que pauvreté et misère : qui seroil pour l'induire plus tost a nous rejeclflr qu'a nous accepter : sinon qu'il prinl occasion de voslrs malbeurete, d'esercer envers nous sa miséricorde. ¥at quoy, mes frères, qu'il vous souvienne, que toat Ainsi que du commencement le Seigneur Jésus a este graliùtW ment promis du Père céleste a nos pères, c'est-à-dire aux premiers patriarches, cl a tout le peuple d'Israël, sans qu'ils eussent rien de leur consle ponr estre digne» de recevoir un tel bien; tout aiosî pareillement qu'il 4 este expose a la mort par la pure miséricorde du Père» pour la rédemption de ceulx qui cstoient ses-ennemys: que aussi malntenanl il voue a este présente en salut, pat une mcsme grâce. Car nous expérimentons tous e»fsemble, comme Dieu vérifie en nous ce qu'il a dicl pH son prophète Csaïe (LVI. 1 .) assavoir qu'il s'est mono» Irc a ceulx qui ne le clierchoicul pas, et est apparu ■' cculx qui ne s'enquerroient point de luy. Nous eslioDI errans a travers champ comme pauvres brebis egaresï et ce bon pasteur Jésus-Christ par l'ordonnance de DioS'
son Père nous est veau chercher pour nous amener ea son trouppcau. Qu'il vous souvienne doncq, comme j'ay dict de quel abysmc vous estes sortis pour entrer au royaume de Dieu, de quelles ténèbres Dieu vous a retires, pour vous conduire en sa lumière, de quelle mort il vous a ressuscité pour vous appeller a l' espérance de vie. Cognoissez semblablement, que c'est de sa pure bonté que maintenant il vous faict persister en sa sainte Parolle. Car quelle estnostre fragilité, si non qu'il nous soDslienne par sa vertu? Or ccsle remonstrance voua doibt servir a double fin , c'est qu'en crainte et humilité vous appreniez en vous déliant dp vous-mesmes mettre entièrement vostre appuy et confort en luy , veiller en prières et oraisons , estre louiours au gp,et pour résister au Diable, vous armer et munir de la vertu de Celuy, lequel seul vous peult donner victoire. Secondement, qu'elle vous incite et enflambe a aymer ce bon Dieu d'un amour d'aultant plus ardent, que le sien qu'il vous a montré est non seulement grand, mais inestimable, afin de ne vous rendic indignes de ses bénéfices par vostre ingratitude. Car c'est bien raison que noua respondions a sa vocation ou aultrement qu'il nous laisse là et nous rejecle, pour se venger du mespris et contcmnement de sa grâce. Advisez doncq mes frères de cheminer ensorte, que vos parolles et vos œuvres rendent tesmognage que vous estes enfans de Dieu. Je scay quant a la confession do vosire chrestienlé en qu'elle captivité vous eslcs> Et ne suis pas tant inhumain , que en considérant les dangers je ne supporte vosire inlirmilé , en ce que vous ne déclarez pas à bouche ouverte devant tout le monde, ce que Dieu vous a donné a cognoistre de son Evangile. Toutefois il n'y a danger qui vous excuse, qu'un chacun de vous selon la grâce
qu'il a reçue , ne soit tenu d'édifier son procbaia , laot qu'il eo a le moyen ou occasion. Car vojIé
ce que aulcuns appellent priulence, d'cogepTelîr Jesai Christ , de peur d'encourir la haine du monde. Ne soyez pas doncq, mes frères, semblables a eulx n a Esau qui pour une esculée de potaige vendit sa | mogeoiture. Tout ce qui apparlteol au corps qu'une cscuice de poiaige au pris de la grâce d'adoptii que Dieu nous présente. Ne prisons doncq pas tant li choses de nulle valeur, que nous oblions l'herîtaige ' incomparable lequel nous est présenté. Quant a toule voslre vie en général , vous avez à consulter la merveilleuse corruption qui est aujourd'huj par tout le monde; non pas pour faire comme plusieurs assurent d'aller avec les loups , ni pour penser que cela vous doibve servir d'excuse pour amoindrir vostre peine , si vous faictes comme les aullres. Mais pour vous contregarder de tant plus, alia de ne vous laisser séduire ou contaminer par mauvais exemples. Car de vray nous avons à cheminer entre les espines, quand nous voyous le monde ainsi pervers. Ne disons pas doncq tout le monde faict ainsi; veu que nous voyons un detuge de toute iniquité qoï est deshordé sur toute la terre. Ne regardons pas aussi l'un l'aullre, pour dire un tel le faict bien. Carchascoa portera son fardeau. Ne disons pas non plus, c'est nicn naturel , veu que la première leçon que notre Seigneur Jésus nous donne en son escole, de renoncer à nousmesmes , et ny a rien à quoy le Saint-Esprit nous exhorte tant par toute l'Escriiure, qu'à mortifier nostre chair et subjuguer nos affections et les captiver en l'obeiseaoce de Dieu. ■ Car le jugement de Dieu ne fleschisl
pas pour les niauvayses couslumes des hommes. Il a uat foys prononcé qu'il ne laissera pas impuoy qui
quiconque ■
preadra son nom ea vaia. C'esl un arrest irrévocable. El de faicl la rayson le veull bien. Car en quelle recommandatioD nous doîbt eslrc la âîgnilé de ce sainct nom
sous lequel tremblent toutes les créatures
Touchant les jeux (el les tavernes ou
aaltres gourmandises ) ' et oultre la perte du temps et le debaucbement , nous voyons combien ils emportent de mauvayses conséquences. On s'y consume despendant inutilement ou pluslost dissipant malheureusement ce qui devroit eslre bien employé en aultre usage ; puis débats ou niescontemens en proviennent. El depuis qu'un homme y est acagnardé, son esprit y est quasi abouty. Je laisse pour briefveté aultres înconvcniens infmis qu'on expérimente tous les jours; qu'on ouvre les yeuU^ el on les verra trop clerement. Pour le dernier, frères , qu'il vous souvienne que nous ne pouvons estre enfdns de Dieu, que nous ne soyons unis en charité fraternelle; et pourtant qu'elle est appellée lien de perfection, d'autant que c'est le principal poincl de la vie chrestienne , et lequel Dieu nous recommande sur tous les aultres. . . Car il
n'y a nulle peste plus contraire a charité que l'oultre
cuydance Il est vray que les persécutions
sont bien fascheuses et ameres, el qu'il fault bien que Dieu besongne puissamment en nous pour nous fortifier que nous ne soions point esmeus ny csbranlés par icelles. . . . . Or combien que toute doctrine perverse soit poison mortelle, toutesfois jamais n'y en a eu de semblable a celle dont le Diable a infecté vos quartiers. C'est de cestc mauldiclc secte des libertins qui se nomment spirituels
* Eu marge it I
A MES THES-CHEKS FRERES LES TBOlS , ClC.
IS lebvrier JSBO.
(Il escripvii cesle lellrc aux trois prisonniers qui estoient en la conciergerie de Paris, l'un esloil Domroé lUeric Favre, qui avoil esté pris en l'assembicc de la
rue Si. Jaques).
Tres-chera freresî
, . . . Pensant comme je suis secouru, èl »ous a l'opposilc cruellement molestes et Iraîlcs, non-seulement j'ay occasion de prendre patience et m'alleger, maïs d'estrc louché de plus grande pitié , et de gemir pour les tentations dont tous pouvez eslro assaillis ; aûs^ I priez nostre bon Dieu , qu'il adoulcisse voslre tristesi* ' et vous fortifie contre tous assaults lesquels si vous trouvez rudes cl difficiles a sousieoir, ne vous csbahiesez point, sachanl que la vertu de nostre foy n'est pas d'es- Ire insensibles, mais de balaillpr contre nos passions! mesraes que Dieu nous veiill faire sentir l'aide de e Esprit par nos infirmités, ainsi qu'il fut rcspoodu a St.^ Paul. Sur tout pour ce qu'il ne se pcult faire que M'I longue prison ne vous ennuyé, en vous humiliant , ntf j doublez pas que Dieu ne supporte voslre faiblesse quanf; vous y résisterez. Cepeadant invoquez-le. Du reste tenez-vous asseurez qu'eslaos entre les main
1$ fidelihut.
de vos eoDemys , vous ne laissez pas d'estre en la protection de celuy qui a les issues de mort en sa main , comme il est dict au pseaume^ et par ainsi a des moiens infinis pour nous délivrer s'il luy plaist. .....
Le 15 de febvrier lSiS9,
Vostre bon frère y
Charles Despeçille^
A MADAME l'aDMIRALLE.
S7 Csbvrier 15K9.
Madame ,
Le bruyt common toachani la délivrance de mon*^ seigneur nous a donne courte joye pour quelque petit de temps , et d'autant nous a ce esté plus grant regret d'entendre tantost après que nous estions frustrés de nostre désir et opinion. Mais combien qu'il en soit aultrement advenu si vous fault-il pratiquer ce que l'Escripture nous monstre que la foy est do longue attente , et qu'il ne nous est point commande d'estre patiens pour ung an ou pour deux^ mais tenir nos affections en suspend jusqu'à ce que le temps opportun soit venu. . .
27 febwier 1559.
A nOHSEir.NEUR LE DUC DE LORGDErn.I>K.
Monseigneur,
Je remercie noslre bon Dieu de ce que tous avez J rcceu mes Ictres humainement , prenant goust et plaisir | aux admoDilions qui y esloieat contenues. .... Vous cDgnoîssez que vous avez besoin d'eslre sollicité sans cesse veu les desbauchemens qui vous environnent. . Je ne vous allegueray pas le Irain ordinaire do la cour, seulement je prcndray un exemple particulier du triomphe des Dopces qui a esté ces jours passés, ou possible dure encore a présent. Je ne suis pas si austère que de condamner ni les festins des princes , ni la resiouissance qu'on se meine en leur mariage, itiaîs je suis asseuré, iDonseigoeur, quand tous entrerez en vous-même, ayant recueilly vostre esprit des pompes, vam'tcs et excès dont il a peu estre égaré pour uo petit J de temps, vous jugerez qu'il n'y a qu'abyme et conflM sion
2G may 1559.
APPINDICIÇ. Z7$
A LA BIAR(^UISE DE ROTHELIV.
26 may 1^9.
Madame 9
Estant adverti que mes premières lettres avoient esté bien receues de monsieur vostre fils, et qu*en continuant je le pourroy avancer au bon chemin , je n'eusse
pas tant attendu a luy escrire Or j'avoy
choisi une leçon qui luy estoit bien propre : pource que le prophète Amos descouvre et reprend les vices de la cour ^ sans nieiitespargner. Car il y va en rusticité^ comme un vacher ou un berger^ tel qu'il estoit de son estât , quand il fut appelle a la charge d'enseigner. . . .
26 may 1559.