‹ Histoire de la réformation de la SuisseChapitre 9 sur 257 · ET CONDAMNE A MORT A DBBNE, 83 ^M · texte numérisé non relu

ET CONDAMNE A MORT A DBBNE, 83 ^M

leur faire savoir que si quelqu'un d'eux voulait soutenir J la docirine de Calvia sur la Trinilé, il devait se rendre à ^^^^H Gex dans la huitaine, pour disputer avec lui ; à telle con- ^^^^^H dition, que celui qui ne pourrait pas prouver son senti* ^^^^^M ment par la pure Parole de Dieu , serait mis à mort ^^^^^H comme un imposteur, et que si personne n'acceptait le ^^^^^H délî, le bailtif et tout le conseil de ville prononceraient ^^^^^| que Gentil avait des senlimeDS orlhodoscs, touchant V Dieu le Père et son Fils Jésus-Christ. Le baillif avait I ctc déjà choque et irrité contre lui, pour l'afFront qu'il ^^^^H lui avait fait de lui dédier sa confession de foi, comme ^^^^^| s'il eût été compagnon ou fauteur de son hérésie, d'au- ^^^^^| tant plus que cela avait rendu sa foi suspecte à Berne. ^^^^^| Loin donc de lui accorder la dispute qu'il lui deman* ^^^^^H dait, il le fit arrêter; cl ayant donné acis de sa détention ^^^^^| h ses Seigneurs, on le conduisît par leurs ordres à Berne, ^^^^^H oii il arriva le Idjuillel, et on lui Ttt son procès. Sa cause ^^^^^H fui examinée pendant plus d'un mois. Dans tous les in- ^^^^^H lerrogaloircs qu'il subit, il soutint ses sentimcns avec ^^^^^H beaucoup de fermeté. Les ministres de Berne, et Bèze, ^^^^^| qui ee trouva alors à Berne y étant allé pour d'autres ^^^^^H affaires, tâchèrent de le ramener de son égarement et ^M eurent diverses conférences avec lui. ]>]ais comme il H persévéra opiniâtrement à soutenir ses hérésies et ses in- ' vectîves înlolérahles contre notre doctrine sur la Trinité; que l'on trouva sur lui quelques livres qu'il avait écrits sur ces matières, et qu'il avait dédiés au roi de Pologne ; et en considération de ce qu'il avait violé le serment qu'il avait prêté n Genève, en se rétractant; afin qa'il ne put pas davantage scandaliser l'Eglise, et lui causer du mal, le 10 septembre, il fut condamné à perdre la tête, persévérant jusqu'à la fin dans ses blasphèmes. On voit toutes ces choses rapportées exactement et II

détaillées fort au long dans un livre <]ue Béncdicl Arelius, professeur en théologie à Berne, publia en lalia S sur ce sujet. '

XXXI. Cette année les anaba|)lîsie8 donnèrent beau-' coup de peine aux Seîjînpurs de Zurich et de Bern Le baîllif de Rnonau, dans le canton de Zurich, en sai-* sit un l'an 1564, nommé André Goul, el le mit en prî->, son. Il promit que ^i on voulait le relâcher dans qnÎDZf jours, il renoncerait il son erreur, ou viderait te pays avec sa femme el ses enfans. Mais quaod il eut obtenu' son élarfiisscmenL, il ne voulut faire ni l'un ni l'autre: au contraire il devint plus insolent el plus intraitable qtirf jamais. Le beillif en donna avis à ses Seigneurs, qui loi ordonnèrent de le faire saisir de nouveau et conduire ea prison. Après quoi on lui (il prêter serment de bannisse^' menl; mais nonobstant son cns;a^emeot , il demedri^ dans le pays, et lui et un nommé Henri Scbnewli , avM vingt autres, continuèrent à faire des assemblées daiM les bois et dans des lieux écartés. Le sénat de Zurich ei ayant eu avis, ordonna de les conduire prisonniers daag la capitale, autant qu'on en pourrait saisir.

Mais ce qui arrivait au canton de Zurich était peu df cbose en comparaison de ce qui se passait dans celui SS Berne, où les anabaptistes se multiplièrent exlrèmo^' ment, en divers endroits du côté de l'Emme. A celle oc* casion, le souverain conseil envoya des députés daiil^ leur pays allemand , pour y tenir les chapitres, avec le| mêmes ordres et le même pouvoir que deux ans auplè ravant. On attribuait la faute de l'accroissement de c

' VoT« aussi Sptin el not, p. 303. Hotllug S97. 893. llaller 15f' «t 138. Steltl. 219. !..

• 011 Ul- IW-

ET OAHê LE CAHTOn DE BEnilE, SU

ficbisme fâcheux »nx ministres qui vivaient d'une maoicre mal scaole, mêiue impie el scandaleuse. '

On devait donc les exhorter très- fortement à mener une meilleure vie, avec menaces de punition s'ils continuaient dans leurs désordres. Mais le souverain conseil ne s'en tint pas là ; ce n'élail qu'un préliminaire nécessaire pour prévenir le mauvais succès des mesures qu'on voulait prendre pour guérir le mai. Le mois de mai suivant on nomma des conseillers, qui furent chargés d'aller par toutes les paroisses du bailliage de Trachselwald, et d'autres pour aller dans les paroisses du Sîgnau, Riithenbach, Dicssbach, Slcçfiisbourg, Wicbdorf, ftlunsingen, Uocbstettcn, Diglcu, Walkrîngea et Worb, lous lieux oii les Anabaptistes s'étaient multipliés. Ils eurent ordre de faire assembler chaque paroisse, de leur proposer s'ils voulaient se conformer à la réformalion do LL. EE. ou non; d'assurer de leur protection ceux qui seraient obéissans, el leur proposer un serment à prêter; de bannir tous ceus qui refuseraient de le faire, et do leur donner terme de trois mois pour vendre leurs biens ; à cette condition que, quand dans une famille où un père serait obéissant, et la mère el les eufans non, ou au contraire, la partie obéiësantc partagerait les biens avec l'autre ; que ceux qui se seraient souf traits de cette convocation, pour éviter le serment, el qui après cela voudaient venir chez eux, seraient traités comme perfides el rebelles, et puni'» par l'épée ou noyés : et ceux qui après avoir promis l'obci'ssance, se révolloraient, devaient être mis en prison, punis de mort et leurs biens coofisqoès.

H y en eut plusieurs qui prèlèrent serment d'obéir.

' liislr, G, 38:i.3'JI.:.y3 lljllorl33.

66 AtlABAPTISTB Ml

Plusieurs autres aimèrent mieux s'exiler de leur patrie , vendireol leurs bieas el s'en allèrent. Il y en eut aussi qui refusèrent de se trouver dans ces assemblées de leurs paroisses, et qui ensuite furent saisis et condntls à Berne. l

11 j en eut un autre qui, après avoir prêle le sermen|J d'obéissance, le viola bientôt après el rentra dans 1^3 secle. Il, fut saisi et condamné au carcan , le 9 jaillet^J el banni du pays. ■ 1

I>e 30 du inéme mois l^ur principal docteur, Dommé ' Wellhi Gerwer, fut condamné à perdre la tèle. Il avait déjà été saisi une aulre fois, mais il s'était sauvé de prison par le secours d'un serrurier de Bourgdorf qui était aussi anabaptiste, et n'avait cessé depuis de faire des assemblées secrètes el de séduire le peuple. Il était si rusé , qu'il savait se dérober it toutes les poursuites qu'on faisait conlre lui. Mais enfin les Sei^^neurs de Berne ayant mis sa léle a prix et promis cent g-ouides à quiconque le leur livrerait , il se trouva des gens qui , pour gagner celte somme, l'épièreDl sï bien qu'ils le Irouv»reot, le saisirent et le menèrent à Berne. On tâcha de le ramener de son égarement. Mais il ne fut pas poai^ J ble de l'en faire revenir. Sa doctrine tendait à renver^B ser le gouvernement civil et à établir une parfaîlAl anarchie dans la clirétienté; car il soutint toujours 0(»^fl niâtreraent qu'un chrétien ne pouvait poial être magitfS trat. Ce fui là le fondement de l'arrêt de mort que ''oï^| I proDoni;a conlre lui. ^Ê

' L'anabaplismo pénétra aussi dans la montagne dd^

# Diesse, petit pays au-dessus de Bicnne , dont la goo'

verainelé, pour le temporel, était possédée par iodivis par l'étal de Berne el par l'évèque titulaire de Bâie , prince du Porenirui ; mais pour le spirituel elle appap- J

JEAK LE COMTE A UIESSG, 87

lient enticrcincnl à l'ntBt de Berne. Les Seigneurs de Berne y avaienl introduit la rcformaiion et y avaient établi pour premier miaiâlre un prêtre prciélylc, nonirné Jaques Boivin. Il se trouva que cet homme n'avait pas enlièrement renoncé aux dogmes de l'Eglise romAÎne. Il enlrelenait le peuple en diverses superstitions. Sur les ioformalions qu'on en prit ^ il fut déposé de sa charge dans la classe de Nidau, au mois de mai de l'an

1566. Pour pourvoir à celte Eglise, LL. EE. ordonnèrent à la classe de Paterne d'élire un ministre qui eût toutes les qualités nécessaires pour exercer le ministère avec succès dans celle grande et nombreuse paroisse; qui joignît à la science une saine doctrine, une vie irréprochable , et le courage , la feriuelé et la prudence nécessaires pour y établir une réformation entière. Cette classe s'étant assemblée le 7 janvier de l'année suivante

1567, élul pour cet emploi Jaques Le Comte, troisième lïls de Jean Le Comte, réformateur de Grandsun. Ce Jaques Le Comte eut beaucoup de difficultés à surmonter pour réformer eutièrement son Eglise, y ayant à combattre deux sectes entièrement opposées, des papistes et des anabaptistes. It vint cependant heureusement à bout de ramener les uns et les autres, du moins en partie. Ceux des anabaptistes qui persistèrent dans leur Hentiment quittèrent le pays.

Dans ce temps-là on vit porter h Berne un procès siagolier, auquel l'anabaplisme avait donné occasion. ' Un paysan s'élant marié selon l'usage ordinaire el les règles de noire réformalion , avait eu quelques eufans de sa femme pendant qu'il demeurait dans la communion de l'Eglise réformée. Dans la suite il donna dans l'anabap-

' Haller HT,.

tisme pendant que ses cafaos demeurëreat altachés à ta religion el à l'obcissaace due au souverain. Sa femme étanl venue à mourir, il en épousa iino aiilre, maii clandestinemenl cl sans aucune ccréinonic. Il en eut' quelques enfans qu'il ne lit poinl bnpliscr. Ensuite étant morl lui-même, ses enfans des deux lils eurent procèl' enlr'eux pour son héritage. Ceux du premier lit'prélcn*: datent être les seuls hcrilierB et enfans légitimes de leur;, père; les autres soutenaient au contraire qu'ils ciaient aussi légilimes qu'eux. Ce procès porté à Borne devant le conseil souverain , donna lieu à beaucoup de disputes, parce que le cas étant nouveau , on n'avait encore poiot établi de principes lises ï^ur ce sujet. Enlin , il fut résolu, le 16 mars 1567 (et l'on en fit un rcglenicnl pour Tavonir) , que les enfans de ces anabaplimcs qui o'aufaieal point épousé leurs femmes solennellement en fnce de,' l'Eglise, ne seraient poJnl héritiers avec les autres. '

XXXII. La peste continua de faire du ravage dant-' toute, l'étendue du L. corps helvétique pendant l'annéO'. 1566. Elle se fit sentir en piiriiculier dans le pays do» Grisons et fit périr jusqu'à 1 100 personnes pendant l'été dans la seule ville de Coire. De ce nombre furent cnir'aa* 1res deux excellens ministres, l'un originaire du payB,>' Philippe Gallizio, el l'autre, qu'on y avait envoyé d^ Zurich, Jean F^bricius lUonlanus. Le premier fut renH place par Jean Gantnor , et lo second par Tobie Egli> Goetz, natif do Neunforen , dans la Tliurgovie, qui Clait. auparavant ministre de l'rauenfeld et ensuite à Davo9> > Ce dernier eut beaucoup de travaux à essuyer à Coire, k^ cause des anabaptistes , surtout depuis que Gaiitaer , soS' collègue, se fut taii-sé gagner par e(i\.

' HolliiiR. 896. S97. M. S. \mp. M'i, li»t. (1, 300.

HE SALIS BENONCK A l'bvÈCBÉ. 89

Outre cette pesto , le pays des Grisons fui encore agiic par la querelle des deux ecctcsîastiques doot j'ai parie , qui se dispulaieut 1 evcché de Coirc et qui avaient causé «ne division irc$-animce entre les Lî^uos Grises. Ceux de la Caddoe soutenaient vivement Barlhelcmi de Salis, qui était ieur compatriote. Ne voulaul poini se soumetlre à la décision de deux autres ligues qui avaient prononcé en faveur de Béat De Porta , ils appelèrent si\ cantons à leur secours: Zurich, Berne, Claris, Baie, SchnfTbouse et Appenzeli. Les Seigneurs de Zurich marquèrent une journée à Coire pour le 23 mai 1566 et y invitèrent les cinq autres cantons. Berne y envoya ses députés avec ordre de joindre leurs efforts et leurs soins à ceux des autres pour y rétablir la paix. Les cantons assemblés proposèrent quelques moyens d'accommodement que la Ijîguc de la Caddée ne voulut point d'abord accepter; mais la ville do Coirc les accepta , et ce fui ce qui fraya le chejnia a la pacification. De Salis voyant que ce secours lui manquait, sans lequel il ne pouvait point se soutenir, prit le sage parti de céder volontairement à son compétiteur et de retourner à son archiprèlre.

La peste se lit au.^si sentir à Berne et dans le canton. Jean Haller eut la douleur de perdre si-i enfans dans l'espace de trois semaines par ce terrible Qéau, trois fits et trois lilles, dont l'une était à Lausanne et y mourut du même mal. '

Cette année-la on couvrit à Berne l'église de la Nideck qui est au bas de la ville , bâtie à l'endroit où avait été autrefois un château des ducs de Zœrîngue, et il fui ordonné que l'un des ministres de la ville y prêcherait ordinairement, alin que dans ces temps calamilcux les

* Haller 134 iW.

pcrsoDDes ialîriDes qui ne pouvaient pas &e rendre dan^ le Grand Temple, à cause de leloîgnemenl, ne fussent pas privées do l'inslruclion, l'cdilicaiion et la codeoIbtion doDl ils avaiciil be.'oin. Va conseiller, nommé Sebastien Darm , donna cinq-cenls livres pour faire un petit fonds pour cet établissement, qui a toujours subsisté depuis. Jean Ualler fit la dédicace de celte église le |ireitiier dimanche du mois de mai. '

La peste ne fut pas le seul fléau qui affligea la Suisse cette année. On y souffrit aussi beaucoup par des débordemens d'eaux extraordinaires. L'hiver avait été fort rude. Il y avait neigé jusqu'à cinquanle fois, et pour ainsi dire pendant tout l'hiver. Les montagnes étaient tellement couvertes de neige que personne n'y pouvait aller, A l'entrée de l'été , celle quantité extraordinaire de neige fondît presque tout d'un coup et fit déborder les lacs et les rivières avec telle abondance d'eau, qao de mémoire d'bomme on n'avait rien vu de semblable. Le RhÏD, l'Aar, la Reuss et les autres rivières caosèrent un dommage incroyable. A Zurich, le lac eolra dans la ville et l'on y allait en bateau jusqu'à l'église qu'on nomme Frau-fllunster. A Berne, l'Aar fui lellernent enflé le 19 juin, que l'on allait avec des bateaux chargés par dessus la battue qui est au pied des murailles, et que ce quartier fut entièrement sous l'eau. A Arbcrg, la violence de l'eau eraporla le pont de dehors qu'on rebâtît à grand frais l'hiver et le printemps suivans. La ville de Nidau, qui est au bord du lac de Sienne, fut entièrement sous l'eau pendant quelques semaines. Autour de Derne, la campagne fut entièrement inondée, A Arau, la violence de l'eau emporta trois piliers

' Haller 13S. 133, Slcttl 2)9. b 520. Miji. fij; I

du pool. A Bâie, le Rhin passa par dessus les niuraitles de la pelile ville, et y causa divers dommages, el l'on fut obligé d'aitacher avec des chaînes de fer un des piliers du ponl avec l'autre, pour les teuir fermes.

La peste affligea la ville et le cauloo de Berne, pendant toute l'annco 1566, el la suivante 1567. Et à celle occasion il arriva uo accident singulier an ministre de Combremoat, village du bailliage de Moudon. Ayant perdu sa femtnc et ses enfans par la peste, il se rendis à Berne, au mois d'octobre de l'an 1567, pour prier LL. EE. de lui permettre de changer d'aii*, et d'aller en quelque autre endroit, pour rcLablir sa r>antc altérée. Mais dès qu'il fui arrivé à Berne, la peste le saisît et il en Biourut. '

XXXIII. Od a vu ci-dessuB, que dans la conférence tenue a Lau'^anne au mois d'octobre de l'an 1564, enire les députés de Savoie et de Berne, on était convenu gous la médîaiioa des onze cantons désintéressés , que Berne rendrait au duc de Savoie, au premier mars 1565, les trois bailliages, de Gex, de Teroicr, et de Thonon; * mais les Bernois avaient réservé que cette restitution ne s'exécuterait point, que les rois de France et d'Espagne n'eussent ratifié le traiiédereslituliondans tous ses articles. Les agens de Savoie n'apportèrent celte ratîGcation il Berne qu'au mois de mai de l'an 1567, après que le duc d'Albe eut passé par la Sa voie avec ses trou pes.allanldans les Pays-Bas, dans le dessein d'en châtier leshabitansqui t'étaienl soulevés contre le roi. Dès le commcncment de t'aance on cul avis en Suisse du dessein qn'avail ce duc 4e passer par ce pays-là, el l'on crut qu'il venait à

l'inlentioo d'appuyer le duc de Savoir, l'I de faire l> guerre aux Bernois. Le duc de Savoie de son côté crai^ gnît aiissi l'approche de ces Ë>pagnoI^, ou du moins (eir gnît de les craindre, et donna a\is aux Bernois qu'à celle occasion î! avait rois garnison dans IVIonlmeilIan, Bourg en Bres.se, et d'autres placet:, el prit: les mesures nécessaires pour la dcfensc de son pays. Ces mouvemens causèrent de l'inquiétude à Berne cl a Genève. Les Bernois envoyèrent ^es dépuiés au Pays-de-Vaud, le 24 janvier 1567, pour y donner de bons ordres, el animer les sujets à se défendre vigoureusemenl en cas d'attaque. De là ces députes allèrent à Genève esatninGr l'clat de cette place et ses fortilicstions, et ofTHrenl une garnison de mille hommes aux magistrats. Mais ils n'en eurent pas besoin, parce qu'il leur vint de si grands secours des réformés de France, qu'ils eurent de quoi en former sept compagnies. Dlais on avait pris Tcpouvantc sans fond^ ment. Le duc de Savoie envoya à Berne Bcaufort, son agent en Suiase, pour dire que le roi d'Espagne lu! avait envoyé un commissaire, pour lui demander le passage à travers ses terres pour ses trouprs, qu'il envoyait aux Pays-Bas pour châtier ses sujets rebelles, et queLL. EE. devaient s'assurer que le roi d'Espagne n'en voulait pas à leur état, el qu'ils pouvaient cire parfaitement traa> quilles. '

Après que le duc d'Albe eut passé, les ambassadeur* du Duc portèrent à Berne la ratillcalion que tes dea% rois de France et d'Espagne avaicnl faîlc du traité ÔA Lausanne, el demandèrent l'exécution de ce traité. Le conseil souverain s'assembla là-dessus, le jeudi 29 mai 1567, el résolut enfm de restituer au Duc, le 24 août

* Stcltlcr 222,22'i. aaii.

LR DtlC w'OTISEBVB pas LB TRAITÉ. 93

suivant, les trois bailliages dont od était convenu, et cela fut fait au jour marqué avec loules les solcnnilcs requises, en |ii'ésencc de quatre députes de quatre des cantons médiateurs, Lucerne, Schwytz, Glarig et Bâie. Les Fribourgeois n'eurent point de part à celle négociation comme particîi inlérc^scee ; quoiqu'ils le fussent réellemenl, puisqu'ils possédèrent et possèdent encore diverses belles terres, qu'ils avaient enlevées l'an 1536 à la maison de Savoie, comme sont les bailliages de Romont, de Rue, d'Ë.-<tavajcr, elc. Mais sans doute on ne leur demanda rien, parce que leurs terres sont enclavées dans celles que le Duc abandonnait aux Bernois par son Irai lé.

Le duc de Savoie n'observa pas longtemps le traité, par rapport a la religion. ' A peine une année élait-elle écoulée, que ravocal-^onéral de ce prince accompagné de quelques aulres officiers de sa cour, ayant fait venir par devant lui les mini~lres de la cla-sc de Gex, leur signifia défense de la part du sénat de S. A. de reprendre ou ré-

folcr en leurs s

^ la reli"

aine, sous peine

de la vie, avec de grandes menaces et paroles injurieuses : di-ant que ia reforme était une hérésie , cl qu'elle serait bientôt extirpée. Les Bernois l'ayant su, écrivirent le 2 octobre aux ministres de celte classe pour les consoler et les assurer qu'ils travailleraient à faire observer le traité fait avec le Duc. Déjà même dès le commencement de celte année, le duc de Savoie ou ses officiers inquiétèrent et maltraitèrent les ministres en diverses manières. D'ailleurs le Duc viola encore le traité, ence qu'il renversa tous les règlemens qu'ils avaient faits dans les trois bailliages en matière de judicaiurc, et

• Wtl.Mii! Uiy 332.

gi 2P.CE CATHOLIQUE,

cassa de leurs arrêts. Les Bernois se plaignirent au Ddq 1 deux ou trois fois de toutes ces infractions; mais on n leur fil aucune réponse. Ils s'en plaignirent encore f lettres du 9 mai.

XXXIV. Le zèle catholique se faisait aussi scn^r dans la Suisse allemande. * Scbwartzbourg est un bailliage, possède par indivis par les deux étals de Berne et de Fribourg. Il avait été réformé de bonne beure, à peu près dans le même temps que Beroe ; el les catholiques n'y avaient aucun exercice de religion. Jean Koucher, ministre de Scbwartzbourg, prêcha un jour vivement contre quelque doctrine de l'Eglise romaine. Les Fribourgeoîs en furent piqués, le firent saisir au mois de man de l'an 1566^ et conduire daus leurs prisons où il I détenu pendant trois semaines, et souffrit beaucoup d froid. Ëofin pourtant les Seigneurs de Berne sollicilî rent sï vivement en sa faveur, qu'il fut élsrgî sans aut* mal que de payer les dépens.

Maîscctlc même annéetcs Bernois eurent un autre cboc à soutenir de la part des cantons catholiques, el qui leur donna beaucoup de peine. Oo peut se rappeler ce que j'ai rapporté dans la première partie de cette histoire, au Toroe I, louchant la Caverne de S. Béat, que LL. EE. firent boucher l'an 1528, pour fermer la porte à U superstition. Mais au bout de plusieurs années, il jeufc^J des bigots qui rouvrirent cette caverne, el il y allaifrl beaucoup de monde cd pèlerinage, des petits cantons A voisinaf^e , particulièrement d'Unlerwald. Oo dîss même que quelques prêtres y avaient célèbre la mesMi el l'on y trouva des bougies et de l'argent. Les S^ gneurs de Berne l'ayant appris, ordonnèrent a Inirs bail!

GROTTE DE SAiNT-BfiAT. 95

lîfs dlnterlacken, d'Uoterscen et de Tboun^ de prendre garde à ces pëleriDages^ et de les nrréter et de leur en donner avis. Cela fui exécuté. Quelques-uns de ces pèlerins étant arrivés à Interlacken, cette année 1566^ le bailiif les y arrêta, jusqu'à ce qu'il eut reçu de nouveaux* ordres de ses Seigneurs. Ils lui ordonnèrent de les renvoyer chez eux sans leur faire aucun mal, afin qu'ils ne revinssent plus. De retour chez eux, ils s'en plaignirent à leurs compatriotes, ce qui produisit une rumeur étonnante dans ce pays-là. Ceux du canton d'Unterwald^ et en particulier ceux du quartier d'enhaut, voulaient se faire passage, l'épée à la main^ et il y en eut quelquesuns qui firent une ligue dans ce dessein, à Sarnen, le principal bourg de ce quartier-là. Les autres cantons catholiques en étant informés, s'assemblèrent à Lucerne^ dans le dessein de prévenir les voies de fait qui auraient été capables de rallumer dans la Suisse le feu d'une guerre civile et de religion. Ils écrivirent à Berne ^ se plaignant de ce qui était arrivé à leurs gens, et demandèrent qu'on les laissât aller librement à celle caverne. Les Bernois leur répondirent amiablement, et leur représentèrent que leur religion ne leur permettait pas d'accorder une semblable chose, les priant de les laisser en repos à cet égard, et d'engager ceux d'Unterwald à se tenir aussi en repos. Ils écrivirent aussi, mais un peu aigrement à ceux d'Unterwald, qui dès là ne remuèrent plus, du moins en public; et Ton fit boucher de nouveau la caverne avec de gros quartiers de pierre. J'ai dit du moins en public; car les particuliers ne cessèrent pendant quelque temps d'inquiéter les sujets de Berne à ce sujet, et de leur témoigner leur ressentiment partout où ils pouvaient les rencontrer à leur avantage, comme si on leur avait ôté leur Dieu, ou leur ange tutélaire^

lu canton d^

?6 VENGEANCES DE3 CjlTHOLIQDRS.

J'en rapporterai un seul trait. Un paysan du ( Berne, nommé Wolfgaiig Slalli était allé à Sarncn, dans le Hiiiil-Untcrwald, la semaine de Pâques 1567, pour quelque affaire qu'il y avait. En s'en retournant chei lui, il fut rencoDlré près du lac de Sarnon, par un prêtre et deux autres hommes, qui commencèrent à l'insulter; et l'ayant joîal dans un bois, ils le contraignirent de se mettre à genoux, et de dire un ^i>e Maria ; après quoi le prêtre le chargea de coups de bâtous, et lui rompit deux côtes! et enlîn, aidé des deux autres qui l'accompagnaient, il le jeta dans le lac de Sarnen, à dessein de le noyer. Le pauvre homme fut assez heureux ur se sauver, et s'en plaignit à ses Seigneurs. Ils apireut eu ntême temps que des gens du mémo canton les avaient menacés avec des paroles grossières el însoentes. C'est pourquoi ils donnèrent ordre le 4 juin, à députés il la diète de Bade, de se plaindre de ces choses et d'en demander satisfaction. '

' H*ller 139. 110. Inir. H. p. 19.

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