Tenu en 1598, du 26 au 30 mai
14(j HISTOIRE DE LA RÉFORMATION FRANÇAISE.
n'oubliait plus et qui étaient tous autant de flèches acérées attachées au flanc do ses adversaires. On l'appelait Pierre Du Moulin.
Ce jeune homme, qui allait devenir un grand controversiste et l'écrivain le plus original de son parti, était né en 15G8, au château de Buhi. A l'âge de quatre ans, l'une des servantes de son père le sauva des mains des assassins de la Saint-Barthélémy; il fit ses études à Sedan et à Paris , passa quatre ans en Angleterre, et étudia à Cambridge sous les meilleurs professeurs de celte célèbre université. A son retour il fit naufrage , perdit tous ses livres et chanta son malheur dans un poëme ' qui commença sa réputation. '
A l'âge de vingt-quatre ans Du Moulin fut nommé professeur de philosophie à l'université de Leyde. Son érudition, sa méthode d'enseignement, l'art de présenter dans un style simple, clair, original les idées les plus abstraites, donnèrent à ses leçons un grand éclat. Parmi ses élèves il y avait un Hollandais qui se faisait déjà remarquer \kt une intelligence extraordinaire et promettait d'être un jour la gloire et l'ornement de sa patrie : on l'appelait Grotius.
Après plusieurs années d'un professorat qui laissa à Leyde de longs et honorables souvenirs, Du Moulin fut appelé comme ministre à Cliarenton où ses mérites furent dignement appréciés. Homme de lutte, il eut le rare bonheur de ne pas vivre dans des temps, médiocres et de pouvoir déployer , au service de son Église , les dons qu'il avait reçus de Dieu. Sa phrase vive, au four gaulois, lui donnait une grande supériorité sur ses adversaires, dans un pays où le ridicule tue plus vite que les raisonnements. On a droit de s'étonner quand, de nos jours, on e.vhume de la poussière de nos bibliothèques tant, d'écrits indigestes, qu'on n'ait pas songé à ceu.\ de Du Moulin. Est-ce oubli , ingratitude , ignorance ? Un peu de cela tout ensemble. Le pasteur de Charenton est un maître dans l'art d'écrire, et les vrais amateurs du beau style saluent en lui un précurseur de Pascal, de Molière et de Paul-Louis Courrier.