IX
Les conférences s'ouvrirent; la ligue y était représentée par douze commissaires : trois pour Mayenne et son conseil, et trois pour chacun des trois ordres; les seigneurs royalistes ne l'étaient que par huit. Après quelques difficultés qui furent levées, les pourparlers commencèrent; mais ou n'entra dans le vif de la question, que le 5 mai. Les deux principes catholiques et monarchiques furent longtemps discutés. Les commissaires royaux demandaient par l'organe de l'archevêque de Bourges, qu'on reconnût dans le Béarnais le successeur immédiat de Henri III, et qu'on le suppliât de rentrer dans le giron de l'Église. Les commissaires ligueurs, par l'organe de l'archevêque de Lyon, soutenaient qu'on ne pouvait reconnaître au préalable un roi hérétique; ils ajoutaient avec beaucoup de raison, que si le Béarnais abjurait, sa conversion manquerait du sérieux qu'on doit apporter à un pareil acte. D'Espinac, qui pratiquait mal la morale évangélique , la comprenait parfaitement; un homme immoral, comme il l'était, eût dû être plus coulant : mais depuis longtemps, comme Judas, il avait trahi le crucifié, et s'était vendu au roi catholique; il n'acceptait pas Henri IV, même avec son abjuration. Au reste, les conférences se tinrent avec une gravité et une décence qui contrastaient avec la turbulence des prédicateurs. Le parti espagnol, qui les avait vues s'ouvTir avec un grand déplaisir, redoutait une abjuration; il ne se trompait pas: Henri rV' était connu. «Le Navarrois, écrivait l'envoyé de Savoie à son maître, de la religion calviniste, si aucune