Ch. Labitte, chap. UI, i 6, p
il en a, a grand désir de se maintenir par les calvinistes,
en opinion de grand observateur de religion; toutefois, il a échappé souvent , et croit toutes choses d'une autre façon: pour l'intérêt, il ne changera pas de religion; et s'il le fait, il sera d'accord avec les siens, et feindra. Il est courageux et soldat; mais sans discipline militaire : plutôt comme chef de soudards et bandits, que comme général d'une armée. Il est libéral, agréable, un peu moqueur et gausseur; fait profession de bon François : grand amateur de la noblesse; et encore qu'il montre d'oublier des injures: mais, en efl'et, il en a bien souvenance. Il est adonné surtout au plaisir de la chair; mais cela ne l'affectionne pas, et trouve moyen de le conjoindre avec les armes. »
L'homme dont l'envoyé du duc de Savoie avait si bien saisi la physionomie , devait nécessairement inquiéter le duc de Féria. Ce dernier, jugeant le moment favorable pour agir, demanda à faire une communication aux Etats de la part de son maître. Une commission fut nommée pour entendre l'ambassadeur, qui, admis dans son sein, commença par faire l'éloge de Philippe II , en insistant sur les sacrifices qu'il avait faits pour la Saiille-Union, sacrifices qu'il était prêt à faire encore pour le plus grand bien de la religion , mais il demanda en échange que sa fille Isabelle-Clara-Eugénie fût déclarée reine de France. '
Cette proposition eût pu être acceptée, tant l'esprit de parti avait affaibli le sentiment national chez les ligueurs , si dans ce moment, un fou prenant la parole, n'eût trouvé un moment de lucidité qui sauva peut-èire la France de l'humiliation de tomber entre les mains de l'étranger. Ce fou fut le fameux Rose, évèque de Senlis, l'un des plus fougueux prédicateurs de la ligue. Féria avait à peine achevé de formuler son insolente proposition , que Rose, les yeux étincelants et les lèvres tremblantes de colère, s'écria: «Le ciel nous punit de nos fautes. La proposition de M. l'ambassadeur est le plus grand malheur qui puisse arriver à la ligue ; elle justifie la prédiction des politiques, et nous avertit, nous hommes de bonne foi, qu'en croyant servir la cause de l'Église , nous étions les aveugles instruments d'un monarque étranger.'