‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 124 sur 235 · LIVRE ÏXV · texte numérisé non relu

LIVRE ÏXV

Quelques jours après , Henri écrivit au due d'Épernon la lettre suivante: «Le diocèse d'Évreux a gagné celui de Saumur, et la douceur dont on y a procédé a été occasion à quelque huguenot que ce soit de dire que rien y ait eu force que la vérité. Ce porteur y était, qui vous contera comme j'y ai fait merveille ; c'est un des plus grands coups pour l'Eglise de Dieu qui se soit fait il y a longtemps; suivant ces erres', nous ramènerons plus de séparés de l'Eglise en un an que par une autre voie en cinquante. »'

L'ancien mignon de Henri HI fut indigné de la joie du roi. «Je vous tiens, écrivit-il à Mornay, pour homme d'honneur et pour mon ami.» Au sortir de la conférence Mayenne avait dit : «Je n'ai vu là sinon un ancien et fort fidèle serviteur très-mal payé de ses services. »

Les témoignages d'estime et d'affection que Mornay reçut ne le consolèrent pas de son 'échec. Sa douleur fut si grande qu'il éprouva au sortir de la conférence une oppression suivie de vomissements; le médecin La Rivière le trouva fort mal et déclara au roi que les conférences ne pourraient continuer.

Henri IV hésita à aller le voir et lui envoya Lomenie, le secrétaire de ses commandements , qui lui assura de sa part que le roi serait toujours son maître et son ami. «Du maître, lui répondit mélancoliquement le malade, je ne m'en suis que trop aperçu; d'ami, il ne m'appartient pas; j'en ai vu qui ont entrepris sur la vie, l'honneur et l'État du roi, sur son lit même; contre ceux-là tous ensemble le roi n'a jamais montré tant de rigueur que contre moi seul, qui lui ai fait toute ma vie service. »

«Le roi, lui répondit Lomenie, se plaint de vos attaques contre le pape; si vous voulez cesser d'écrire, il vous rendra toutes ses bonnes grâces.»

«Jamais,» répondit le malade.

Les adversaires de l'écrivain huguenot profitèrent habilement de sa maladie pour rompre les conférences. Contents de leur triomphe d'un jour, ils craignaient de le compromettre ; et cependant , quand on se place en face du résultat de ces débats si bruyants, on reconnaît que Du Perron

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