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Comme un voyageur, qui, après une longue course, atteint le sommet d'une haute montagne et se retourne pour mesurer des yeux le chemin qu'il a parcouru, nous reportons nos regards vers ce seizième siècle qui vient de finir: un horizon immense se déroule devant nous, varié à l'infini. Depuis le temps où le Sauveur foula de son pied sacré une terre maudite par le péché , jamais siècle n'avait creusé une empreinte prus profonde sur le sol de l'humanité; c'est à donner le vertige : les yeux s'élèvent sur des pics étincelants de lumière et s'abaissent dans de ténébreux abîmes; rien ne manque au tableau: c'est un drame à la Shakespeare; on y pleure , on y rit, le laid et le beau s'y coudoient; les romanciers les plus inventifs n'ont rien trouvé de pareil; la fiction pâlit ici devant la réalité.
Ce grand siècle attend encore son juge; les questions qu'il a soulevées sont toujours vivaces; les deux principes qui s'y livrèrent une lutte acharnée ne se sont avoués vaincus ni l'un ni l'autre. On connaît nos sympathies: nous ne les cachons pas; mais notre impartialité, comme historien, surnage au milieu des flots Douillonnants des
I. Élie BenoU. Histoire de l'édit de îtotes. !iv VJil. n. 3fil.
passions. Nous sommes calme, quoique ému, parce que l'esprit de secte et de parti n'a pas de prise sur nous; et quand nous sommes fier et heureux d'appartenir au parti des opprimés, c'est parce que nous sentons que dans les grandes batailles du seizième siècle, les protestants , malgré leurs fautes et leur faiblesse, furent les restaurateurs du christianisme. En effet, qu'était la religion du Christ quand le vieux Lefèvre d'ÉtapIes, et son disciple Guillaume Farel découvrirent, en lisant la Bible, «que le juste vitdela foi?» L'histoire le dit : elle était presque retournée au paganisme. L'homme avait pris dans l'Église la place du Christ; la Bible était enchaînée et avec elle toutes les libertés qui sont le patrimoine naturel de l'homme. Les premiers ancêtres du protestantisme secouèrent le joug papal et restituèrent au monde la Sainte-Ecriture, phare allumé parla main de Dieu pour éclairer l'humanité dans le désert de ce monde; à ce rude et noble labeur ils se dévouèrent tout entiers, rien ne les arrêta, ni la colère des rois, ni les haines ardentes de la Sorbonne. Comme Pierre devant le Sanhédrin, ils dirent fièrement aux grands de la terre: «Jugez vous-même s'il vaut mieux obéir aux hommes qu'à Dieu.» Leur constance étonna, irrita; on les dévoua à la mort, et joyeux ils s'élancèrent, comme les martyrs des jours apostoliques, sur ces bûchers dont ils firent des chaires, et d'où la vérité descendit comme un fleuve de vie. On les croyait anéantis, et, pareils au phénix, ils renaissaient toujours de leurs cendres ; tant qu'ils ne surent que prier et mourii", ils firent des conquêtes ; mais un jour, ils prirent les armes, et le vaisseau de la Réforme, jusques-là invincible, alla toucher contre un écueil à Amboise. Ils oublièrent que le chrétien, comme le Sauveur, ne doit verser d'autre sang que le sien. Là fut le point d'arrêt. Nous l'avons dit, les promesses faites au martyr ne sont pas faites au soldat. Invincibles sur leurs bûchers, les réformés furent vaincus sur des champs de bataille. Cependant, sur ces champs de bataille, ils sont grands encore; toujours vaincus, ils sont toujours à vaincre; ils lassent leurs adversaires, comme leurs martyrs lassèrent leurs bourreaux. Sept guerres civiles , une infinité de massacres , sont impuissants à les déraciner du sol français. L'enclume est frappée, toujours frappée, et les marteaux seuls sont usés.