‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 130 sur 235 · LIVRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXV

Maïs au milieu de ces guerres sans cesse renaissantes , dans lesquelles ils combattent pour le droit inaliénable qu'a tout homme de servir et d'adorer Dieu selon sa conscience, comment ne pas admirer leur courage dans les combats , leur constance dans les revers, leur héroïsme pendant les famines, leur soumission à Dieu dans les plus cruelles épreuves. Ah! ce ne sont pas des hommes vulgaires que ces protestants qui, depuis François I" jusqu'à Henri IV, proclament la liberté d'examen qui grandit l'homme, en présence du principe d'autorité qui l'abaisse et l'avilit.

Un point important à constater, c'est que la plupart des Français célèbres du seizième siècle appartiennent à la Réforme. Que d'hommes remarquables dans tous les genres ! En tête figure le vénérable Lefèvre d'Élaples avec le cortège de ces premiers chrétiens, qui fournirent à la Réforme ses premiers martyrs; près de lui nous voyons Calvin, le plus grand théologien que le monde ait encore produit, entouré de Farel, de Bèze, de Marlorat, de Viret, ses lieutenants et ses amis. Othman représente le droit; Bernard Palissy, les sciences géologiques; les Estienne, l'imprimerie; Ramus, la pensée; Marot et Du Bartas, la poésie; D'Aubigné, l'histoire; Ambroise Paré, la chirurgie; Gondimel, la musique; Olivier de Serre, l'agriculture; Goujon, la statuaire; Turnebe et Scaliger, la science tout entière. Le huguenot c'est la fidélité aux convictions religieuses, c'est la moralité au foyer domestique. Sur les champs de bataille et dans les conseils nous trouvons Condé, Coligny, Andelot, Lanoue, Duplessis-Mornay, Sully. Si en face de tous ces hommes on place ceux du parti catholique , dont l'histoire a conservé les noms , quelle distance ! Si par le fruit l'arbre est jugé , qui osera contester à la Réforme la sainteté de son origine?

Les bienfaits que la Réformation française répandit sur le royaume sont immenses; elle porta une main hardie sur les abus par lesquels le traditionalisme romain avait altéré la religion noble et simple du Crucifié. A des légendes, elle substitua des réalités; au culte de la forme,

celui de l'esprit; au pape, la Sainte-Écriture; à la morale relâchée des casuistes du moyen âge, celle des temps apostoliques. En restituant la Bible au peuple, elle rendit le peuple moral et donna au monde ce huguenot qui repousse par sa physionomie austère les honmies légers et frivoles, mais qu'on ne saurait trop admirer, quand il fait du toit domestique un sanctuaire de piété, impénétrable aux mauvaises mœurs; elle eut même une heureuse influence sur le clergé français; son œil sans cesse ouvert sur lui le força à être, au moins extérieurement, moral, et l'arrêta sur la pente fatale qui l'entraînait vers des abîmes de honte; c'est à cela qu'il doit d'être aujourd'hui le plus moral de tous les clergés romains. Obligé d'être sans cesse en lutte avec les réformés, il fut contraint de demander à la science des armes pour se défendre; il eut des savants.

En revendiquant le droit de servir Dieu selon leur conscience, les protestanls ouvrirent aux idées politiques de nouveaux horizons; ils apprirent aux rois qu'ils étaient indépendanls de Rome, et aux peuples que le pouvoir des princes a des limites , hors desquelles ils ne sont plus leurs pères, mais leurs tyrans. A leurs yeux, le droit divin des rois n'impliquait pas la soumission de l'esclave, mais l'obéissance do l'homme libre. Serviteurs, ils ne furent pas serfs; soumis à César dans tout ce qui appartient à César, ils lui rel'usèrent ce qui appartient à Dieu. Voilà ce qui, mnlgré leurs fautes, les fit grands et les grandira plus encore dans l'avenir. Leur œuvre leur coûta des larmes et des douleurs. Après trois siècles elle est debout, et quoique la France ne soit pas protestante, c'est aux réformés qu'elle doit les grands principes de 1789, qui sont demeurés les bases de son droit public, malgré tous les écarts et les défaillances de la liberté.

Les réformés, en inaugurant le règne du libre examen, ouvrirent à la science de nouveaux horizons; avec Rome, elle avait des fers aux pieds; avec le protestantisme, elle eut des ailes ; elle s'éleva sur des hauteurs avec Isaac Kevi'ton, s'enfonça dans des abîmes avec Cuvier; elle put s'égarer, sans doute, être folle par moments, courir après la recherche de la pierre philosophale; mais si elle n'opéra pas dans ses creusets la transmutation des métaux, elle trouva des richesses çui valent mieux que la découverte

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