LIVRE XXVI
La mort de Calvin fit un vide immense; Genève sentit, le jour des funérailles de ce grand homme, que sa disparition de la scène du monde rapetissait tous ses compagnons de travaux. Quand la main ferme et énergique qui tenait le gouvernail se fut glacée sous les étreintes de la mort, on se demanda quel serait celui qui serait appelé à sa succession. Bèze fut désigné'. Quelque inférieur que le disciple fût au maître , il accepta cet héritage avec une grande défiance de lui-même; mais il regarda à celui qui par sa grâce accomplit sa force dans notre infirmité. Il ne chercha pas à innover : le sillon était tracé ; il y marcha d'un pas ferme et résolu, et ne rechercha d'autre gloire que celle d'être l'exécuteur testamentaire de l'homme dont il avait eu l'honneur d'être le disciple et l'ami.
De tous les hommes remarquables que possédait Genève, Bèze était le seul qui fut digne de succéder au réformateur. Mûri à l'école de l'expérience, après une vie dissipée, qui rappelle celle de saint Augustin, il s'était donné sans réserve à Dieu, qui avait fait de lui un vase d'élection, en faisant briller dans sa personne toutes les merveilles de sa grâce. Bèze n'avait ni la science universelle de Calvin , ni sa puissante individualité; mais il avait un ensemble de qualités qui firent de lui un homme éminent , et lui donnèrent parmi ses collègues la première place. On voyait réunies en lui une instruction solide, une érudition étendue , une éloquence vive, entraînante; une austérité de mœurs qui ne se démentait jamais; une fermeté qui ne dégénérait pas en opiniâtreté ; un zèle pour sa cause , que rien ne pouvait attiédir : c'était un grand chrétien, sous les dehors d'un parfait gentilhomme.