Second volume de cette histoire, p
Pendant la vie de Calvin, personne ne songea à contester au réformateur la dictature qu'il exerçait, non par usurpation, mais de par ce droit qu'ont les hommes de génie
3ui, à des moments donnés dans la vie des peuples, sont es nécessités , parce qu'ils font ce que les autres ne sauraient ou ne pourraient faire. Les Genevois s'étaient si bien accomodés de cette dictature qu'ils la subissaient avec reconnaissance. «Pendant un quart de siècle, dit M. Gaberel, la république avait accepté l'influence presque irrésistible de son directeur religieux : les services du réformateur, la sagesse de ses résolutions, la fermeté de ses projets lui donnaient la plus haute position de l'État. «Allons prendre l'avis de M. Calvin» : telle était la première pensée des citoyens et des magistrats, lorsque de graves difficultés se présentaient. Le cabinet de travail du réformateur devenait journellement le théâtre des consultations politiques et civiles les plus familières ou les plus importantes pour Genève. » *
Genève ne décerna pas cependant la dictature à Bèzé. Ce qu'elle avait fait pour Calvin, elle ne voulait ni ne devait le faire pour un autre. Elle sentit avec un admirable instinct que les gens d'église sont dominateurs par nature; aussi pour éviter les abus, dans lesquels Rome était tombée, la vénérable compagnie arrêta qu'elle élirait, sous le titre de modérateur, un chef annuel, destituable pour cause de mauvaise gestion, «et qui ne serait qu'un collègue parmi ses collègues.» Théodore de Bèze fut ce premier modérateur; pendant plus de quinze ans la compagnie le réélut. Sur les procès-verbaux d'élection on lit ces mots caractéristiques : «la charge est continuée à M. de Bèze, à cause de son aptitude et bons services.»'
1. Gaberel, Histoire de Genève, 2=édit., p. 3-4. Nous voudrions pouvoir exprimer ici convenablement à M. Gaberel toute notre reconnaissance pour ses savants et consciencieux travaiLx, qui nous ont dispensé de recherches longues et difficiles. Quand on lit son siil)staiitiel travail sur Genève, on sent qu'il a épuisé la matière et qu'il n'y a qu'à glaner après lui.
2 Gaberel, Histoire de Genève, 2» édit., t. II, p. 9.