LIVRE XXVI
eut dans ses pasteurs ses martyrs de la mort, qui prouvèrent au monde que le ministre de Jésus-Christ , époux et père, n'a rien à envier, en fait de courage et de dévouement, au prêtre catholique.'
L'une des gloires de la Réforme est l'impulsion remarquable qu'elle donna aux études. Elle montra ainsi que la science et le progrès ne sont pas les ennemis de la foi. Sans doute Calvin, avec son esprit absolu, voulut assigner des limites à la science théologique. A part cette erreur, qui provenait chez lui de la nécessité de mettre un frein aux divagations des théologiens, il voulut faire de Genève une cité vraiment savante; ses efforts furent couronnés d'un plein succès, et après lui sa ville d'adoption n'eut rien à envier aux cités les plus célèbres. Son collège compta de nombreux élèves qui y recevaient une instruction classique très-avancée pour l'époque. Son académie eut à sa tète des professeurs, dont plusieurs furent des hommes éminents. J3es élèves y accouraient de toutes les parties des contrées protestantes, et dans l'espace de 73 années (de 1559 à 1632), 2800 étudiants vinrent s'asseoir sur ses bancs. Elle mérita dès lors le nom de la Rome protestante. Elle tint, dit Michelet, haute sa lampe, et fut la grande école des nations. Il fallait qu'elle se fit la fabrique des saints et des martyrs, la sombre forge où se forgeassent les élus de la mort. Missions terribles! Ils étaient attendus, épiés : pris sur le fait d'avoir sur eux un évangile français, ils étaient sûrs d'être brûlés.'
Ce fut un jour de profonde douleur pour Genève que celui où elle vit se présenter à ses portes des hommes, des femmes, des enfants et des vieillards, qui venaient lui demander un asile contre la rage de leurs bourreaux. Jamais aux époques des plus cruelles persécutions de Fran-