Gaberel, 1. 1", p
milieu des pestiférés et n'y rentra un moment que pour recevoir le dernier soupir de sa fille aînée, \ictime du fléau.
Cette peste l'atteignit dans la partie la plus sensible de son être; mais loin de ralentir son zèle, elle ne fit que le redoubler. Il retourna au milieu de ses pestiférés, calme, mais frappé au cœur. Il aimait tant sa fille !
Vers le milieu de juin , la peste l'atteignit avec une si grande violence, que dès le premier moment, on désespéra de ses jours. Les magistrats allèrent le voir et l'assurèrent que la république aurait soin de ses enfants et de sa veuve, si Dieu le retirait à lui.
«Je suis bien payé de mes services, leur dit Chausse.
Mais retirez-vous . . . recevez mes adieux Il y a trop de
danger ici pour vous. . . »
Le lendemain, la vénérable compagnie se rendit en corps auprès du mourant, qui fut profondément touché de la marque d'affection que lui donnaient ses collègues ; il tourna vers eux ses regards pleins d'une douceur inexprimable, et d'une voix faible, mais bien accentuée, il les remercia de leur courage : « Je m'en vais en paix, leur dit-il, non point par les souvenances de ce que j'ai fait, mais par l'assurance de la rémission de mes péchés et de mon salut, en la grande miséricorde de notre sauveur Jésus-Christ.»
Dans ce moment suprême, le mourant ne regarda pas à ses œuvres; elles étaient grandes cependant; il avait tout offert à son Dieu, tout jusqu'à sa femme et ses enfants; mais il se sentait encore un serviteur inutile, et ne trouvait sa paix «que dans celui» qui est notre paix, et nous couvre par la foi en son immortel sacrifice, du manteau de sa justice.
Chausse demanda à ses collègues de lui pardonner, puis il tourna ses regards vers son Dieu , et s'endormit sur la terre pour se réveiller entre les bras de son Sauveur qui lui rendit selon ses œuvres.'
La République, touchée de son dévouement, adopta ses enfants.
Plus tard, la peste désola encore la ville, et Genève f, Registre de la compagnie, 18 juin 1574.