Uaberel, Histoire de i'église de Geaève, t. H, p
profonde reconnaissance de votre olTre pécuniaire, mais nous désirons que cet argent demeure entre les mains d'un ministre de votre compagnie , auquel nous puissions nous adresser selon les besoins les plus pressants de nos frères pauvres.»'
Théodore de Bèze répondit fraternellement à Chandieu, exhorta les pasteurs à mettre de plus en plus leur confiance en Dieu, et afin qu'ilsnese crussent pas étrangers à Genève, il leur dit que toutes les chaires de la ville étaient à leur disposition. «Les Genevois, ajouta-t-il, seront heureux de vous y voir monter.»
L'hiver de 1572 à 1573, le plus rigoureux dont Genève ait gardé le souvenir, s'annonçait d'une manière alarmante. De Bèze ne crut pas que ceux qui avaient reçu dans leurs maisons les réfugiés dussent porter seuls une si lourde charge. Il proposa une collecte qui produisit 4000 livres. Les pasteurs s'inscrivirent en tête de la liste et donnèrent un bel exemple de désintéressement, en refusant qu'on fit une démarche auprès du conseil pour augmenter leur modeste traitement. La plupart d'entre eux étaient pauvres et avaient à peine le strict nécessaire pour nourrir leurs familles. «Messieurs du conseil, dirent-ils, savent ce qu'ils ont à faire, et il ne convient pas que, dans ce temps calamiteux, on puisse dire que nous avons sollicité un accroissement de gages'», noble langage toujours admiré des troupeaux qui comprennent si bien que l'une des gloires du pasteur est une humble résignalion à la pauvreté, et qui cependant oublient quelquefois que si le serviteur de Dieu ne doit convoiter ni or, ni argent, il est cependant digne de son salaire, comme le bœuf qui foule le grain. Pauvre bœuf, trop oublié de ceux pour lesquels il ouvre avec ses sueurs le sillon de la vie éternelle!
L'hiver fut terrible , mais la charité des Genevois ne se! ralentit pas un seul moment. Les réfugiés comprirent toute la grandeur des charges que leur présence imposait à leurs frères. Les ministres français furent surtout admirables de résignation et se retranchèrent toute la nourri-, ture qui ne leur était pas absolument nécessaire.
1. fiaberel, Ilistoh-e de l'église de Genève, t. II, p. 325-326. ; " 7. Idem, p. 328-329.