‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 148 sur 235 · Registres de la compagnie (8 juin · texte numérisé non relu

Registres de la compagnie (8 juin

tIVRE XXVI.

les seigneurs français s'avancèrent vers les pasteurs et les conseillers genevois, leur serrèrent fraternellement les mains et les embrassèrent. 11 y eut le soir un banquet où des discours touchants furent prononcés. Pas une seule parole d'amertume , de colère et de récrimination ne se rencontra sur les lèvres des orateurs. «Un grand nombre de citoyens, dit M. Gaberel, accompagnèrent les réfugiés jusqu'à la frontière française. Mais quelle différence avec les jours de l'arrivée! Les protestants rentraient dans leur patrie la joie au cœur; l'espérance et les plans d'avenir occupaient seuls leur pensée. Point de coupables projets, on ne les avait jamais entendu maudire leurs persécuteurs, ils ne connaissaient pas ces farouches rassemblements où l'émigré politique réclame la vengeance comme le plus saint des devoirs. Bannis de la terre natale pour avoir voulu servir Dieu en esprit et en vérité, ils ne s'étaient distingués durant l'exil, que par la qualité de vrais adorateurs; ils revenaient dans leur pays, ne demandant que la liberté de conscience avec le droit d'élever leurs enfants selon le Seigneur et d'ensevelir leurs parents près de leurs temples. Les misères du passé considérées par eux comme des dispensations providentielles, ne s'étaient pas transformées en des sources de haine. Ils avaient souffert le martyre, et comme tous les véritables martyrs chrétiens , le plus beau fleuron de leur couronne était d'avoir prié, à l'exemple de leur divin maître, pour ceux qui les maltraitaient et les persécutaient.'»

Le lendemain, 19 juin 1576, jour mémorable dans leur vie, ils reprirent ce même chemin de France par lequel ils étaient venus, fuyant le poignard de leurs assassins; leurs cœurs étaient pleins d'espérance; ils ne virent pas que le ciel de France était chargé de tempêtes : la joie est confiante.

Genève était toujours pour Rome un précieux joyau détaché de sa couronne; aussi le pape, sans cesse convoiteux de cette belle proie , essaya à plusieurs reprises de se

1. Gaberel, Histoire de l'église de Genève, t. 0, p. 338-339.

le faire rendre, soit par le roi très-chrétien, soit par le roi catholique. La Savoie lui vint constamment en aide; mais ce que la force des armes et les ruses de la diplomatie n'avaient pu faire, un prêtre, François de Sales, eut la pensée de le tenter par la parole. L'entreprise était audacieuse; mais l'homme qui se mit à cette œuvre était admirablement doué et eût réussi s'il n'eût pas été aux

[trises avec l'impossible; il appartenait par sa naissance à a première noblesse de la Savoie, et il était l'aîné d'une famille nombreuse sur laquelle il devait jeter l'éclat de son nom. Ses parents lui firent donner une éducation distinguée et l'envoyèrent à Paris étudier sous Genébrard el Maldonat. Ses deux maîtres furent moins émerveillés de sa rare intelligence que de sa piété simple et candide et de sa foi soumise qui croyait tout sans examen.'

De Paris il alla à Padoue étudier sous Pencirole qui y professait la jurisprudence avec un grand éclat. Il fit des progrès rapides dans le droit civil et fut reçu , le 5 septembre 1591 , docteur aux grands applaudissements des quarante -huit maîtres de l'université. Il fit pendant ses études la connaissance du jésuite Possevino, homme de mœurs douces et d'un commerce agréable. Ce père devint son conducteur spirituel et lui donna des directions qui influèrent considérablement sur sa vie. A la suite d'une grave maladie, il se décida à entrer dans la vie religieuse vers laquelle ses goûts le portaient. Quoique sa piété, fut sincère, il ne put échapper au symbolisme de son Église qui parle plus à l'imagination qu'à l'âme. La vierge Marie devint l'objet de son culte. C'était sa médiatrice auprès de son Fils ; par elle, ses prières montaient vers Dieu. Catholique humble et soumis, il croyait que Rome est la mère et la maîtresse de toutes les Églises et ajoutait foi aux légendes miraculeuses dont se compose son histoire; ainsi, il croyait que la maison de la Vierge avait été transportée par les anges de Nazareth à Lorette. Il voulut visiter ce célèbre sanctuaire; «à peine eut-il fléchi les genoux, dit son biographe, que, comme s'il fût

1. La vie de l'illustrissime François de Sales, de très-henrcuse et glorieuse mémoire cvôque et prince de Genève, et inslitutour de l'ordre des dames de la Visitation p. le R. p. Lovys de la Rivière de l'ordre des miijimes, 3« édition; à Lyon chez Clavde Rigavd, an M.D.CXXVII.

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