‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 166 sur 235 · UVRE XXVI · texte numérisé non relu

UVRE XXVI

fut brûlé ; jamais pourtant il ne fronça le front, ni fit semblant de se douloir'; seulement on lui entendit dire bellement: Jésus, Maria, et lui vit-on tomber de grosses larmes des yeux, excité par la véhémence de la douleur., mais son visage resta toujours paisible, content et tranquille.

Enfin, se sentant défaillir, il tourna la tête du côté de M. Pernet, lui serra la main et lui dit : «Monsieur Pernet, advesperascit , et incUnala est jam dies;y> voulant signifier, que le jour de cette misérable vie était presque fini pour lui, et qu'en bref, il s'allait clore tout à lait. De quoi s'apercevant, le révérend père dom Philippe Malabaila, de l'ordre des Feuillants, commença à se mettre à genoux et à dire les litanies des saints avec ceux qui étaient là présents. Et comme il fut à omnes sancti Innocentes orate pro eo*, il se répéta par trois fois, d'autant que c'était le jour des Sacrés Innocents, et à la troisième fois ce bienheureux évêque rendit l'esprit entre les mains de son époux Jésus, si doucement, si suavement qu'à peine s'en aperçut -on, l'an mil six cent vingt -deux (le vingt -huitième de décembre, à huit heures du soir, le cinquante -sixième de son âge et le vingtième de son épiscopat. Ledit père Feuillant lui ferma révéremment les yeux et lui rendit les derniers devoirs.'

Ainsi se termina la vie de cet homme remarquable qui combattit pendant si longtemps et sans relâche, la foi réformée, et qui, à son insu, l'embrassa au moment suprême. Dieu regarda à sa droiture comme il avait regardé à celle de Corneille, et il se fit trouver à lui comme au pieux centenier. François de Sales avait du sang chrélieu dans les veines,, car sous le chaume et la paille des traditions de son Église, il découvrit le fondement d'or de l'Évangile sur lequel les réformateurs avaient élevé leur édifice religieux. Là se trouve l'explication de sa vie, mélange singulier de piété et de puériHtés. 11 mécanisa la religion et crut pouvoir l'enseigner comme on enseigne une science humaine. Ce fut moins un travers de son cœur

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