‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 168 sur 235 · LIVRE XXVI · texte numérisé non relu

LIVRE XXVI

obstacle pour n'y pas aller; mais la pauvreté des Chablaisiens ne les a rendus ni plus moraux, ni plus instruits: et si les Genevois l'ont toujours emporté sur eux en bienêtre matériel, ils l'ont aussi emporté ea instruction et en moralité; ils ont donc tout gagné à recevoir la Réforme, quand leurs voisins ont tout perdu en la proscrivant.

La science a ses périls et ses écueils; mais ne vaut-elle pas mieux qu'une superstition grossière et ignorante? Le culte en esprit et en vérité ne l'emporte-t-il pas sur celui qu'on rend à de vaines reliques, au bois ou à la pierre? Genève a des collèges florissants, des académies renommées, des écoles nombreuses; ces institutions ne répondent pas toujours pleinement à ce qu'on pourrait attendre d'elles; mais ces centres de lumières ne valent -ils pas mieux que des écoles de frères et des séminaires où Ton en est encore pour l'instruction aux traditions du moyen âge?

L'dumône peut être quelquefois fastueuse et pharisaïque ; mais Genève, où l'on donne largement dans les temps de calamité publique, n'a-t-elle pas une supériorité marq^uée sur Annecy?

D'où proviennent ces différences notables entre le pays de l'hérésie et le pays de l'orthodoxie? Ne serait-ce pas qu'on se trompe sur les mots, et que Genève, en passant à la Réforme, aurait cessé d'être hérétique pour devenir orthodoxe?

Il y a plusieurs manières de faire del'apologétique; l'une des plus simples, parce qu'elle est à la portée des esprits les plus vulgaires, et des plus frappantes, parce qu'elle est sans réplique , c'est de juger l'arbre par ses fruits. — Revenons en France.

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