Sully, Économies royales, année
HISTOIRE DE LA RÉFOnMATlON FRANÇAISE.
concitoyens les paroles du monarque. Les Genevois se levèrent comme un seul homme et coururent vers le fort qu'ils rasèrent avec tant de promptitude qu'on apprit, dit de Thou, sa démolition avant même qu'on sût que le roi avait le dessein de le détruire.'
Le roi, impatient de voir sa nouvelle épouse, qu'il ne connaissait que par son portrait, se rendit le 9 décembre à Lyon où elle l'attendait. En le voyant, elle se jeta à ses genoux; il la releva avec bonté en s'excusant d'être arrivé si tard. Le lendemain le mariage fut célébré avec une grande pompe dans l'église cathédrale de Saint-Jean. Le* illusions du roi furent courtes. Son regard vif et pénétrant lui révéla de suite que la princesse italienne n'était pas la femme dans laquelle il aurait voulu trouver l'idéal de la reine: Elle n'avait de Catherine de Médicis ni la grâce, ni l'esprit, ni l'intelligence; elle était grosse de taille et de figure; ses yeux étaient grands, mais ronds, fixes, sans vivacité et sans douceur; elle ne parlait pas le français; son entourage acheva de le désillusionner.'
Ce mariage fut une calamité nationale et une condamnation éclatante des mariages officiels des rois. Les préjugés séculaires, quand ils ont pour base l'orgueil, dominent les princes à leur insu. Henri IV se serait épargné : bien des maux si, rompant ouvertement avec les cou-j tûmes de son époque, il eût placé la couronne royale sur le front pur et chaste de la fille d'une des grandes maisons de France ; il eût pu faire cela pour une maîtresse dans une heure de caprice ou de folle passion; il n'était pas au-dessus des préjugés de son siècle pour le faire en prince sage eU réfléchi. m