Lettre du 6 décembre 1603, datée de Nancy
LIVUE XXVIl.
Depuis leur rappel, qui datait à peine de quelques jours , les jésuites avaient gagné considérablement du terrain et se trouvaient sur toutes les avenues du pouvoir. Le père Coton exerçait une influence extraordinaire sur l'esprit du roi , qu'il suivait partout. On fit circuler, à cette occasion, le quatrain suivant :
Autant que le roi fait un pas , Le père Coton l'accompagne; Mais le bon roi ne songe pas Que fin Coton vient d'Espagne.'
L'intimité qui régnait entre le jésuite et son royal pénitent, alarmait les réformés. «Ses oreilles, disaient-ils en parlant du monarque et en faisant allusion au nom du confesseur, sont bouchés de coton.» Les pères faisaient envie, après avoir fait horreur. Ils osaient tout oser; malgré les protestations du parlement, ils obtinrent du roi la démolition de la pyramide, sur laquelle était gravé l'arrêt de leur bannissement; cela causa une profonde sensation dans tous les rangs de la société. Les parlementaires, les sorbonnistes, les réformés exhalèrent tour à tour leur colère impuissante dans des écrits plus ou moins violents, que le public lut avec avidité; le plus célèbre de ces pamphlets, aujourd'hui oubliés, est La Prosopopée de la pyramide.^
L'auteur , par une fiction ingénieuse , fait parler le monument qui va tomber sous le coup du marteau de ses démolisseurs. «Taisez -vous, méchants, leur dit-il, puisque les pierres parlent. Ecoutez , vous bons Français , puisque les autres n'ont point d'oreilles. Je suis, ce qui n'est plus une pyramide qui parle, une pierre muette , qui vous sollicite de m'écouter, une colonne sans ouie et sans sentiment, qui vous en veut faire venir. Je parle n'étant plus, qui étant ne parlai jamais, je me plains de la clémence , qui ne me plaignis jamais de la cruauté ; afin de