LIVRE XXVII
faire davantage, si vous eussiez triomphé de la France? Encore César, après avoir battu Pompée, commanda que ses statues demeurassent droites, et par ce moyen, en rendit les siennes plus assurées : mais vous, étant nonseulement vaincus, mais convaincus, bannis et retirés par miséricorde, usez plus outrageusement de votre retour, que si vous aviez opprimé la liberté du pays; et je ne crois pas, Si selon vos inutiles efforts, vous eussiez pu chasser les Français, et introduire les Espagnols en ce royaume, que vous eussiez pu faire davantage, que d'abolir les marques de la justice ; mais vous ne gagnez rien en cela, car, pour une pyramide abattue, qui ne se pouvait voir qu'en un seul endroit, vous susciterez cent mille hommes qui crieront et écriront par tout le monde, que justement vous avez été déclarés, par divers arrêts, corrupteurs de la jeunesse de la France, et même perturbateurs du repos public, traîtres au roi et déserteurs de votre patrie.»'
Les jésuites se consolèrent facilement des attaques de leurs ennemis, par la joie de leur triomphe; comblés des faveurs du roi, ils oublièrent les causes honteuses de leur rappel. De la pyramide il ne reste aujourd'hui qu'un souvenir; mais ce qu'ils ne purent et ne pourront jamais démolir, ce sont ces paroles que Henri IV dit à ses ministres en plein conseil : «Ventre saint-gris, si je ne permets le rétablissement des jésuites, me répondrez-vous de ma )ersonne?»
Le père Coton, aux sollicitations duquel le roi avait iccordé la démolition de la pyramide, se fit de nombreux î-nnemis. Il fut un soir attaqué, lorsqu'il sortait du Louvre. jSs jésuites accusèrent les protestants d'avoir voulu l'asassiner : ceu.x-ci répondirent qu'ils ne savaient pas comme ux jouer au couteau et qu'ils ne tuaient que sur les hamps de bataille. La blessure que reçut le confesseur u roi était si légère qu'on répandit le bruit qu'il se l'était ute pour se rendre intéressant.
Une attaque bien autrement importante que ce"^ dont oton aurait été l'objet, vint le troubler dans les j ios de
1. Voir sur le même sujet : Complainte au roi sur la pyramide • Mémoires de Coudé, t. VI, p. 212.
i92 HISTOIRE DE LA RÉFORMATION FRANÇAISE.
son triomphe : on fit courir dans tout Paris un pamphlet intitulé le grimoire du père Cotm. Voici à quelle occasion.
Il y avait alors à Paris une seconde Marthe Brossier : on l'appelait Adrienne Dufresnes. Cette intrigante, qui passait pour être possédée du démon, excitait vivement la curiosité publique.
«èous prétexte de l'exorciser, Coton, dit Élie Benoît, dressa une liste dans laquelle il posait au diable une série de questions, parmi lesquelles plusieurs concernaient les [ réformés. L'une parlait du comte de Laval, petit-fils de Dandelot, qui changea de religion peu après et qui mourut f l'année suivante en Hongrie; une autre parlait de la guerre et s'informait si le roi la ferait aux Espagnols ou aux hérétiques; une autre parlait de Chamier et de Ferrier, gens que les jésuites avaient en vue, à cause de leur crédit chez les réformés , et vraisemblablement ce jésuite aurait voulu savoir le moyen de les détruire ou de les gagner ; une autre touchait le roi et Rosny, et apparemment elle devait s'informer des moyens de perdre l'un dans l'esprit de l'autre ; une qui la suivait demandait comme subsi- (liairement, ce qui arriverait touchant la conversion de ce favori; immédiatement après il s'informait qui étaient les liéréliques de la cour les plus faciles à réduire à la foi romaine ; ensuite il voulait savoir ce qui était le plus utile pour la conversion des liéréliques, c'est-à-dire s'il était plus à propos d'en venir avec eux, à la force ouverte, ou de s'en tenir à une tolérance frauduleuse. Il voulait prendre aussi du démon des leçons, de théologie, et le , n forcer à lui dire quel passage de l'Écriture était le plus j clair pour prouver le purgatoire, et pour montrer l'éga- • lité de la puissance du pape à celle de saint Pierre. Il lui i demandait aussi en quel temps Vhérésie de Calvin serait 1 éteinte. Il l'interrogeait sur l'altération des passages de l'Écriture par les hérétiques , et il avait raison de demander |j sur cela les lumières du prince des ténèbres, parce qu'il préparait un ouvrage où il accusait la version de Genève^ d'un grand nombre de falsilicalions. Il passait aux affaires!! étrangères pour savoir comment on pourrait se prendre à,, converlir le roi et la reine d'Angleterre, et tout lef royaume, et pour y réussir avec plus de facilité? Comment jf on' puni rait défaire le (urc et convertir les infidèles; d'où