LIVRE xxvn
venait que Genève était si souvent conservée. Puis revenant aux affaires du royaume, il demandait quelque chose touchant les places de sûreté , touchant Lesdiguières et sa conversion et touchant la durée de l'hérésie.»'
Ces questions eussent été sottes et impernitentes si sous la sottise, la méchanceté ne se fût pas cachée. Le jésuite, infidèle cette fois à la prudence qui caractérise sa société , écrivit de sa propre main les questions sur une feuille volante et la mit dans un livre que Gillot, conseiller au parlement lui avait prêté en 1C03; il rendit le livre et oublia la feuille qui tomba entre les mains du président de Thou qui la montra au roi; celui-ci trouva la curiosité du jésuite un peu trop grande, mais son crédit n'en fut pas diminué à la cour.
Le public, moins complaisant que le roi, eut connaissance de l'affiiire , il trouva comique que Colon eût voulu questionner le démon , non-seulement sur les affaires d'Etat, mais encore sur le moyen de convertir les hérétiques, comme si le prince des ténèbres était intéressé à l'abjuration des protestants. De là , l'apparition du grimoire du père Coton ^ dans lequel on racontait en détail ce qui s'était passé entre lui et le diable.» '
Le roi ne put empêcher la circulation du pamphlet qui fit rire aux dépens des jésuites, mais qui affligea profondément les esprits sérieux. Sous les bouffonneries on découvrait les germes de nouvelles intrigues qui pouvaient ramener la France aux plus mauvais jours de la Ligue.
Les jésuites nièrent le fait; mais leurs dénégations n'ont jusqu'ici constaté que leurs mensonges.
Au milieu de tous ces incidents , les réformés se préparaient à tenir une nouvelle assemblée générale. Le roi le voyait avec peine : il craignait qu'elle ne prît la défense du duc de Bouillon qui de suppliant était devenu accusateur, et se présentait aux yeux de l'Europe
1. Élie Benoit, Histoire de l'édit de Nantes, t. \" , liv. VII, p. 402 et suiv.
2. L'Estoile, année 1605. — De Thou, liv. CXXXII, p. 717 et suiv. — Liste des questions dressées par le père Coton pour l'exorcisme d'Adrieune Dufresnes.
comme une viclime de sa fidélité au protestantisme. Le lieu enfin de la réunion lui déplaisait: Chatellerault n'était pas éloigné des possessions de Duplessis-Mornay et de La Trémouille. Ce dernier lui éîait aussi suspect à cause de la grande influence qu'il exerçaitsur ses coreligionnaires.
Ce seigneur était né en 1566 d'une famille illustre du Poitou. Son père, Louis de la Trémouille', zélé catholique tué en 1577 devant Melle, laissa deux enfants: une fille, Charlotte Catherine; un fils, Claude deThouars, pair de France, prince de Talmont, conseiller du roi et capitaine de cent hommes d'armes.
Le jeune Claude, après avoir servi dans les armées catholiques, se fit protestant et s'attacha à Henri de Condé qui épousa sa sœur. Fidèle à la cause qu'il avait embrassée par conviction, il se distingua dans les combats qui se livraient journellement entre les deux partis. Après la mort de son infortuné beau-frère, il suivit Henri IV sur presque tous les champs de bataille, où il conquit la répulation d'un habile capitaine. La seule récompense qu'il obtint de son maître fut l'érection de son duché de Thouars en duché-pairie.
Trop fier pour descendre au rôle de courtisan, La Trémouille montra toujours une noble indépendance, et pendant que Rosny donnait l'exemple d'une soumission serviie, il se tenait à l'écart, résistant au despotisme royal, chaque fois que l'intérêt de ses coreligionnaires l'exigeait. Ce fut lui qui fit à l'assemblée de Loudua (1596) la proposition de saisir les deniers royaux pour les employer au paiement de la garnison de Thouars'. Avec tous les membres de l'assemblée, il prêta le serment d'union'. En 1597, il assista à l'assemblée politique de Chatellerault qu'il présida avec autant de sagesse que d'énergie et repoussa les offres qui lui furent faites par Schomberg et de Thou."