LIVRE XXVIIL
Les concessions que le roi faisait aux catholiques aux dépens des protestants, aigrissaient ces derniers, sans contenter les prêtres, dont plusieurs ne voulaient pas faire de prières pour sa personne dans les services publics. Il fallut recourir aux parlements pour les y contraindre. — L'esprit ligueur, entretenu avec habileté par les jésuites, était un obstacle permanent aux bonnes et loyales intentions de Henri IV, qui désirait apprendre aux deux cultes à vivre en paix à côté l'un de l'autre. Il n'y réussissait qu'à demi; et ce qu'il obtenait, il le devait à la seule crainte qu'il inspirait. Un événement qui eut lieu à cette époque révéla au monde épouvanté tout ce qu'un zèle aveugle peut entreprendre pour le triomphe de Rome et la ruine du protestantisme. La société de Loyola, depuis le jour où son fondateur avait entrepris de rasseoir le catholicisme ébranlé sur ses antiques bases, n'avait cessé d'être, pour la chrétienté, une cause de discordes et d'assassinats. Elle avait brouillé toute l'Europe par ses intrigues; la Suède, la Pologne, la Prusse, la Hongrie, la Moscovie avaient été le théâtre de ses sanglantes tragédies'. Nous avons raconté au dix-huitième livre de cette histoire le complot de Savage, de B.illard et de Babington, son insuccès ne découragea pas les jésuites, qui, ne comprenant pas que Dieu se déclar iif contre eux, quand il donnait à l'Angleterre contre l'E^^pagne, ses orages et ses tempêtes pour détruire lailniii; le Philippe II, cherchèrent des tueurs, pour assassiner Elisabeth : ils en trouvèrent. En 1592, Patrice Cullen s'offrit. Deux ans après, deux ' autres tueurs, William et Yorck, se dévouèrent et reçurent des mains du jésuite Holte, le pain de la Cène; en
1. Guettée, Histoire des jésuites, 1. 1". — Élie Benoit, Hist. de redit de Nantes, 1. 1", p. 438.