‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 204 sur 235 · LIVRE XXvril · texte numérisé non relu

LIVRE XXvril

1597, Sqiiirre vint du fond de l'Espagne à Londres, pour essayer du poison : un disciple de Loyola, Walpole, lui promit le ciel et lui fit jurer de garder le secret.

Dieu déjoua toîss ces complots. Les assassins furent découverts et avouèrent tout avant de mourir. « Nous avons, dit un auteur contemporain de ces événements , leurs aveux signés de la main propre de chacun d'eux, en sorte que nous pouvons procéder dans cette affaire, comme l'on dit, papier sur tabie.»'

Après la mort d'Elisabeth, les jésuites crurent que son successeur, Jacques VI, le fils de Marie Sluart, abandonnerait la foi des réformés dans laquelle il avait été élevé; leur espoir fut encore déçu; Garnet, le principal meneur de toutes les inlrigues, était sur le point de quitter l'Angleterre, quand deux catholiques de haute naissance, Catesby et Percy, lui demandèrent, s'il était permis, pour soutenir la cause de Rome contre la Réforme, de faire périr, en une fois, plusieurs coupables, tout en enveloppant dans leur ruine quelques innocents. ■ — Il est permis de le faire, répondit Garnet sans hésiter.

Catesby et Percy furent rassurés; l'homme qu'ils consultaient jouissait parmi les membres de son ordre, dont il était le supérieur, de la réputation d'un profond et sage docteur. Ils s'adjoignirent des complices qui , tous Jurèrent sur les saints Évangiles, de persévérer dans leurs desseins, et d'en garder inviolabiement le secret. Le jésuite Gérard leur donna l'absolution.

Leur projet était de faire périr, d'un seul coup, le roi, la famille royale, le parlement et les personnages les plus considérables de la ville de Londres. Le il décembre, ils se mirent à l'œuvre, et commencèrent à creuser une mine qui devait conduire d'une maison qu'ils avaient louée, jusques sous la voûte de la grande salle du parlement. Quand elle fut achevée, ils y entassèrent des barils de poudre auxquels on devait mettre le feu, le jour où Is roi, accompagné de toute sa famille et des principaux dignitaires de son royaume, en ferait l'ouverture solennelle. Pendant que les conjurés perçaient leur souterrain,

1. Procès contre Henri Garnet, supérieur de la société jésuitique en Angleterre et autres , etc. ; à Londres de l'imprimerie de Jean Norton, imprimeur du roi (1607).

Catesby les encourageait. «, Dans le moment, leur disaitil, en faisant allusion au jour de l'ouverture du parlement , oii les ennemis de notre sainte religion méditeront, peutêtre, quelques nouvelles mesures, nous les ferortS passer des flammes de ce monde à celles qui doivent les consumer pour toujours.» Le père Garnet ne demeurait pas oisif : il administrait le sacrement de la pénitence et de la sainte Cène aux conspirateurs, et demandait à Dieu, dans des prières ferventes, de faire réussir cette entreprise pour la plus grande gloire de son église.

Quand le passage eut été pratiqué, les conspirateurs .entassèrent des barils de poudre sous la chambre du parlement, et attendirent avec anxiété l'ouverture de la séance royale.

Heureusement un des complices de Catesby avait un ami dans le parlement. A défaut de la conscience, qui, chez lui, était muette, la pitié fit entendre sa voix. Il lui écrivit, eu dissimulant son écriture, une lettre dans laquelle il l'avertissait de ne pas se rendre au parlement le jour de l'ouverture. Le style de cette lettre, son obscurité , lui firent croire au eiie orovenait d'un cerveau malade, ou d'un mystiiicaleur. it la communiqua cependant au secrétaire d'Etat Salisbury, qui n'y attacha aucune importance, mais qui eut l'idée d'en faire immédiatement part au roi. Celui-ci lut la lettre avec une grande attention, fut frappé de quelques expressions, et devina, sous l'ambiguïlé des termes, le projet des conspirateurs. 11 ordonna de visiter les caves du parlement ; on y trouva GuyFawkes, domestique de Percy. On l'arrêta; la poudre, cachée sous des fagots, fut découverte; elle était contenue dans trente-six barils. Fawkes déclara tout. Catesby et ses complices prirent la fuite. On se mit vivement à leur poursuite; les deux chefs de la conspiration périrent les armes à la main, ainsi que plusieurs de leurs compagnons de crime. Les autres furent arrêtés, jugés et condaioiiés à mcrL

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Le jésuite Garnet fut arrêté. Dans le cours de l'instruction de son jorocès , il ne put , malgré ses restrictions

UVHE XXVIII.

mentales, décliner la responsabilité du crime qui avait épouvanté TAngleterre. Il fut condamné à mort.

Le 3 mai 1605. il fut conduit au lieu de son supplice. \ la vue de l'échafaud. il se troubla et se mit à trembler de tous ses membres. L'angoisse et la terreur se peignaient sur sa figure blafarde. Pour la première fois, peut-être, la conscience lui faisait entendre sa voix sévère, et comprendre que ce qu'il regardait comme une œuvre méritoire de la vie éternelle, n'était qu'un crime abominable. D'un pas chancelant, il monta sur l'échafaud, et d'une vois émue il dit aux assistants : «Le crime qu'on a voulu commettre est énorme, et s'il eût été consommé, il eût été impossible de n'en pas avoir horreur; mais je n'ai su la chose de Catesby qu'en général ; je suis cependant coupable de l'avoir célée et d'avoir négligé de l'empêcher; ce que j'ai su en particulier, ajouta-t-il, je ne l'ai appris que sous le sceau de la confession. »

A ces mots, le magistrat chargé de présider "a son exécution lui dit : «Rappelez- vous les quatre articles signés de votre main, qui sont entre les mains du roi'; ils prouvent que vous avez eu connaissance du crime autrement que par la confession.»

Garnet baissa la tète : «Ce que j'ai signé est vrai, ditil; ma condamnation est juste; j'aurais dû tout découvrir h Sa Majesté. »

Un moment après, la justice humaine était satisfaite.

La société de Loyola ne se montra pas ingrate pour l'homme qui s'était dévoué pour elle, et dont le seul tort, à ses yeux, avait été d'avouer son crime.

Sans tenir compte du procès-verbal de sa mort, elle en dressa un, dans lequel elle dénatura audacieusement les faits, et d'un criminel fit un saint martyr. «.Il monta, dit le père Jouvency,à l'échelle du gibet avec une incroyable sérénité, qu'il conserva même étant suspendu à la potence, et jusqu'à sa mort, quand on lui eut coupé la tète, en sorte que plusieurs y accoururent pour le voir de plus près.

«Le peuple en gémit, et comme le bourreau se mettait en devoir de couper la corde , avant qu'il eût rendu l'esprit, le peuple l'en empêcha par ses cris. Ensuite le mêina

exécuteur montrant, comme on le fait ordinairement, dans ses mains ensanglantées, le Cœur qu'il avait arraché, personne ne poussa les cris accoutumés de vive le roi! mais chacun rendit témoignage par un silence aussi éloquent que luguhre, h l'innocence de cet excellent prêtre ; ou, si l'on entendit quelques paroles, ce fut de la part de ceux qui disaient qu'assurément ce n'était pas la mort d'un traître.

«Il y eut un combat religieux entre les catholiques pour enlever ses dépouilles, ou pour recevoir son sang dans des linges, tandis qu'on lui déchirait le corps.» '

Le père Jouvency, en se faisant le panégyriste de Carnet, dut se rappeler la maxime pratique de sa société: «que tout mauvais cas est niable.» Il fallait que cet écrivain fût bien aveugle, ou bien hardi, pour oser justifier un crime abominable, dont elle n'a pas su se laver , malgré tous les efforts de ses défenseurs.

Lorsque plus tard, sous Charles I", les catholiques furent accusés d'une nouvelle conspiration, le comte de Sfaffort, le principal accusé, parlant dans sa défense de la conspiration des poudres, prononça ces paroles remarquables : «Je fis une recherche exacte de cette affaire et plus particulière qu'aucune autre personne, je m'en enquisàmon père, à mon oncle et à plusieurs autres; je suis convaincu et crois fortement par les preuves que j'en ai reçues que cette trahison était un horrible et détestable dessein de quelques jésuites, avec quelques autres gens, et je la considère comme une action si exécrable, que je ne crois pas que la malice des jésuites^ ni l'esprit de l'homme veuille ou puisse l'excuser. » '

1. Souvenirs liistoriques de la compagnie de Jésus , 5« partie, t. n, commençant à l'année 1591 jusqu'à 1616, imprimé à Rome en 1710 avec permission. — Voir pour tout ce qui concerne la Icélèbre conspiration des poudres : Procès contre Henri Garnet, supérieur de la société jésuitique en Angleterre; Londres, imprimerie de Jean Norton, imprimeur du roi (1607). — Extraits des assertions dangereuses et pernicieuses en tous genres, que les soi-disant jésuites ont dans tous les temps et persévéremmcnt soutenues, etc., pages 460 et suivantes; Paris, chez Pierre-Guillaume Simon, imprimeur du parlement, rue de la Harpe, à i Hercule (M.DCC.LXII).

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