LIVRE XXVIII
ouverte par le décès de Jean-Guillaume, mort sans postérité le 25 mars 1609. Il demanda à l'archiduc passage pour ses troupes sur son territoire; sur son refus, il lui déclara la guerre. Les hostilités devaient commencer au milieu du mois de mai.'
Soit que Marie de Médicis entrevît un divorce dans fa passion de son mari pour la princesse de Coudé , soit qu'elle eut le pressentiment que la guerre qui allait éclater mettrait en danger les jours du roi, elle insista vivement auprès de lui pour qu'il la fit sacrer. Henri IV résista d'abord ; puis il céda, mais avec une répugnance visible. «Ile! mon ami, disait-il à Sully, que ce sacre me déplaît! .Je ne sais ce que c'est; mais le cœur me dit qu'il m'arrivera quelque malheur ; puis, s'asseyant sur une chaise basse faite exprès pour lui (à l'arsenal), rêvant et battant des doigts sur l'étui de sos lunettes, il se relevait tout à coup, et frappant des deux mains sur ses deux cuisses, il disait: Pardieu, je mourrai en cette ville et n'en sortirai jamais. Ils me tueront, car je vois bien qu'ils n'ont d'autre remède à leur danger que ma mort. Ah! maudit sacre, tu
seras cause de ma mort Car pour ne vous rien céler,
l'on m'a dit que je devais être tué à la première grande magnificence que je ferais, et que je mourrais dans uu carrosse, et c'est ce qui me rend si peureux.» — ^«Yous ne m'aviez, ce me semble, jamais dit cela, Sire, répondit Sully; aussi me suis-je étonné de vous voir crier dans im carrosse comme si vous aviez appréhendé ce petit péril , après vous avoir vu tant de fois parmi les coups de canon, les mousquetades , les coups de lances, de piques et d'épées, sans rien craindre. Mais puisque vous avez celte opinion et que votre esprit en est tant travaillé, si j'étais que de vous, je partirais dès demain , je laisserais faire le sacre sans vous, ou le remettrais l\ une autre fois, et je n'entrerais de longtemps à Paris, ni en carrosse. »-
1. Suite de De Thou, t. X, liv. III. — Mémoires de Fontenay. — Mareuil, liv. I", p. 36-40. — Sully, Économies royales, année IGIO.
2. Sully, Économies royales, t. VllI, 364-3G6. — Cassompierre, Mémoires. — Journal de L'Estoile , année 1 G 1 0.