‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 215 sur 235 · LIVRE XXVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XXVIII

quis son auiûuomie; elle est elle, c'esl-à-dire puissante, influente dans les conseils de l'Europe. Son roi en est devenu l'arbitre; l'Allemagne l'aime et l'admire, la maison d'Autriche le craint.

Les peuples ont, comme les individus, des procès à vider; les luttes, un moment suspendues par les traités et les trêves sont repris et ne se vident sur les champs de bataille qu'avec du sang humain. Henri IV qui avait à un haut degré le sentiment de la dignité nationale vit d.ins la paix de Vervins une trêve qui lui permettait de refaire son peuple par le repos ; mais \a pensée constante de son règne fut de faire expier à l'Espagne ses intrigues et les humiliations qu'elle avait fait subir à la France pendant de si longues années. Aidé de Sully, il commença ses préparatifs dès 1603; six ans après il était prêt. c< Jamais on n'avait vu, dit Elle Benoit, en France de si beaux préparalifs. Les guerres civiles avaient fait de bons soldats de presque tous les Français. Il y avait un nombre incroyable de vieux officiers , signalés par une longue expérience. On ne manquait point des généraux expérimentés, et le roi était reconnu par toute l'Europe pour le plus hardi et le plus grand capitaine de son temps. Le sang bouillait dans les veines des réformés qui s'assuraient de voir finir leurs terreurs avec la grandeur de la maison d'Autriche; et qui ne demandaient que l'occasion de se venger, par une légitime guerre , des massacres, des violences qu'ils croyaient que le conseil d'Espagne avaient inspirées contre eux, à celui de France. Les catholiques espéraient s'avancer et se faire valoir par la guerre. L'économie et la vigilance de Sully avaient mis un ordre aux affaires, qu'on ne se souvenait pas d'y avoir jamais vu. Jamais il n'y avait eu tant d'armes à l'arsenal, et ce qui était le plus extraordinaire pour la France, jamais tant d'argent comptant, ni tant de ressources pour plusieurs années. Les alliances étaient belles et puissantes ; outre celles des Provinces-Unies qu'on avait renouvelées, il y en avait une conclue , depuis peu à Hall en Souabe, malgré les oppositions de l'empereur, avec une quinzaine des princes protestants. » •

1. Élie Benoit, Hist. de l'édit de Kantes, 1. 1", liv. IX, p. 462. — Sully, Économies royales.

On ne savait sur qui allait fondre ce noir nuage, Rome craignait, l'Espagne tremblait. Le vieux parti ligueur qui pressentait que l'orage allait éclater sur lui, disait à la vue de ces grands préparatifs, qu'il vaudrait mieux les tourner contre les hérétiques du dedans que contre les catholiques du dehors-, ces hérétiques , ajoutait-il, sont une poignée de gens aisés à exterminer, si chacun voulait balayer le devant de sa maison. L'un de ses prédicateurs ne craignit pas de dire en présence du roi et de sa cour, «que cette guerre pour des hérétiques contre des catholiques était illicite; que ce seraient autant de coups donnés dans le cœur de Jésus-Christ.» En terminant son discours, il voua aux enfers tous ceux qui y prendraient part.'

Des bruits sinistres circulaient partout. On annonçait la mort prochaine du roi : «ce serait grande merveille, dit Mornay à M. de Lucques, si ses ennemis ne se défont pas de sa personne. «Au milieu de tous ces préparatifs qui annonçaient à la France qu'elle était à la veille d'une grande guerre, sans que rien d'officiel lui eût appris quel ennemi elle allait attaquer, le roi devint subitement amoureux de Charlotte de Montmorency , la jeune épouse du prince de Condé. Dans sa folle et criminelle passion, il se montra odieux et ridicule: odieux, en voulant ravir au prince sa compagne ; ridicule , en donnant à la cour le spectacle d'un amoureux de cinquante-sept ans, laid, dégoûtant'. Le prince de Condé était pauvre, avare; Charlotte de Montmorency, coquette. Il eût peut-être vendu sa femme qui se serait prêtée par ambition à cet infâme marché, s'il n'eût cru utile à ses intérêts de l'enlever et de se rendre intéressant en remplissant l'Europe du bruit de ses malheurs. A la nouvelle de sa fuite, Henri IV furieux, ne pensa qu'aux moyens de ravoir la princesse, et se disposa à aller la chercher lui-même à Bruxelles, et rompit des négociations entamées à l'occasion de l'ouverture de la succession des duchés de Juliers et de Giève.s,

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