LIVRE XXVIII
répondil, le roi en se prenant à rire. Entre le 13 et le 14, dit-il , «et sur ces mots , dit l'Estoile, il fit aller son carrosse.»
Il ne savait pas où il voulait aller; après avoir à plusieurs reprises hésité , il donna l'ordre qu'on le conduisît à l'Arsenal' pour y visiter Sully qui était malade. Le carrosse se dirigea vers la rue Saint-Denis: le même homme qui avait suivi le roi à l'église des Feuillants, suivait la voiture qui, arrivée dans la rue de la Ferronnerie, s'arrêta à cause de deux charrettes qui rétrécissaient la voie.
Cet homme, sans être vu, se glissa entre les boutiques et les roues de la voiture, et frappa le roi de deux coups de couteau.
Henri IV poussa un cri et tomba dans les bras du duc d'Epernon: il était mort.
L'assassin aurait pu s'échapper, il ne le voulut pas. Son couteau sanglant à la main, il attendit tranquillement, qu'on le saisît ou qu'on le tuât.
L'un des gentilshommes qui accompagnaient le roi voulut se jeter sur l'assassin et le percer de son épée.
Le duc d'Epernon s'y opposa, et ordonna qu'on arrêtât le meurtrier.
Dans ce moment critique, l'ancien mignon de Henri IV montra une présence d'esprit extraordinaire. «Le roi n'est que blessé,» dit-il aux personnes qui s'étaient attroupées autour de la voiture et qui le croyant mort , poussaient des cris de douleur. Il fit abaisser les portières du carrosse et ramena un cadavre au Louvre.
Quand on connut la fatale nouvelle, une foule immense se pressa aux abords du palais. L'immense douleur du peuple constata l'immensité du malheur. — A part quelques seigneurs incorrigibles , chacun sentait qu'il avait perdu dans le roi un père , dont la main ferme avait clos l'ère des révolutions sanglantes qui depuis plus d'un demi-siècle affligeaient le royaume. On demandait quel était son meurtrier. On accusait tout haut les jésuites.
Le père Coton, à la nouvelle de l'assassinat, courut au Louvre.... Qui est, s'écria-t-il, le méchant qui a tué ce bon prince, ce saint roi, ce grand roi? N'est-ce pas un huguenot?
Ah! quelle pitié, dit le jésuite, s'il en est ainsi; et il fit itrois grands signes de croix.
J. Kotc xym.
Un (les assislanls qui avait cntoiulu rcxclamalion de Colon, dit assez haut pour être entendu: Les huguenots ne font pas de ces coups-là.
Le jésuite alla visiter le meurtrier dans sa prison. «Mon ami, lui dit-il, gardez-vous bien à ne mettre pas en peine les gens de bien. Dans sa sollicitude , il lui promit de faire tous les jours mention de lui au sacrifice de la messe.»'
Le duc d'Epernon qui sentait tout le péri! de la situalion, déploya une rare énergie. « Madame, dit-il à la reine qui se lamentait et s'écriait en sanglotant : Hélas ! le roi est mort; vous vous trompez , Madame, le roi ne meurt pas en France » , et pendant que Paris était dans une extrême agitation, le conseil du roi défunt signa un acte qui confiait le royaume à sa veuve. D'Épernon, botté, éperonné, la main sur la garde de son épée , porta cet acte au parlement qui, séance tenante, rendit d'urgence un arrêt «par lequel il déclarait la reine, mère du roi, régente de France, pour avoir l'administration des affaires pendant le bas âge du roi avec toute-puissance et autorité.»
A quatre heures de l'après-midi, le roi avait été frappé; trois heures après, sa veuve prenait les rênes de l'État. Le lendemain, le jeune roi tenait un lit de justice et déclarait sa mère régente de France, «pour avoir soin de l'éducation et nourriture de sa personne» et l'administration de ses affaires pendant son bas âge. »
Pendant que la cour, sous le coup d'impressions diverses, s'agitait et intriguait autour du cadavre du roi, un cburrier parti de Paris le jour même de l'attentat, arrivait le lendemain aux portes de Saumur au moment où les lumières commençaient à s'éteindre.
«J'ai besoin, dit-il à la sentinelle, de parler au gouverneur.»
Malgré l'heure avancée do la nuit, il fut conduit vers Mornay.
«Monseigneur, lui dit-il lout bas à l'oreille, le roi a été tué.»