‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 233 sur 235 · On apjielle ainsi la dispute du droit d'un tiers · texte numérisé non relu

On apjielle ainsi la dispute du droit d'un tiers

NOTES

main, s'aclierainant hors de Paris. — Quelle femme est cela? s'écria le Malieustre. — C'est la ligue, répondait le Manant; elle va hors de Paris pour prendre Soissons. — Vient-elle des enfers pour nous ensorceler? Que dénotent ces chiens dont elle est suivie? — C'est qu'eUe est pleine d'envie et qu'elle s'eflbrce de mordre alors même qu'elle rit. — «Il n'y eut pas assez d'odes, de somiets, de quatrains, de stances et couplets à l'éloge du Béarnais, — productions latines ou françaises dans lesqueUes se complaisaient les parlementaires. 11 existe encore des gravures contemporaines où Henri IV est reproduit sous les traits de tous les héros de la fablè. Jean Leclerc, rue Saint-Jean-de-Latran , à la Salamandre, vendait une grande image démontrant la délivrance de la France par le Persée français ; comme Andromède , la France avait été sacrifiée , mais le monstre qui la gardait entre ses dents avait senti comljien le bras de Persée était fort : «France, demeure Adèle et ne crois plus à ceux qui ont rogné l'or de ton diadème. »

(Capeflgue, Histoire de la Réforme, de la Ligue et de HenrilV, t. VU, p. 184, 185, 18C.)

Note rv, page 85.

Quand les jésuites veulent réformer un novice ou le préparer pour quelque action utile à leur compagnie, Os l'enferment pendant plusieurs jours dans une chambre, sous le prétexte d'une plus grande liberté pour lui, de se livrer à la méditation des choses saintes.

L'imagination du novice s'exalte naturellement dans la solitude; les voix my.slôrieuses qu'on lui fait entendre, les apparitions dont on frappe ses yeux, lui font croii'e qu'il est favorisé d'une révélation du ciel. Dès ce moment il ne s'appartient plus. 11 réalise les célèbres paroles de Loyola : Perinde ac cadaver. On peut dès lors, comme à Jacques Clément, lui remettre un poignard; sa main ne tremble pas plus que sa conscience n'est troublée ; il ne se croit pas assassin, mais ange exterminateur.

Note V, page 87.

Dans les papiers du père Guignard, on découvrit les maximes suivantes écrites de sa propre main :

(c 1° Si, en l'an 1572, on eût saigné la vaine basihque, nous ne fussions tombés de fièvre en chaud mal, comme nous expérimentons. Pour asoiî pardonné au sang, ils ont mis la France à feu et à sang;

« 2» Que le Néron cruel (Henri III ) a été tué par un Clément, et le moine simulé despeché par la main d'un vrai moine ;

«3° Appellerons-nous un Néron, un Sardanapale.un renard de Béarn, roi de France? un hon, roi de Portugal i" une louve, reine

NOTES

d'Angleterre? un griffon, roi de Suède? un pourceau, roi de Saxe?

« 4° Pensez qu'il faisait beau voir trois rois, si rois se doivent nommer! Le feu tyi'aa (Hcuri Ili), le Béarnais, et ce prétendu monarque de Portugal , dom Antiiouio (ennemi du roi d'Espagne)!

« 5° Que le plus bel anagramme , qu'on ti'ouva jamais sous le nom du tyran défunt, était celui par lequel on disait : 0 le vilain Bérodes !

« 6° Que l'acte héro'ique fait par Jacques Clément, comme don du Saint-Esprit, appelé de ce nom par nos théologiens, a été justement loué par le feu prieur des Jacobins, Bourgoing, confesseur et martjT, par plusieurs raisons, tant à Paris, que j'ai ouï de mes propres oreilles lorsqu'il enseignait sa iudilh, que devant ce beau parlement de Tours; ce que ledit Bourgoing, qui plus est, a signé de son propre sang et sacré de sa propre mort; et ne fallait croire ce que les ennemis rapportaient; que, par ces derniers propos, il avait improuvé cet acte comme détestable;

« 7° Que la couronne de France pouvait et devait être transférée à une autre famille que celle de Bom'bon;

« 8° Que le Béarnais, ores que converti à la foi catholique, serait traité plus doucement qu'il ne méritait, si on lui donnait la couronne monacale en quelque couvent bien réformé, pour iUec faire pénitence de tant de maux qu'il a faits à la France, et remercier Dieu de ce qu'il lui avait fait la grâce de se reconnaître avant la mort ;

« 9«Que, si on ne le peut déposer sans guerre, qu'on guerroyé; si on ne peut faire la guerre, qu'on le fasse mourir!»

(Extrait de la Procédure contre Jehan Châtel, Mémoires de la

Suit le mémoire des sommes payées par le roi pour traités faits, réduction de pays, villes, places et seigneuries particulières, en l'obéissance du roi pour pacifler le royaume. A M. de Lorraine et autres particuliers, suivant

A M. de Mayeime et autres particuliers, suivant son traité, compris les dettes de deux régimens de suisses, que le roi s'est chargé de payer. . . . 3,580,000 A M. de Guise, prince de Joinville, et autres.

Ligue.)

Note vi, page 111.

Prix de la ligue.

son traité et promesses secrètes,

3,766,825 llv.

suivant son traité

A M. de Nemours et autres.

A reporter.

11,613,655 Ut.

NOTES

Report 11,613,655 liv.

Pour M. de Mercœiir, Blavct, M. de Vendôme et autres, suivant leur traité pour la province de

Brettagne 4,295,350

Plus pour M. d'Elbœuf , Poitiers et divers particuliers 970,824

A M. de Villars, le chevalier d'Oise son frère, les villes de Rouen, Le Havre et autres places, et pour les récompenses qu'il a fallu donner à Messieurs de Montpensier, maréchal de Biron, chancelier do Chiverni, et autres 3,477,800

A M. d'Espernon 496,000

Pour la réduction de Marseille 406,000

Pour M. de Brissac, la ville de Paris et autres

particuliers 1,695,400

A M. de Joyeuse , pour lui , Toulouse et autres

voies 1,470,000

A M. de la Chastre, pour lui, Orléans, Bourges,

et autres particuliers 898,900

A M. de Villeroi, pour lui, son fils, Ponto-ise, etc. 470,594

A M. de Bois-Dauphin 670,800

A M. de Balagny, pour lui, Cambrai et autres

particuliers 828,930

A MM. de Vitry et Medarid 380,000

Plus pour les sieurs Vidâmes d'Amiens, Abbe-

ville, Peronne et autres places 1,261,880

Pour les sieurs de Belan, Joffreville et autres, Troyes , Nogent , Vitry, Rocroy, Chaumont, et

autres places 830,048

Pour Vezelay , Macou , Mailly et divers particuliers en Bourgogne 457,000

Pour les sieurs de Canillac, Monfan et autres,

la vUle Du Puy et autres villes 547,000

Pour diverses villes en Guyenne, les sieurs de

Montpezat, Montespan et autres 390,000

Pour les traités de Lyon, Vienne, Valence et autres villes, et divers particuliers en Lyonais et

Dauphiné 636,800

Pour la ville de Dinan et quelques autres. . . . 180,000 Plus pour les sieurs Leviston, Baudoin et Be-

villiers, suivant les promesses à eux faites .... 1 00,000

Total du prix de la ligue 32, 1 42,9.s i liv.

(Extrait des Lettres de Heiiri IV.)

NOTES

Note \a, page 144.

Dans la nuit de samedi , Jeanne d'Àlbret fit approcher la baronne de ThigiionTille, à qiii elle avait confié l'éducation de sa fîlle; elle Tentrelint durant deux heures , â voix basse ; après quoi elle ajouta, assez haut pour être entendue, qu'elle remettait entre ses mains sa fiUe chérie, ne doutant point qu'elle ne pût la conserver digne d'eUe, et des soins qu'elle lui avait coûtés depuis son enfance; elle l'exhorta à lui répéter souvent ses dernières volontés : " Dites « lui que sa mère mourante lui commande de se montrer dès son s bas âge, ferme et constante au service de Dieu, qu'elle le prie , " qu'elle le serve ; qu'elle soit soumise à son frère , aux femmes «vertueuses qui vont diriger ses pas au milieu de tant d'écueUs; «qu'elle se dise sans cesse à elle-même, qu'en écoutant leurs 'I sages avis, c'est moi-même qu'elle écoute; rappelez -lui le passé, «nos entretiens, les exemples de vertus et de constance dont elle « a été témoin. Enfin, dites -lui que je la remets en la garde et «protection de Dieu, qui la gardera et protégera si elle le sert. »

(Extrait de l'Histoire de Jeanne dAlbret, par M"' de Vauviliiers, t. n, p. 426-427.)

Noie vm, page 197.

îjetfrcs de François de Sale§ au dnc de Shtoîc qnî

ie consiiîtaîî sur la conîlnite à tenir à l'égard de Genève.

« n n'y a nul doute que l'hérésie de l'Europe ne vint à être grandement débilitée, si cette cité était domptée et réduite, parce que c'est le siège de Satan, d'oii il épanche l'hérésie sur tout le reste du monde , ce qui est évident par ces points : Genève est la capitale du calvinisme; car Calvin et de Bèze y ont choisi leur domicile. Toutes les églises prétendues réformées de France se rapportent aux minish'es de Genève quant aux points de doctrine et aux autres affaires de police ecclésiastique. Toutes les villes des hérétiques respectent Genève comme l'asile de leur religion : cette année même, un homme du Languedoc est venu la visiter, comme un cathoUque visiterait Rome. U n'y a point de ville en Europe qui ait plus de commodités pom- entretenir l'hérésie , puisqu'elle est la porte de France , d'ItaMe et d'Allemagne ; de sorte qu'il s'y trouve des habitants de toutes les nations : Italiens , Français, Allemands, Polonais, Espagnols^ Anglais, et des provinces les plus éloignées. D'ailleurs chacun sait le grand nombre de ministres qui y est. L'aimée passée elle en a fourni vingt à la France; l'Angleterre même fait venir des ministres de Genève. Que dirai-je des belles et magnifiques imprimeries, par lesquelles cette viUe remplit toute la terre de ses méchants livres , jusqu'à

NOTES

les faire distribuer aux dépens du public ! Cette arniôe , le livre de la Roche Cliandieu a été imprimé à eu donuer gratuilemeut pour 700 écus d'or. A ceci se rapporlcut les écoles où l'on voit une quantité de jeunes gentilshoninics de France et d'Allemagne, Il ne faut point oublier les exercices continuels de prédications , leçons, conférences, disputes, composition de livres et autres semblables qui enti'etiennent merveilleusement l'hérésie. Toutes les entreprises qui se font contre le Saint-Siège apostolique et les princes catholiques ont leur commencement à Genève. Aucune ville de l'Europe ne reçoit autant d'apostats de tous grades séculiers et réguliers. De là je conclus que Genève étant abattue, il est nécessaire que l'hérésie se dissipe. Pour en venir à ces fins , il faut établir les jésuites à Thonou^ une imprimerie à Annecy pour mettre en lumière les écrits que les doctes font contre l'hérésie , et ainsi pousser un clou avec un autre clou. Les autres choses qui regardent proprement la destruction de la ville de Genève ne sont point de mon gibier ni de mon humeur ; Votre Altesse a en main plus d'expédients que je n'en saurais penser. » (Extrait de la Vie de saint François de Sales , 'par son neyeu Auguste de Sales, p. 120 à 121;' Lyon, 1633).

Imprimeurs genevois à la fin dn 16° siècle, d'après ud travail de M. le professeur GauUieur.

1. Les Estienne. — 2. Jean Crespiii, d'Arras. — 3. Jean Durand, de Cliàtillon-siir-Seine. — 4. Michelic Kicot. — 5. Jean Chouct. — 6. Thomas Courtaud. — 7. Conrad Badius. — 8. Gabriel Carties. — 9. rierre de Saint- André. — 10. Charles Pernot. — 11. Jacques Planchant. — 12. Antoine Leymarie. — 13. Antoine Reboul. — 14. Perrin à Cologny. — 15. Barbier. — IG. Pinereul. — 17. Bonnefoy. — 18. Gymnicus. — 19. François Le Preux. — 20. Guillaume Maurice. — 21. RiverL — 22. Berthêt.— 23. Commeliu. — 24. Estienne , Anastase. — 25. Jean de Laon. — 26. Jean Georges. — 27. Hamelin. — 28. Chauvin, Antoine. — 29. Mathieu Berjon. — 30. Olivier Jordriu. — 31. Jean Mirard. — 32. Vincent Brôs. — 33. Pyramus de Candole. — 34. Les De Tournes.

(Gaberel, Histoire de Genève, t. II, aux pièces justificatives, p. 267.)

Note IX, page 213.

Dans un discours prononcé au Havre dans l'église Saint-François , le R. P. Carboy s'exprimait sur le protestantisme de la manière suivante :

«Eu dehors du catholicisme apostolique et romain, dans les sectes et les Églises qui ont rejeté lo dogme eucharistique, vous Le rencontrerez que des hommes ùnpuissants à produire le bien et des œuvres frappées à leur naissance de stérDité et de mort.

«En face de l'Apostolat catholique disséminé à tous les Tenfs du ciel, l'histoire impartiale et véridique ne présente dans les Églises dissidentes que des révérends Pasteurs qui courent le monde à tant de revenus fixes- par mois et par année. Dans une seule année , le catholicisme compte en Chine soixante martyrs dans ses prêti-es : les annales du méthodisme n'en ofTrent pas un seul sur tous les points du globe en ti'ois siècles; elles ne nous montrent que des traflqueurs qui escomptent les âmes en cherchant le bonheur.

« L'Eucharistie fait germer la charité pure dans les âmes qu'elle ennoblit et transforme. Venez plutôt, comparez et jugez. En 1562 mie peste cruelle désole Genève et décime sa population ; il n'y avait plus alors à Genève d'évèque, de prêtres, ni de moines : le calvinisme avait jeté son niveau destructem* sur toutes les institutions que le catholicisme avait fondées dans les siècles. Le conseil d'État s'assemble pour délibérer sur les mesures à prendre dans une aussi grande perplexité des esprits : le chef du consistoire protestant se présente dans l'assemblée , et déclai'e que ses pasteurs et lui se retù:ent, alléguant l'insuffisance de leur courage et l'inefficacité de leur mission dans une aussi terrible calamité. Tout le monde peut Mre cette déclaration sur les registres conservés au conseil d'État de la répubMque genevoise, à la date de 1562. Voilà le dévouement, l'esprit de sacrifice et les œuvres dr la Réformation , qui a rejeté l'Eucharistie et qui n'a plus le foyer de l'amour.

«Comparez encore le zèle apostoUque et l'inetTable charité d'Hyacinthe-Louis de Quélen, de gracieuse et douce mémoire, lors de l'invasion du choléra asiatique de 1832, avec la conduite iDdigne et souverainement blâmable de l'archevêque protestant de Dubhn , qui conseilla à ses collaborateurs , dans un mandement de la même époque, de prendre toutes leurs mesures pour éviter la contagion, de fuir les malades, et de laisser aux catholiques leurs superstitions sacramentelles et leurs téméraii-es assiduités auprès des cholériques. C'est de l'histoire contemporaine; elle est irréfutable : les témoins vivent encore. »

A l'occasion de cette attaque dii-ecte, reproduite par le Courrier du Havre, Jl. le pasteur Poullain a reçu de M. le pastem- Gaberel, l'historien de l'église de Genève, la letti'e suivante :

«Genève, le 26 février 1854.

« Cher frère,

« L'affirmation du Révérend Père Carboy n'a qu'une apparence de vérité. Voici les faits :

Avant l'établissement de la Réformation à Genève , nos registres contiennent des plaintes amères contre les prêtres catholiques qui refusent de soigner les pestiférés. Aucun d'eux n'est victime

NOTES

du fléau, et les magistrats parlent de leur lâcheté en fermes trèsdurs. — Ainsi, le 2 mai 1494, les seigneurs syndics font des instances auprès des sept curés de la ville pour trouver un chapelain, vu qu'aucun prêtre ne veut aller à l'hôpital. Celui qu'on y envoie en est honteusement chassé le 2 septembre. — Le 18 novembre 1494, on y conduit de force un religieux nommé le Frère Pierre. — Le 30 décembre 1513, on se plaint du très-court séjour que les prêtres font auprès des pestiférés.

«Enfin le 30 avril 1530, après un effroyable procès, le prêtre de l'hôpital des pestiférés fut roué avec ses serviteurs pour avoir propagé le fléau afin de profiter des dépouilles et des biens des victimes.

« Vous voyez qu'avant de jeter la pierre à ses adversaires il est bon d'examiner si sa propre maison est bien nette.

« C'est en 153.'), connue on le sait, que la Réforme s'est établie à Genève. Que s'est-il passé depuis lors? La vUle fut désolée par la peste à plusieurs reprises : en 1543, — 1560, — 1570, — 1574, — 1615 , — 1617. C'est sans doute à l'année 1543 que se rapporte le fait dont on a voulu faire sortir une si grave accusation contre le protestantisme. Voici quelques extraits du registre (nous conservons le langage du temps) :

"Du 1" mai 1543. — La peste sévissant cruellement, sur les sept pasteurs se présentent spontanément MM. Jehan Calvin, Chastillon et Pierre Blanchct , qui demandent à tirer au sort pour consoler les malades. Le conseil déclare que M. Calvin ayant fait ses preuves deux ans auparavant en la peste à Strasbourg, où il a soigné et consolé les pestes, il ne sera pas employé, étant trop iilile à l'Élat. Le sort tombe sur le pasteur Pierre Blanchet, qui s'enferme avec les pestiférés et meurt au bout d'un mois, victime de son zèle.

« Du 5 juin 1543. — Le conseil demande un pasteur pour remplacer M. Pierre Blanchet qin est allé à Dieu en faisant son devoir. Sur ce, quatre pasteurs, Louis et Aime Champereaux, Philippe de Ecclesia et Abel Poupin déclarent qu'ils ne se sentent pas le courage d'aller vers les pestés. MM. Calvin, de Gencston et Chastillon s'offrent de nouveau. De Gencston, étant dé.signé par le sort, s'enferme à l'hôpital avec sa femme, qui se dévoue aussi au service des malades, et, au bout de six semaines, tous deux meurent de la peste.

"Les quatre pasteurs susnommés claiciit des moines reçus au saint ministère, mais qui n'étaient nullement propres à cette vocation, car trois ans plus tard les deux Champereaux étaient bannis pour mauvaises mœurs, Ecclesia poiu- usure çt Poupin pour ;;ihéisme. «

Ils furent remplacés par des pasteurs sincères venus de France, au nombre desquels se trouve Jean Macard. de Laon, qui, en

NOTES

1560, accepte la charge de consolateur des pestiférés et, après deux mois de service, meurt de la fièvre peslileniiellc , confessant jusqu'à son dernier sanglot la sainte foi qu'il avait professée.

En 15G8, le registre porte : «M. Perrot, pasteur et professeur de théologie, fut nomme consolateur à l'hôpital des pestes. La maladie était terrible ; des files entières de malades changeaient journellement. La terreur empêchant de trouver des infirmiers en nombre sulTisant, M. Perrot aidait de ses mains à tous les soins des malades. Durant deux mois il ne quitta pas les salles et Dieu lui fit la grâce de le conserver à travers le danger.

«En 1574, le pasteur Chausse est atteint de la peste après avoir soigné les malades durant ti'ois mois. Ses collègues allant lui faire les derniers adieux, il leur dit : Finalement , je suis frappé à mort et je remercie Dieu dem'avoir retiré à lui. Les temps sont si misérables que souvent la foi dcf aille devant l'œuvre. Je m'en vais tranquille, non point par la souvenance de ce que j'ai essarté de faire, viais par l'assurance de la rémission de mes péchés en Jésus-Christ notre Sauveur.

« En 1 6 1 5 , le pasteur Gauthier, riche et dans une brillante position, s'enferme à l'hôpital avec sa femme qui ne veut pas le quitter. Ils se multiphent en aumônes, dit le registre, voulant que les plus pauvres fussent aussi bien soignés que les riches. Ils furent atteints et moururent à trois heures de distance. Gauthier, disait un collègue, vous mourez victime de votre dévouement. Au nom de Dieu, répondit le pasteur mourant, parlez-moi de Jésus et ne venez pas gâter par une louange le moment qui me rapproche de mon Sauveur.

«En 1617, Antoine La Faye, chef de l'Église, successeur de Théodore de Bèze, était choisi par le sort pour consoler les pestiférés; sa compagne ne voulut pas se séparer de lui. Au bout de trois mois, leur tâche était finie; ils rentrèrent chez eux et reçurent les félicitations de leurs amis. Mais le lendemain les symptômes mortels se déclarent; leur maladie est courte; et comme les amis de La Faye se lamentaient de voir sa carrière si misérablement tranchée: — Remercions Dieu, àil-il, qui 7ious juge dignes d'être appelés à un travail difficile en ce monde.

«Voilà, cher Frère, de quoi répondre, etc.

« Signé Gaberel, pasteur. »

(Cette note est extraite d'une brochure intitulée : Réponse aux accusations du R. P. Carboij contre le protestantisme . par H. Poulain, pasteur de FégUse protestante du Havre; l'-sris, Joèl Cherbuliez, 1854.)

Note X, page 237.

Un jésuite écossais, au moment de l'escalade, remit aux Savoyai-d.s des papiers magifpies, qui devaient les préserver des atteintes de l'eau, du fer et du feu.

Ces amulettes portaient les paroles suivantes en latin :

«Cette lettre est écrite par le Sauveur lui-même;

Le pape Léon l'a envoyée à GliarJes-Quint.

Celui qui la portera ou la lira, dans ce jour, ne périra ni par le fer, ni par l'eau, ni par le feu; aucun homme ne pourra lui faire aucun mal.

S'il vient à mourir, le porteur est garanti des peines de l'enfer. Christ, ma vie^ je t'adore !

Christ, mon sauveur, brise les glaives, romps les liens 1 Que ton signe devienne le rachat de ma vie ! Donne-moi la vie éternelle et mets en fuite mes ennemis ! » (Gaberel, Histoire de l'église de Genève, t. Il, p. 488.)

Dangers <te â^enèvc. — Entreprise de Saïut-C'barles» Boroméc et du pape contre ftenève.

N" 1. — Bref de Paul IV à François II pour conquérir Genève, 11 juin 1560.

Nous avons appris que Votre Majesté a promis à notre cher CIs Emmanuel -Philibert des troupes et de l'argent pour remettre Genève sous sa domination. Nous approuvons beaucoup ce projet. Rien de plus digne ne pouvait être entrepris par vous. En eifet, cette ville, comme tous le savent, est l'asile de tous les hérétiques de France et d'Italie. Elle est la source empoisonnée d'où naguère sont sortis les troubles et les séditions cpii ont bouleversé votre royaume. Jamais, pendant que cette ville sera au pouvoir des hérétiques, les ennemis de la foi catholique ne manqueront d'un refuge assuré. Aussi nous vous exhortons de tout notre cœur avec le zèle qui nous dévore; bien plus, nous vous demandons d'aider le duc de Savoie à récupérer cette ville. Envoyez -lui des cavaliers, des fantassins, de l'argent en abondance. En faisant cela, vous accomplirez une chose très-agréable à Dieu et utile par-dessus tout à la paix de votre royaume. Car une fois cet asile, ce réceptacle enlevé aux hérétiques de France, ceux qui dans leur cœur machinent des complots, seront brisés pour jamais. Nous envoyons les présentes par notre vénérable frère le nonce, qui vous les confirmera verbalement. — A Rome, le 11 juin

N" 2. — Le pape Paul IV au roi d'Espagne Philippe II, le 13 juin 1560.

Noti-e bien-aimé Hls Emmanuel- Philibert nous affirme qu'il a le plus grand désii- de récupérer Genève. Nous avons appris que notre très-cher fils en Christ .François II, R. T. C,, lui a promis de

NOTES

la cavalerie et de l'infanterie, pour rcdnirc cette ville. Votre Majesté sait que dès longtemps eclte ville est l'asile des hérétiques, que les ennemis de l'Eglise affluent chez elle de France et d'Kalie. Nous sommes donc persuadés que vous aiderez Emmanuel -Philibert dans la proportion de votre zèle religieux, et que vous comprendrez la grandeur et l'importance de cette œuvre. Mais comme nulle entreprise ne nous tient plus au cœur que le renversement de ce réceptacle d'hérésie, nous vous adi-essons à ce sujet les plus pressantes sollicitations. Nulle œuvre n'est plus digne de Dieu et de la sainte Éghse cathoUque. Suivez notre exemple et celui du roi de France, qui, de la Bourgogne et nous d'Italie, enverrons contre Genève les pins puissantes troupes, et joignez à nos soldats vos redoutables cohortes, afin que le succès soit assuré. — Dat. Romœ apitd S. P. clic ///juin an P.

N° 3. — Salât- Charles-Borromée contre Genève, 18 jain 1S60.

Lettre à il. de Colleyno sur le subside à donner au duc de Savoie pour reprendre Genève. {Archives de Turin, p. 49, n" 2 , l" catég. , affaires de Genève.)

Kous avertissons M. de Collegno que Sa Sainteté a déposé 20,000 écus en mains de Thomas de Marini , à Milan. Cette so.mme doit servir aux cantons catholiques contre les hérétiques qui veulent attaquer les fidèles. Les cantons protestants sont irrités des projets des cathoHques contre Claris. Grâce à ces 20,000 écus, les cantons hérétiques étant empêchés , ne pourront aller au secours de Genève quand Son Altesse lui donnera l'assaut.

2° Quand Son Altesse marchera sur Genève, elle rece^Ta également 20,000 écus comptant pour payer, durant trois mois, cette entreprise.

3» Le pape enverra sa cavalerie à ses frais pour chasser les fugitifs genevois; car cette guerre doit être com-te, vu que les Turcs pourraient bien nous inquiéter.

4° Sa Sainteté trouve à propos de ne pas appeler cette guerre luthérienne , mais seulement guerre contre des rebelles et une cité qui est la propriété du duc Emmanuel-Philibert.

5" Sa Sainteté s'arrangera avec les Français pour qu'As fassent partir des détachements des cinq garnisons qu'ils ont en Piémont, afin que Son Altesse voie bien que le pape désire son bien-être et son contentement.

Fait à Rome, le 13 juin 1560.

Charles, cardinal Bon-omée, P. P.

La mort de François n, arrivée peu après l'expédition de ces missives, fît échouer cette entreprise, et Genève échappa à l'un des plus grands dangers que son indépendance ait courus.

(Archives de Turin, 1" catégorie, paquet 14.)

NOTES

Noie XI, page 214.

Testament de Théodore de Bèze.

Au nom de Dieu qui a fait le ciel et la terre, Amen.

Je, Théodore de Besze, fils de feu noble Pierre de Besze, baiiiyde Vezelay, ministre de la parole de Dieu en l'Église de Genève, et fait bourgeois dudit Genève, par la grâce de mes très -honorés seigneurs; sain de corps et d'esprit par la grâce de Dieu, prévoyant toutefois l'incertitude de cette vie, surtout entre l'âge de 77 ans auquel je me trouve, j'ai avisé et résolu de faire mon dernier testament solemnel et par écrit en la forme et manière qui s'en suit : Premièrement, je recommande à Dieu Père, Fils et Saint- Esprit, mon âme et mon corps; m'assurant par sa sainte et seule grâce qu'en la séparation de l'âme d'avec le corps, mon âme sera reçue en ce degré de félicité, à raison de laquelle il est dit que bien heureux sont ceux qui meurent au Seigneur. Et quant à mon corps , il ressuscitera par la grande puissance de mon Créateur en la dernière et bienheureuse journée promise pour la résurrection des morts; atin de jouir à jamais de ce qu'il m'a fait connaître, croire et espérer dès les temps de cette pauvre vie. Je lui rends grâce infinie de ce qu'il lui a plu dès mon âge de seize ans me faire connaître cette vérité; et plus encore, que j'ai été enveloppé, et me suis en mille sortes égaré aux labyrinthes de jeunesse, n'ayant faute de tentateurs; toutefois, par une très-sainte grâce et faveur de mon Dieu, au lieu que je méritais par trop que toute cette connaissance étant abolie en moi , je périsse malheureusement, il a tellement opéré, que, postposaut toutes choses, à sa gloire et au repos de ma conscience, il m'a retiré au port de son Église en cette ville de Genève; mais je bénis son nom encore davantage, en ce que, multipliant ses miséricordes sur moi, pauvre pécheur, depuis l'an 1548 que j'arrivai en celte ville, le 23 octobre, quoique je fusse indigne d'être des moindres brebis du troupeau du Seigneur, il lui a plu, toutefois, dès l'an 1549, m'honorer de plusieurs charges en son église, ayant exercé dix ans en l'église de Lausanne la profession de la langue grecque, et été employé par les Églises françaises envers les princes protestants d'Allemagne. Durant lequel temps il m'a préservé en la maladie de peste, et en plusieurs épreuves de maladies et querelles il lui a plu m'assister à son honneur et gloire, jusqu'à ce que, prenant congé volontaire et gracieux des magniliqucs seigneurs de Berne, je fus appelé premièrement à la profession de langue grecque, au commencement que celte école de Genève fut dressée, et linaleraent au saint ministère de la parole de Dieu, et adjoint à feu mon très-honoré père au Seigneur, M. Jean Calvin, de très-heureuse mémoire en la profession de théologie, à savoir

l'an 1559. Depuis lequel temps, en deux voyages, l'un de trois

mois en Guieune, vers le feu roi Antoine de Navarre : l'autre au coUoqpie de Poissy l'an 1 5 6 1 , qui fut de vingt mois , y étant compris le temps de toute la première guerre civile, durant tout lequel espace il me serait impossible de réciter les grandes assistances que j'ai senties du Seigneur en toutes sortes de charges, nonseulement par ti'op pesantes, mais aussi par trop périlleuses, jusqu'à ce qu'étant de retour en ce lieu, il m'a fait cette grâce jusqu'à présent de n'avoir été sans édification tant de bouche que par écrit, selon qu'il a plu à Dieu m'y conduire. Mais hélas 1 faisant comparaison de mon devoir avec ce peu d'effet, je baisse ma tète devant mon Dieu, lui demandant grâce et miséricorde. Je supplie mes très-honorés seigneurs de me pardonner mes infirmités , acceptant pour effet la pure et sincère volonté que j'ai toujours eue da leur faire service à mon possible. A quoi, outre mes gages ordinaires, je reconnais qu'ils ont usé de très-grandes gratuités envers moi, dont je les remercie très-humblement. Quant à la sainte compagnie de mes très-honorés frères et compagnons en l'œuvre du Seigneur, comme ils ont supporté beaucoup de mes infirmités, j'espère qu'ils me rendront toujours témoignage que je me suis sincèrement porté avec eux en ma charge, sans jamais avoir eu débat ni contention. Dieu leur veuille accroître ces grandes grâces de plus en plus , pour être bien ouïs , tant en la doctrine reçue en ladite Eglise, qu'en la discipline d'icelle : se souvenant, non-seulement, de ce que eux et moi ont reçu, mais de ces grands personnages desquels nous l'avons reçu, et singulièrement de ce grand serviteur de Dieu feu M. Jean Calvin ; de la sagesse, piété, érudition et prudence duquel, ce sera bien assez s'Os peuvent être bons imitateurs; fermant les oreiUes à ces esprits frétillants qui commencent à s'élever, aussi pleins d'opinion de leur suffisance en eux-mêmes , qu'ils sont vides de bon et ferme jugement. Que si ce qui a été bien ordonné se peut faire encore meilleur, je dis quant à l'ordre, que cela se considère très-milrement, et s'exécute d'un esprit sage et paisible par moyens éloignés de zèle étourdi et d'ambition. Que s'il s'en trouve d'autre humeur en la compagnie, eux premièrement, et, si besoin est, le magistrat n'y saurait trop tôt pourvoir. Quant à moi, je prétends vivre et mourir en ce que j'ai appris par les susdits grands personnages que je reconnais prins de la pure parole de Dieu. Dieu me faisant la grâce de mourir en cette Église, je prie que mon pauvre corps soit enterré au lieu et en la sépulture accoutumée, parmi tant d'excellents personnages, et de mes bons frères et amis, pour ressusciter ensemble, s'il plait à Dieu, en cette bienheureuse journée et apparition de Jésus-Christ, notre Sauveur, etc.

Et combien que je ne fasse aucune distinction du heu quant à la conscience, toutefois je désire i si faii'c se peut commodément,

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