‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 44 sur 235 · Mémoires de la ligue, t. V, p. 403 et suiT · texte numérisé non relu

Mémoires de la ligue, t. V, p. 403 et suiT

mSTOIRE DE LA ni?FORMATION FRANÇAISE.

?• Il est permis de médire des princes et seigneurs , tant spirituels que corporels, soit en public, comme ils font, soit en particulier, comme ils enseignent le peuple à faire.

8° Que la messe qu'on chante devant le roi est une farce. 9° Qu'il est permis au sujet d'assassiner son roi. 10° Que quand Dieu descendrait du ciel et dirait que le roi fût converti, il ne faudrait pas le croire. '

L'avocat Louis d'Orléans défendit les ligueurs dans son Banquet du Comte d'Arèle. Cet écrit est indigne de l'auteur de la célèbre adresse d'un Catholique anglais aux Catholiques français. On est même surpris de voir paraître le pamphlétaire dans la lice après sa séparation d'avec les Seize. Cependant sa participation à ces luttes s'explique par son indigence, qui, vraisemblablement, ne sut pas résister aux doublons d'Espagne.

Dans le Banquet du Comte d'Arête des personnages causent entre eux sur l'élal présent des affaires du royaume. Parmi eux se trouve une jeune fdie de dix à douze ans, qui entre en scène en chantant le refrain suivant :

Je suis bien jeune et plus tcndrette Que n'est le bois de la coudrette; Mais je vous dis sans fiction Que celui qui n'aura envie Pour la ligne cspandre sa vie.

N'aura pas mon alTection.

-Sans elle le peuple de France Gémissait sous la violence.

Et perdions la religion.

Celui doue qui n'aura envie Pour la ligue cspandre sa vie.

N'aura pas mou affection.

Un des interlocuteurs prend ensuite la parole et énumère successivement les raisons qui rendaient suspecte la

1 . La Sorbonue désavoua plus tard ces maximes , et prétendit que la partie la plus saine de ses membres les a toujours désavouées. Mais sa bénédiction du couteau de Jacques Clément?

LITRE XXm.

foi du nouveau converti, parmi lesquelles il n'oubliait pas de mentionner celles tirées de ses mœurs licencieuses et de ses changements antérieurs de religion. «Ceux de son parti, disait le pamphlétaire, le tiennent pour perfide, pour un écervelé, pour un taquin, pour un faquin, pour un méchant, pour un athée, pour un homme perdu de tous vices , pour un vrai diable, et vous le louez et en faites un saint par-dessus Saint-Louis ! je voudrais bien leur demander comment la religion est assurée en sa main, car il y a trente-six ans et plus que toujours il cherche de la dévorer. Il était baptisé catholique, depuis il s'est fait hérétique; il redevient catholique à la Sainte-Barthélémy; le voilà aujourd'hui catholique , ne sera-t-il pas demain hérétique ? »

De quel étroit lien tiendrons-nous arrêtée l'inconstante façon de ce nouveau protée ! Je ne puis que je vous dise un quatrain qu'on m'a donné »ur ce sujet, et que je ne vous fasse part de la réponse qui est à propos de mon discours, car les politiques disaient:

La couronne appartient à Henri de Bourbon, n n'y a qu'à tenir; il n'est plus hérétique. Qu'en dites-vous ligueurs? Vous n'avez pas du bon; 11 faut ployer sous lui, puisqu'il est catholique.

nÉPONSE.

Si catholique il est, jamais nul de nos Rois Ke le fut tant que lui; non pas S. Louis même: Car ils ne l'ont été chacun d'eux qu'une fois. Et Henri de Bourbon l'est jà pour la troisième.'

Le pamphlétaire n'oublie pas les réformés ; il croit qu'on devrait attacher tous les ministres protestants comme fagots depuis le pied jusqu'au sommet de l'arbre du feu de la Saint-Jean et mettre le roi dans le muid où l'on met les chats'. «Ce serait, ajoute-t-il, ua sacrifice agréable au ciel et délectable à toute la terre. »

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