LIVRE XXIII
La faculté de théologie se déshonora par son servilisme; quel que soit le jugement que nous portions sur les ligueurs, qui, ne vouinnt pas profiter de l'amnistie accordée par Henri IV, s'exilèrent volontairement pour demeurer fidèles à leurs convictions, nous les plaçons bien au-dessus de ces docteurs qui, par lâcheté, s'inclinent devant le prince pour lequel ils n'auraient pas eu assez de tous leurs anathèmes, s'il eût été malheureux. On hait l'homme violent, implacable, qui laisse après chaque empreinte de ses pas une tache de sang; mais on n'a pas assez de tout son mépris pour celui qui fait litière de ses principes. Au reste, la conduite des Sorbonnistes ne doit pas nous étonner; les hommes violents sont rarement des hommes de courage; ils croient avoir de la foi, ils n'ont que des passions et des préjugés.
Parmi les prédicateurs il y en eut qui, s'inclinant sans rougir devant le fait accompli , cessèrent leurs attaques contre le roi et découvrirent en lui mille vertus qu'ils n'y apercevaient pas la veille de la réduction de Paris. Guincestre louait, du haut de sa chaire. Sa Majesté «tellement, dit l'Estoile, qu'on pensait qu'il n'y dût jamais sortir.» Le jour même de la réduction , il vint faire sa soumission au roi qui lui pardonna; mais comme il s'approchait de lui, Henri dit tout haut : « Gare le couteau ' ! » Ce fut sa seule vengeance.
Henri IV se montra cordial, bon, généreux, à l'égard des ligueurs les plus forcenés ; il n'oublia que ses fidèles huguenots; il savait qu'ils ne le tueraient pas.
Les partis sont rarement généreux: forts, ils ne comprennent pas que les représailles affaiblissent plus qu'elles ne fortifient, et que, si les vaincus sont impuissants, ils demeurent insoumis dans leur impuissance. Les royalistes,
![ui avaient tant soufl'ert pendant le terrorisme de la ligue, irent mettre à mort les assassins de Brisson et quelquesuns des plus forcénés ligueurs. Rose, Louis d'Orléans, Leclerc, Crucé, Pelletier, Hamilton Cromé, Boucher, et