‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 62 sur 235 · LIVRE XÎIII · texte numérisé non relu

LIVRE XÎIII

telé, tiré par quatre chevaux; ses membres sanglants et palpitants furent jetés au feu et réduits en cendres.'

Le père du régicide fut banni à perpétuité de Paris et pendant neuf ans du royaume; ses biens furent contisqués, sa maison rasée; sur l'emplacement on éleva une pyramide aux quatre faces de laquelle on grava sur des tables de marbre noir l'arrêt qui frappait Chastel et les jésuites.'

Le père Guignard fut pendu en place de Grève; l'acte d'accusation porte que ce jésuite avait écrit de sa propre main des propositions excitant au régicide.'

L'attentat de Chastel soufeva l'indignation publique ; et quand les jésuites quittèrent Paris , ils n'emportèrent que le mépris de ses bourgeois; le peuple, revenu de sa sanguinaire ivresse , commençait à avoir honte de lui-même , et son passé lui revenait dans l'esprit comme un mauvais rêve. Un prédicateur qui eût osé faire l'apothéose de Chastel, eût été immolé sur sa chaire. Il y eut cependant un homme qui, toujours fidèle à lui-même, se fit l'apologiste du régicide et des jésuites ses complices, cet homme fut maître Boucher, le curé de Saint-Benoît; ce prêtre, qui avait la foi et la férocité d'un Marat, avait quitté la France sans avoir ni rien appris ni rien oublié; quand la nouvelle du crime de Chastel lui parvint à Tournay où il s'était réfugié, il n'eut qu'un seul regret, celui que l'assassin n'eût pas tué Henri IV; et pendant que les malédictions de toute la France contre le coupable témoignaient de son indignation et de ses sympathies pour le roi, il prit la défense du régicide et fit hautement son apologie. Dans cet écrit long, diffus, lourd, indigeste, comme tout ce qui sortait

1. Capeûgue, t. VII, p. 255. — D'Aubigné, liv. IV, ch. 4. — Davila, liv. XIV. — L'Estelle, année 1594. — Procès de Chatel aux Mémoires de la ligue, t. VI.

2. Procédure faite contre Jean Chastel , écolier étudiant au col- \ lége des Jésuites, pour le parricide par lui attenté sur la personne V du roi très-ciirétien Henri IV, roi de France et de Navarre, et arrêts donnés contre le parricide et contre les jésuites. — Cette procédure se trouve aux Mémoires de la ligue, t. VI.

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