‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 61 sur 235 · Ko te IV · texte numérisé non relu

Ko te IV

quelque chose qui fût utile à la religion; comme il avait entendu dire à plusieurs reprises et notamment au père Guignard, l'un de leurs docteurs les plus accrédités, «qu'il était loisible de tuer les rois, mêmemcnt le roi régnant, lequel n'était à l'Église, parce qu'il n'était approuvé par le pape;» il crut avoir trouvé le moyen de faire taire sa conscience et de gagner le ciel. C'est alors qu'il se décida à pratiquer ce que ses maîtres enseignaient si bien. 11 se munit d'un couteau et se retira dans son cabinet pour y méditer ses moyens d'exécution; avant cependant de commettre son assassinat, il communiqua à son père son dessein; celui-ci l'en dissuada sans le persuader, car sa conscience le tourmentait tellement, «à cause des péchés qu'il avait commis et du penchant qu'il avait à en commettre d'autres, qu'il crut ne pouvoir expier qu'en faisant quelque acte signalé;» c'est alors qu'il se décida à assassiner le roi.

Quand dans Paris on connut que le roi n'avait été que blessé et que le couteau de l'assassin n'était pas empoisonné, le peuple manifesta bruyamment sa joie; un Te Deum fut chanté dans l'Église de Notre-Dame.

Le procès de Chastel ne fut pas long; la preuve matérielle du fait existait ; l'accusé ne niait rien. Les jésuites furent compris dans l'instruction dirigée contre lui, et le même an'èt qui condamna à mort le disciple, ordonna l'expulsion des maîtres «comme corrupteurs de la jeunesse, perturbateurs du repos public, ennemis du roi et de l'État.» Dans cette circonstance le parlement voulut prouver au roi l'horreur que lui inspirait le meurtrier par le luxe de la mise en scène de son supplice. Après avoir été soumis à la question, Chastel fut conduit devant la principale porte de l'église de Notre-Dame, nu en chemise; là, à genoux, et tenant une torche de cire ardente du poids de deux livres , il déclara « qu'il avait commis le très-inhumain et très-abominable ; an icide, qu'il y avait été poussé par les leçons el instructions de ses maîtres les jésuites, ce dont il demandait pardon à Dieu, au roi et à la justice.»

De Notre-Dame le funèbre cortège se rendit, à la lueur des flambeaux, à la place de Grève où les bourreaux en grand costume attendaient le patient; ils le tenaillèrent aux bras et aux cuisses, lui coupèrent la main, puis il futécar-

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