‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 64 sur 235 · LIVRE XXIII · texte numérisé non relu

LIVRE XXIII

dans le sentiment de son indignation, dit au neveu du pape «que s'il y avait lieu de commellre un tel assassinat, ce serait aux hérétiques, que le roi a quittés et abandonnés, à le commettre, et qui ont raison de se défier de lui, et cependant ils n'ont rien attenté de tel contre lui , ni contre aucun de nos rois ses prédécesseurs, quelque boucherie que Leurs Majestés aient faites dédits huguenots. » '

L'attentat de Chastel, mieux que les plaintes des réformés, rappela au roi que jamais sa vie n'avait couru aucun danger tant qu'il s'était confié à ses huguenots; dans des moments d'épanchement, il disait à ses confidents «qu'il avait plus de confiance dans les réformés qu'il avait abandonnés que dans les catholiques qu'il avait couverts de son pardon et comblés de ses bienfaits;» ce fut peut-être dans l'un de ces moments que d'Aubigné lui dit: «Sire, Dieu que vous n'avez encore délaissé que des lèvres, s'est contenté de les percer; mais quand le cœur le reniera, il percera le cœur. » '

Les mêmes hommes , qui s'étaient montrés ardents à demander l'expulsion des jésuites , ne se montraient pas mieux disposés à l'égard des protestants; à leurs yeux ils étaient toujours des intrus et un embarras domestique pour la maison; de là des vexations sans nombre, qui rap-

fielaient les mauvais jours de Henri IIL On leur refusait 'entrée des charges et des emplois qu'on donnait aux chefs des ligueurs qui avaient fait leur soumission. Sous, divers prétextes on leur ôtait leurs villes de sûreté ou on les empêchait de les fortifier. A Paris le lieutenant civil , faisant violence à leur consciente , les contraignait , sous

fieine d'amende, à saluer les images, les croix, les reliques, es châsses , quand ils les rencontraient dans les rues. A Lyon on expulsait de la ville ceux d'entre eux qui ne voulaient pas embrasser la religion catholique ; le parlement de Rennes interdisait la vente des livres protestants; celui de Lyon faisait déterrer les corps des réformés qui, depuis

1. Lettres du cardinal d Ossat. — Élie Benoit, 1. 1", p. 133.

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