‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 65 sur 235 · D'Aubigné, part. D, col · texte numérisé non relu

D'Aubigné, part. D, col

Suinze ans , avaient été ensevelis dans les cimetières et ans les églises; celui de Tours ne laissait les avocats et les procureurs exercer leurs fondions qu'à la condition d'une abjuralion. De tous les côtés la fureur des catholiques se déchaînait contre eux, pendant que le roi comblait de ses faveurs ceux de la ligue qui se ralliaient à la cause royale. Quand les protestants se plaignaientde cette injuste

Partialité, Henri IV leur disait en parodiant la parabole de enfant prodigue: «N'est-il pas juste que je tue le veau gras pour fêler le retour de mon fds prodigue?» A cela les huguenots répondaient: Traitez-nous au moins comme le fds aîné à qui le père dit: «Mon fds, tous mes biens sont à toi'.» Le roi les payait alors de très-belles et bonnes paroles, mais ne faisait rien pour remédier à leurs détresses, qui tendaient d'autant plus à s'aggraver que leurs chefs n'étaient pas unis entre eux, et que parmi eux il n'en était pas un seul qui imposât à ses collègues sa supériorité. Lesdiguières eût pu être le premier, car il était grand homme de guerre ; mais il était égoïste , ambitieux , cupide, débauché, ne pensait qu'à ses intérêts, aspirant plutôt à régner en roi dans le Dauphiné qu'à défendre ses coreligionnaires contre leurs oppresseurs. Rosny eût pu être cet homme, si, à ses éminentes qualités de capitaine et d'administrateur, il eût allié l'àme puritaine deMornay; mais l'essentiel lui manquait; et, d'ailleurs, celui qui avait conseillé au roi d'abjurer, était trop préoccupé d'intérêts terrestres pour avoir la noble ambition de marcher sur les traces de Coligny ou de Lanoue. La Trémouille avait plusieurs des qualités d'un chef de parti; H était hardi, ferme, franc, généreux; une foule de gentilshommes étaient attachés à sa personne; mais il était très-jeune et passait pour entêté. Le plus considérable, de tous était Turenne, duc de Bouillon, l'un des plus riches seigneurs de France, par son mariage avec Charlotte de laMarck, l'opulente héritière de Sedan. Bouillon avait autant de mérite que d'ambition; intrépide et habile sur le champ de bataille, il était sage et avisé dans les conseils; mais quand le parti avait besoin d'un chef qui joignît aux qualités d'un grand capitaine la piété d'un chrétien, il n'avait que

Page 1