‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 74 sur 235 · LIVRE xxni · texte numérisé non relu

LIVRE xxni

en plein hivêr, vint en chemise se courber devant l'implacable el orgueilleux Grégoire VII'. On pardonne quelquefois aux rois d'être cruels, jamais d'être rampants, et quelle que soit la raison d'état dont ils se couvrent, ils sont obligés de respecter la dignité royale dans leur personne. Henri IV l'oublia complètement et continua les scènes de l'abjuration et du sacre.

Après de longues et habiles négociations, le pape craignant, par de nouveaux retards , de pousser le roi à quelque résolution désespérée, se décida à lui accorder son absolution à des conditions dures et humiliantes dont voici les principales ••

Le rétablissement du culte catholique dans tout le Béarn ;

> La publication du concile de Trente en France sauf quelques modifications;

La remise du prince de Condé entre les mains des catholiques qui rélèveraient dans leur religion ;

La restitution au clergé romain de tous ses biens ;

L'exclusion des réformés de toutes les charges publiques, etc.*

Indépendamment de ces conditions, le pontife imposait au roi, pour pénitence, l'obligation d'entendre tous les dimanches une messe conventuelle dans la chapelle royale, et la messe privée tous les jours de la semaine, de dire le rosaire tous les dimanches , le chapelet tous les samedis et les litanies tous les mercredis, de jeûner tous les vendredis, de se confesser et communier publiquement au moins quatre fois l'année. Le pape oublia de lui ordonner de cesser sa vie -scandaleuse et de se séparer de Gabrielle d'Estrées; cela eût mieux valu.

Là ne se bornèrent pas les humiliations du roi; dans ces jours d'affaiblissement la papauté se croyait encore forte; elle dut le croire quand elle vit un Bourbon victorieux de ses ennemis, celui qui naguère l'avait bravée et

1. Henri IV, empereur d'Allemagne, mort de misère en 1106. Son ûls Henri V, qui causa sa mort, fit déterrer son corps, qui,

endant cinq années, demeura sans sépulture aux portes do église de Spii-e.

2. D'Aubigné, liv. XIV. — De Thon, liv. CXIII. — Canefiffue. ^-^'11, p. 29-i. — L'Estoile, année 1595.

iéi ' HISTOIRE DE LA RÉFORMATION FRANÇAISE.

raillée dans Rome même, mendier son appui. Sans doute, dans ses instances, il y avait plus de politique que d'affection; mais aux yeux de toute l'Europe le roi de France reconnaissait dans le pape la plus haute autorité qui fût au monde; c'était un triomphe pour Rome après les rudes coups que la réforme lui avait portés; elle voulut donc, en cette occasion solennelle , agir comme en plein moyen âge; plus le roi se montra faible, plus elle se montra exigeante, demeurant fidèle à sa politique. La cérémonie de la réconciliation eut lieu dans Saint-Pierre : ce jour-là la basilique fut ornée avec une pompe extraordinaire. Le pape, vêtu de pourpre et portant la tiare sur la tête, apparut aux yeux de toute l'assemblée, assis sur un trône éclatant entouré de cardinaux, de grands dignitaires et de tous les officiers de sa maison. Douze pénitenciers armés de baguettes étaient à droite et à gauche du trône pontifical.

Les deux procureurs du roi, d'Ossatet Du Perron, conduits processionnellement devant le pontife, furent admis à l'honneur de lui baiser les pieds. Immédiatement après. Du Perron lut, à genoux, en latin, la confession de foi par laquelle le roi renonçait aux erreurs de Calvin et demandait humblement au Saint-père son absolution.

Le pape accorda cette demande aux conditions qu'il lui avait imposées.

Du Perron et d'Ossat le promirent au nom de leur maître.

Après cette promesse on entonna le miserere; pendant le chant, le pape, armé d'une baguette, frappait alternativement sur l'épaule de d'Ossat et sur celle de Du Perron. Le miserere fini, il prononça quelques oraisons en langue latine, puis il déclara le roi absous du crime d'hérésie, le remit dans le giron de l'Église et lui donna, en le nommant, le titre de «roi très-chrétien»; au même instant les voûtes de l'immense cathédrale furent ébranlées par le son des trompettes et des tambours auxquels se mêlèrent les cris d'allégresse des assistants et le bruit des canons du château Saint-Ange, qui tiraient à toute volée.

Le pape descendit de son trône, embrassa affectueusement les procureurs du roi. «Je suis heureux, leur dit-il, d'avoir ouvert à votre maître les portes de l'Église militante.»

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