LIVRE XXIV
condeecendre à ses demandes , entra en colère jusqu'aux démentis. Il leur dit qu'ils feraient comme ces fols d'Amiens qui, pour lui avoir refusé deux mille écus, en avaient baillé un million à l'ennemi.... Au premier prési- 4enl, qui lui dit que Dieu leur avait baillé la justice en mains, de laquelle ils lui étaient responsables ; relevant cette parole, il lui répartit qu'au contraire c'était à lui qui était roi auquel Dieu l'avait donnée, et lui à eux. A quoi 9n dit que le premier président ne répliqua rien, outré, tomme on le présuppose de colère et de dépit, dont il tomba malade et fut saigné. Ce que le roi ayant entendu, demanda si avec le sang, on lui avait tiré sa gloire'. Le roi plaisantait sur tout, dans la bonne et dans la mauvaise fortune. »
Devant la résistance injuste de la cour, qui mettait l'État en péril, le roi ne faiblit pas : il se rendit au parlement, menaça les conseillers de les chasser ou de les envoyer à la Bastille. Devant cet argument sans réplique les conseillers enregistrèrent en sa présence, le 12 avril 1597, les édits bursaux. Le roi retourna à Amiens , laissant Paris dans une extrême agilalion, causée par la misère et les passions ligueuses qui se réveillaient à la vue d'un monarque dont la chute paraissait imminente.
Les demandes du roi étaient juslitiées par son propre dénuement. «Je veux bien vous dire, écrivait-il d'Amiens à Rosny, l'état où je rae trouve réduit, qui est tel que je suis fort proche des ennemis et n'ai quasi pas un cheval sur lequel je puisse combattre, ni un harnais complet que je puisse endosser. Mes chemises sont toutes déchirées , mes pourpoints troués aux coudes , ma marmite est souvent renversée, et depuis deux jours je dine et soupe cliez les uns et les autres ; mes pourvoyeurs disent n'avoir plus moyen de rien fournir pour ma table , d'autant plus qu'il y a plus de six mois qu'ils n'ont reçu d'argent. Partant , jugez si je mérite d'être ainsi traité, et si je dois plus longtemps soull'rir que les financiers et les trésoriers me fassent mourir de faim, ei qu'eux tiennent des table.s friandes et bien servies, que "ma maisor. soit pieiiic do nécessités et la leur de richesses et d'opulence, n *