LIVRE XXIV
Cependant les protestants n'abandonnèrent pas tous le
roi : s'ils ne parurent pas en corps au siège, ils y parurent comme individus; un grand nombre d'entre eux, mêlés aux troupes royales , prirent part aux périls , et versèrent leur sang pour la cause de la patrie; parmi eux se trouvait lui gentilhomme huguenot, le jeune duc Henri de Rohan, appelé à un grand rôle parmi ses coreligionnaires,
Henri de Rohan était le fils aîné de Réné de Rohan et de la célèbre Catherine de Partheuay-Larchévêque. 11 naquit au château de Blain, le 25 août 1579. A peine âgé de six ans il perdit son père. Sa mère le fit élever avec le plus grand soin , et le prépara, par une éducation virile et forte, pour les temps oiageux qui s'annonçaient. L'enfant montra de bonne heure un goût décidé pour les armes et pour tous les exercices du corps. Sa lecture favorite était Plutarque. La vie des hommes illustres, dont le célèbre biographe raconte les faits, enflammait sa jeune imagination, et lui faisait désirer de leur ressembler. En attendant qu'il pût imiter leur vaillance sur les champs de bataille, leur habileté aux sièges des villes , leur sagesse dans les conseils, il les imitait dans leur vie simple, frugale, austère; et quand plus tard, il fut appelé à vivre au milieu d'une cour vicieuse, il sut s'y conserver pur de toute souillure, et pendant que les jeunes gentilshommes ne rêvaient que plaisirs et fêtes, il étudiait. Ce fut au siège d'Amiens qu'il fit ses premières armes. Ses débuts attirèrent sur lui les regards de Henri IV, bon juge en cette matière ; sous le simple soldat, il devina le héros, qui déjà se sentait né pour les grandes choses.'
Ce qui devait être la ruine de Henri IV fut la cause de sa grandeur; il paralysa, en entrant à Amiens par la brèche , la main du vieux Philippe II, et s'imposa au parti ligueur'. Le duc de Mercœur demanda une trêve de trois