Haag, France protestante, lir. XJI, p
2. Mémoires de la ligue, t. VI. — De TIiou, liv. CXVIII. — Bentivoglio, p. m, liv. IV. — Capitulation d'Amiens, p. 524.
mois. Le roi catholique lui-même , courbé moins sous le poids des années que sous celui des infirmités et du découragement, sentit que son rôle était fini en France ; il ne pensa plus qu'à négocier. Des conférences s'ouvrirent, et la paix fut signée entre l'Espagne et la France à Vervins, le 2 mai 1598, sur les bases du traité de Càteau- Cambrésis, si funeste à la France', mais le royaume se trouvait alors dans un tel état d'épuisement que le roi dut renoncer à un accroissement de territoire. L'Angleterre et la Hollande refusèrent d'èire comprises dans le traité, ne foulant à aucun prix, faire la paix avec l'Espagne , ce qui n'empêcha pas Henri IV de passer outre, malgré les engagements qu'il avait contractés avec ces deux puissances. H sentait que la France avait avant tout besoin de paix et de repos. Pendant les négociations qui aboutirent au traité de Vervins, le roi poursuivait le règlement de deux grandes affaires qui le préoccupaient vivement: la réduction du duc de i\Iercœur, le dernier grand chef de la ligue, et la transaction avec les protestants, qui réclamaient instamment un édit qui garantît l'existence de leur culte, leurs vies et leurs propriétés.
Le duc de Mercœur, qui n'avait pas fait sa soumission, même après que Mayenne eut fait la sienne, se montra
filus trailable à la reprise d'Amiens. Sentant qu'une plus ongue résistance entraînerait sa ruine, il ne songea qu'à céder devant un roi victorieux, mais il eut soin de se faire fscheter chèrement sa soumission. Le traité fut signé à Angers le 20 mars 151)8.
La ligue était morte. Pour porter un jugement sain sur cette grande page d'histoire de nos guerres religieuses, il faut s'élever dans les régions calmes et sereines des principes; alors seulement on pourra avoir l'explication du grand drame au prologue duquel nous trouvons le cardinal de Lorraine, et au dernier acte son neveu le duc (Se Majenne.
1. Traités Je paix, t., II, p. 616. — Mémoires de la ligue, t. VI. — Davila. liv. XV. — Élisabeth et Henri IV, par Prévost Paradol, Paris l»àd.
La ligue a son principe générateur dans l'ultramontanisme. Ce qui arriva au seizième siècle se renouvellerait aujourd'hui, si la chose était possible. Il ne faut pas oublier que le prêtre n'a qu'un seul chef, le pape , une seule patrie, Rome, un seul but, la grandeur de son église; iS n'est ni Français , ni Anglais, ni Espagnol, ni Allemand; il est lui, ne veut être que lui, ne peut être que lui; c'esê là le secret de sa force. 11 pense avec une seule tète, sent avec un seul cœur, agit avec un seul bras ; tout ce qui le sert a droit à son encens, tout ce qui lui résiste ne mérite que ses anathèmes. Ses principes, qui paraissent immuables sont d'une élasticité étonnante ; il sait se faire tout à tous: les mêmes hommes auxquels il serre fraternellement la main sur les bords du lac Léman , il les proscrit à Rome'. En traçant ce portrait, nous ne faisons que de l'histoire ; or, dans ce portrait se trouvent tous les germes de la ligue et ses développements immédiats.
Le clergé est intolérant par principe : les bûchers, dressés sous les règnes de François 1" et de ses successeurs, furent la conséquence inévitable de cette maxime «qu'il ne faut pas souffrir dans l'Église et à côté de l'Église des hérétiques. » Tout disposés qu'étaient les rois à le seconder, le clergé romain ne comprit ni l'inutilité, ni l'odieux des persécutions; il le comprit si peu qu'il attribua à son manque de rigueur (lui rigoureux jusqu'à la barbarie) l'accroissement des huguenots. Il y eut cependant un moment où Henri III se fatigua de faire la guerre à des hommes qui semblaient renaître de leurs cendres et se montraient plus diiïïciles à vaincre le lendemain d'une défaite que le lendemain d'une victoire; de là les traités que ce monarque faisait avec eux , de là aussi le commencement de son impopularité. On voulait qu'il exterminât les huguenots jusqu'au dernier; il se sentit impuissant pour cette œuvre de destruction ; de plus il commençait à comprendre que l'affaiblissement et l'anéantissement des réformés seraient sa propre ruine; si sa haine de zélé catholique lui faisait désirer la ruine de ses sujets dissidents, ses intérêts de roi lui faisaient une impérieuse nécessité
1. Ce qui se passe à Genève, où le pai'ti ultiamontaiu soutient ks radicaux couire les conservateurs, en e.st la preuve.
de les laisser subsister. Le clergé, qui ne regardait qu'à ses intérêts de caste, se détacha de Henri III le jour où il vit clairement que ce monarque hésitait à lui offrir son bras pour frapper les réformés; un intérêt commun réunit ses membres; la ligue fut formée, il en fut l'âme, les Guises, la main; ses actes ne doivent pas nous étonner. Lorsqu'il prononça la déchéance de Henri III et acclama son meurtrier, il fut très -conséquent, aussi bien que lorsqu'il refusa de reconnaître pour roi légitime le Béarnais hérétique et relaps. Ses violences eurent leur cause moins dans les hommes que dans les principes : ceux qui croyaient à la légitimité du régicide, pouvaient sans remords faire pendre Brisson.
Les admirateurs de la ligue nous l'ont présentée comme populaire, elle ne le fut jamais; elle fut populacière. Née d'une intrigue de sacristie , elle s'alimenta par l'intrigue, et ne se soutint que par l'appui de l'Espagne. Si elle fût sortie d'un mouvement spontané de la nation, elle aurait rejeté en quelques jours les huguenots du royaume, comme en 1593 la France rejeta les étrangers hors de ses frontières. Les mêmes historiens parlent avec enthousiasme de son amour pour la liberté ; mais la liberté estelle compatible avec la dictature? La ligue empêcha tout ce qu'elle put empêcher et ne souffrit que ce qu'elle ne put interdire. Les pensionnaires de Philippe II ne pouvaient pas aimer la liberté.
Tous les ligueurs n'étaient pas la ligue; la vraie ligue n'était ni Mayenne, ni Brissac, ni d'Aumale, ni même la duchesse de Montpensier; c'était Pelletier, Boucher, Guincestre, Garin, Panigarole, Commolet, Rose, le conseil des Dix, les Seize, Cajetan, Bellarmin, toute l'armée des prêtres et leurs séides; c'est là qu'il faut l'étudier, car c'est là que fut son âme.
Elle eut un triste mérite, celui d'arrêter l'essor de la réforme et de forcer Henri IV à abjurer; elle compromit ainsi pour longtemps l'avenir de la France , prépara la ruine de toutes les libertés et sema les germes de la tempête qui devait éclater sur elle à la fin du dix-huitième siècle.
On a voulu justifier la ligue en disant que les protestants aussi s'étaient ligués ; la différence est notable : les